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Internet et présidentielle 2007 : au coeur de l’activisme politique en ligne (1)

Pour conclure – avec quelques jours de retard – l’année 2007 et dans la perspective des prochaines élections municipales, nous vous proposons de dresser un bilan original de la netcampagne présidentielle par n’analyse des données reccueillies grâce à l’enquête post-élection présidentielle à laquelle 1522 visiteurs du site avaient répondu à l’issue du scrutin.

Trois articles présenteront successivement les résultats de cette enquête inédite et ses principaux enseignements. Le premier, consacré à l’état des lieu des activités politiques pratiquées sur la toile est publié après cette courte introduction. Le second traitera du profil de l’activisme politique sur Internet (publication le 9 janvier). Enfin, nous tenterons d’évaluer quel a pu être l’impact d’Internet sur les choix électoraux (publication le 11 janvier).

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De part la difficulté à le réguler, Internet offre une incontestable bouffée d’oxygène aux élus et aux formations politiques leur permettant de renouveler leurs pratiques à destination des électeurs. Quant aux citoyens, ils bénéficient désormais d’un accès à moindre coût à de multiples sources d’information. Les opportunités d’expression et de participation au débat public s’avèrent également inédites. Grâce au web, il n’a jamais été aussi aisé de s’informer et d’échanger avec autrui. Autant d’éléments qui nous invitaient dès le printemps 2006 à appréhender Internet comme « un dispositif important de par ses potentialités à structurer non seulement la stratégie électorale des candidats mais aussi et surtout le rapport des citoyens au politique et aux élections ».

Cette étude se propose de dresser un premier bilan de la netcampagne présidentielle. Non du point de vue des candidats et de leurs pratiques mais de celui des internautes ayant investi l’espace numérique qui leur était offert pour la campagne électorale.

A cette occasion, nous tenterons d’arbitrer entre deux visions de l’Internet politique. La première, défendue par de nombreux « techniciens » de l’Internet, l’appréhende comme un outil à même d’ériger les internautes en « cinquième pouvoir ». Ils défendent la perspective d’un nouvel âge d’or démocratique rendu possible par la diffusion des nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’accès facilité aux informations et la possibilité d’établir une communication horizontale entre les individus induirait un citoyen mieux informé et plus mobilisé. En outre, Internet servirait le pluralisme politique en permettant l’expression d’acteurs peu présents voire exclus des autres médias (presse, radio, télévision).

La seconde « école » insiste davantage sur le risque de reproduire sur la toile la fracture civique mise à jour depuis plusieurs décennies et se manifestant par un intérêt pour les affaires publiques et une participation politique inégalement répartis d’une catégorie de population à une autre. Les tenants cette approche prudente, s’appuyant sur les enseignements des sciences politiques, s’attachent à rappeler que les activités politiques relèvent fréquemment du fait d’une minorité intéressée par la politique et dotée d’un minimum de compétences. La toile n’échapperait pas à ce phénomène, contrariant ainsi les visions les plus enchantées de l’Internet politique.

On le voit, ce sont deux visions pour le moins opposées que nous proposons de confronter ici aux données accumulées au cours de l’importante séquence électorale qu’a connue la France en 2007 grâce à la réalisation d’une consultation en ligne auprès de 1500 internautes environ.

Pour mener à bien cette recherche, nous avons placé un questionnaire en ligne sur le site www.election-presidentielle.fr. Ce questionnaire, administré à partir d’un logiciel CAWI (Computer Assisted Web Interviews) et accessible aux visiteurs du site dès l’annonce des résultats du second tour et pendant les dix jours suivants, comportait une trentaine de questions pour un temps de réponse d’une dizaine de minutes environ. Pour participer à l’enquête, les visiteurs du site www.election-presidentielle.fr étaient invités à s’inscrire via un formulaire de contact. Une fois leur inscription validée (vérification de l’adresse email), un message électronique comprenant un lien personnalisé vers l’enquête leur était adressé. Par cette technique, une même adresse électronique n’a pu être utilisée qu’une seule fois pour participer à l’enquête, limitant ainsi autant que faire se peut d’éventuelles participations multiples pour un même individu. Cette solution nécessitant une inscription préalable présente toutefois un revers puisqu’elle tend à exclure de notre échantillon les personnes peu familières de l’Internet ou n’ayant pas bien identifié les auteurs de l’enquête. Il est donc probable que des internautes aient renoncé à s’inscrire par crainte d’un usage frauduleux de leur adresse électronique. Au final, 1522 internautes ont participé à notre enquête. Pour analyser leurs réponses, un sous-échantillon de 1450 internautes inscrits sur les listes électorales a été constitué.

Etat des lieux des activités politiques pratiquées sur la toile par les participants à la consultation.

Les participants à l’enquête manifestent une activité politique en ligne nettement supérieure à celle observée au sein du grand public internaute. Pour chacune des pratiques étudiées, l’écart observé s’avère fréquemment supérieur de plusieurs dizaines de points avec les données collectées par le CEVIPOF en début d’année 2007 (enquête TNS-SOFRES). Toutefois, l’activisme politique des internautes ayant participé à notre enquête post-élection présidentielle n’induit pas un bouleversement significatif de la hiérarchie des pratiques politiques étudiées. La consultation réalisée auprès des visiteurs du site www.election-presidentielle.fr nous a donc permis d’approcher au plus près ceux que nous appellerons ici les activistes politiques en ligne, une population difficile à étudier dans le cadre d’enquêtes classiques réalisées à partir d’échantillons représentatifs de la population internaute française.

