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UMP, la nécessaire reconquête de l’Ouest

Nous reproduisons ici, avec l’autorisation de son auteur, une analyse de Jérôme Fourquet, Directeur-adjoint du Département Opinion publique de l’Ifop, publiée le 6 juin 2006 sur le site Internet Ifop 2007. Un grille d’analyse rétrospectivement utile suite au rebond de la gauche au second tour des élections législatives.

Le positionnement adopté par Nicolas Sarkozy et les thématiques défendues pendant la campagne lui ont permis de capter en deux temps l’électorat du FN au premier et au second tour. Le ton nouveau et l’insistance sur les questions d’insécurité, d’immigration et d’assistanat ont également rendu possible le ralliement d’électeurs populaires traditionnellement proches de la gauche. L’ensemble de ces mouvements se sont traduits par un phénomène de basculement géographique puisque le candidat de l’UMP a fortement progressé dans la France du Nord-Est et du Midi.

A l’inverse, ce dernier accuse un retard conséquent dans tout le Grand Ouest par rapport aux scores de Jacques Chirac en 1995. Alors que la Bretagne, les Pays de la Loire et la Basse-Normandie, faisaient historiquement figure de bastions conservateurs, François Bayrou au premier tour et Ségolène Royal, au premier et au second, y ont enregistré de forts résultats. On citera par exemple les scores de la candidate socialiste au second tour à Quimper ou Thouars (59 %), Saint-Brieuc (58 %), Saint-Lô (56 %), Caen (55 %) ou bien encore Laval (54 %).

Ce mouvement s’observe également dans les terres modérées du Sud Ouest, où François Bayrou, certes candidat régional, a obtenu de bons résultats au premier tour mais où Ségolène Royal est arrivée en tête et parfois assez largement dans bon nombre de communes pourtant classées à droite : 63 % à Oloron Sainte-Marie, 58 % à Talence, 54 % à Périgueux ou Bayonne et 52 % à Bordeaux.

Tout se passe donc comme si une partie importante de l’électorat centriste modéré de ces régions ne se soit pas reconnue dans le programme de Nicolas Sarkozy, au discours perçu comme trop droitier. Cette situation correspond au « prix à payer » pour avoir pu capter l’électorat frontiste et sécuritaire de la France de l’Est et du Midi mais cela pourrait toutefois se révéler à terme assez problématique. Il s’avérerait en effet dangereux pour la majorité de laisser en friche des pans entier du territoire pour que la gauche et le Modem de François Bayrou s’y développent et y trouvent des points d’appui pour reconquérir des villes au printemps prochain.

Par ailleurs, certaines réformes économiques et sociales (contrat unique, réforme des régimes spéciaux) pourraient déjà mal passer dans les terres traditionnellement contestataires – actuellement ralliées – du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie ou du littoral méditerranéen qui ont toujours été en pointe, que ce soit en décembre 1995, lors de la réforme des retraites en 2003 ou plus récemment lors du référendum européen. Si la gauche parvient à entraîner et entretenir la protestation dans les régions de la façade atlantique habituellement assez peu frondeuses (bien qu’en 2006 les mobilisations anti-CPE y aient été fortes avec comme épicentre Poitiers, signe avant-coureur d’une certaine frilosité de ces régions face aux réformes « libérales » ?), le front du refus serait alors beaucoup plus large que par le passé et constituerait une difficulté sérieuse pour faire passer ces réformes. Rappelons au passage que si les violences consécutives à l’élection de Nicolas Sarkozy ont été médiatisées pour celles ayant eu lieu à Paris, elles ont également été soutenues et nombreuses dans les villes de l’ouest principalement : Caen, Rennes et Nantes.

L’ouverture pratiquée au sein du gouvernement peut certes constituer un premier message à cette France de l’Ouest désormais marquée au centre et au centre-gauche. De la même façon, François Fillon de par sa filiation de gaulliste social, sa capacité de dialogue avec certains syndicats réformistes et son implantation sarthoise est assez bien placé pour s’adresser et rassurer cette France. Mais soulignons qu’alors que la Bretagne et la Basse-Normandie sont généralement bien représentées dans les gouvernements de droite, aucun ministre n’en provient cette fois.

Dans ce contexte, il s’agira donc pour l’exécutif de suivre avec attention l’évolution de l’opinion dans ces régions mais aussi de lui envoyer des signaux et d’identifier les leviers sur lesquels agir afin de reconquérir tout ou partie du terrain perdu.

Jérôme Fourquet
Directeur-adjoint du Département Opinion publique de l’Ifop

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