Au-delà des scores élevés enregistrés pour la plupart des activités testées, nous avons cherché à classer les pratiques des internautes par catégories. Pour cela, nous avons eu recours à une analyse en composantes principales (ACP) permettant d’identifier les principales dimensions de l’activisme politique sur le web. Sans entrer dans les détails techniques de cet outil statistique de classification des données, l’analyse en composantes principales permet de trouver un nouvel ensemble de variables plus petites que l’ensemble original des variables. Ces nouvelles variables, appelées composantes principales, sont indépendantes les unes des autres. L’application de cette technique aux données collectées permet d’identifier trois catégories (ou familles) d’activités (A, B et C) parmi les quinze pratiques testées dans notre questionnaire.

Le premier groupe d’activités politiques (A) renvoie à l’usage d’Internet comme source d’informations, en particulier sur les partis et/ou candidats ainsi que sur le bien-fondé d’arguments utilisés pendant la campagne. Cette catégorie intègre également la lecture de discussions politiques sur les forums ou les blogs, le visionnage de vidéos en ligne et la consultation de résultats de sondages. Elle regroupe les activités politiques les plus fréquemment pratiquées par les participants à l’enquête.

La transmission de contenus constitue la deuxième catégorie d’activités politiques pratiquées par les participants à l’enquête, que ce soit en faisant suivre des informations à son entourage ou en téléchargeant des contenus audio et/ou vidéo. Ces activités se situent à un niveau intermédiaire en terme de pratique au sein de la population ayant accepté de participer à l’enquête.

Enfin, le troisième groupe concerne davantage l’abonnement aux contenus (newsletters et flux RSS) et la participation au débat politique, par l’écriture de posts ou de commentaires sur des blogs ou des forums, voire en écrivant directement par email à un candidat. Ces activités figurent parmi les moins pratiquées au sein de l’échantillon.

Pour mieux comprendre le recours à ces différentes activités politiques sur la toile, nous avons ensuite cherché à distinguer plusieurs sous-populations, ce que permet le nombre élevé de participants à l’enquête. Pour cela, nous les avons répartis en fonction du nombre d’activités politiques pratiquées au cours de la campagne présidentielle.

La construction de cette typologie s’est faite en deux temps. D’abord, les activités politiques pratiquées par chaque participant à l’enquête ont été comptabilisées individuellement. Chaque internaute s’est ainsi vu attribuer une note allant de 0 (n’a pratiqué aucune activité) à 15 (a pratiqué toutes les activités). Dans un second temps, trois groupes relativement homogènes par leurs effectifs ont été constitués pour disposer d’une base de répondants suffisante pour chacun d’eux.

En moyenne, les internautes ayant participé à notre enquête déclarent avoir pratiqué neuf des quinze activités politiques proposées. Le premier groupe d’internautes rassemble ceux ayant fait preuve d’un activisme politique faible (de 0 à 7 activités), le deuxième correspond aux activistes politiques modérés (de 8 à 10) et le troisième aux internautes manifestant l’activisme politique le plus élevé (11 activités et plus). Dans le premier groupe, seules trois activités obtiennent un score supérieur à 50%, contre neuf dans le deuxième et treize dans le troisième.

Un faible activisme politique en ligne au cours de la campagne présidentielle se manifeste essentiellement par la recherche d’informations. Dans une moindre mesure, une proportion non négligeable d’internautes (entre un tiers et la moitié selon les activités considérées) use de la transmission de contenus. En revanche, l’abonnement aux newsletters et/ou flux RSS s’avère nettement plus marginal et la production de contenus quasi-inexistante. Parallèlement, la télévision (35%) apparaît comme la première source d’information politique des internautes de ce groupe. Viennent ensuite Internet (27%), la presse écrite nationale (17%) et la radio (16%).

En toute logique, l’activisme politique modéré induit un usage intensif de l’Internet pour s’informer. Il se traduit également par une recours fréquent à la transmission de contenus sur la toile. En revanche, seule une minorité d’internautes s’est abonnée à des flux RSS ou des newsletter, les résultats observés étant toutefois sensiblement supérieurs à ceux du premier groupe. Internet est la première source d’information politique de ce groupe (44%) et distance nettement la presse écrite nationale et la télévision (respectivement 22% et 19%).

Quant aux internautes les plus actifs politiquement sur la toile, ils se différencient des deux précédents groupes par un recours important voire massif à l’ensemble des fonctionnalités offertes par l’Internet (recherche ou transmission d’informations, abonnement et production de contenus). Plus précisément, ces internautes se distinguent du groupe précédent par une utilisation nettement plus élevée des flux RSS et animent fréquemment un blog (respectivement 46% et 34% contre 14% et 8% chez les activistes politiques modérés). Au sein de ce groupe, Internet est massivement privilégié comme première source d’information politique (68% contre seulement 11% pour la télévision, 10% pour la radio et 9% pour la presse écrite nationale).

Les types d’activités politiques pratiquées au cours de la campagne présidentielle renvoient à des catégories d’internautes spécifiques. La recherche d’information apparaît clairement comme la première étape de l’activisme politique. La transmission de contenus relève en revanche d’un activisme plus fort, l’abonnement à des contenus de type flux RSS et newsletters ainsi que l’animation d’un blog (production de contenus) étant le fait des internautes les plus actifs politiquement sur la toile. Enfin, soulignons-le à nouveau, plus on manifeste un activisme politique élevé sur la toile et plus on privilégie l’espace numérique pour s’informer sur la présidentielle.

Yves-Marie Cann  (195 Posts)


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