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Retour sur le sondage Ifop-Paris Match : un sarkozysme dominant au premier comme au second tour

Réalisée dans un contexte politique quelque peu apaisé après le retrait du CPE, l’enquête Ifop – Paris-Match des 20 et 21 avril donne un aperçu des rapports de force présidentiels avant le début de l’affaire Clearstream.

Mettant en évidence la force électorale de Ségolène Royal par rapport aux autres candidats à l’investiture socialiste, elle montre quoiqu’il en soit la domination de Nicolas Sarkozy sur ses adversaires au premier comme au second tour.

Dans ce cadre, elle soulève au moins trois questions sur la nature des potentiels électoraux des deux favoris de l’élection présidentielle : Quelles couches de l’électorat la députée des Deux-Sèvres touche-t-elle personnellement pour faire tant la différence avec les autres candidats crédibles du PS ? Quels sont les fondements de l’assise électorale de Nicolas Sarkozy, notamment dans l’hypothèse désormais la plus probable d’un retrait du premier ministre ? Et dans le duel serré qui s’annonce entre eux, sur quels points forts les deux candidats peuvent jouer pour l’emporter ?

“L’effet Royal” : une forte mobilisation à gauche et au sein des électeurs sans sympathie partisane

Avec dix points de plus que la moyenne de ses principaux challengers (Lang, Jospin, Hollande, Strauss-Kahn), Ségolène Royal s’impose très largement en tête de la course à l’investiture socialiste. Avec le double des intentions de vote de Laurent Fabius (30% contre 14%), elle relègue même ce dernier en dehors de la course pour 2007. Mais les résultats relativement proches de ses quatre autres rivaux – entre 19 et 21 % – permettent d’avoir un aperçu de ce qu’elle apporte personnellement par rapport à la moyenne des autres candidats crédibles du PS.

D’abord, sa force réside plus dans sa capacité à faire le plein d’électeurs de gauche (53%) et d’électeurs sans sympathie déclarée (39%) qu’à mordre sur l’électorat de droite (6%). Car si sa candidature n’est pas sans effet sur les intentions de vote en faveur des candidats de droite (- 2,5 points) et d’extrême droite (- 1,25 points), elle leur prend des voix de gauche (environ 4 points à François Bayrou et à Nicolas Sarkozy) et d’électeurs sans sympathie partisane qui, sans elle, seraient tentés par des candidats de droite (environ 8 points) ou d’extrême droite (environ 15 points). Par contre, auprès des électeurs clairement ancrés à droite, sa force d’attraction personnelle est beaucoup plus limitée : + 2,5 points par rapport à la moyenne de ses principaux challengers.

Pour le reste, la députée des Deux-Sèvres fait surtout la différence parce qu’elle est capable de prendre des points aux candidats de l’extrême gauche (3,75) et de l’ex-gauche plurielle (2,5). Son nom mobilise beaucoup plus d’électeurs de gauche que ses quatre challengers (+ 15,75 points), en particulier chez les sympathisants socialistes (+ 18,75) et écologistes (+ 17,75). D’ailleurs, là où son apport personnel est le plus grand, c’est au sein des catégories qui constituent le coeur de l’électorat socialiste, en particulier de celui de Lionel Jospin en 2002 : les femmes (+ 12,75), les salariés du secteur public (+ 11,25), les professions intermédiaires (+ 14,25) et, dans une moindre mesure, les professions libérales et cadres supérieurs (+ 11%).

Cela dit, sa force d’attraction personnelle transparaît aussi au sein de catégories qui ne sont pas les plus fidèles au PS. C’est par exemple le cas des artisans / commerçants (+ 11,25) – pourtant des plus rétifs au discours socialiste – ou encore des moins de 25 ans (+ 16,5) qui avaient été les grands absents de l’électorat Jospin aux dernières présidentielles. Effet CPE ou leçon du 21 avril, cette attrait des jeunes pour la candidature Royal va de pair avec sa capacité à mordre sur l’électorat d’extrême gauche (19% des sympathisants, 41% des anciens électeurs d’Olivier Besancenot en 2002) et à atténuer le clivage du 29 mai. Car si la faiblesse des effectifs des sympathisants gauchistes oblige à une certaine prudence, le fait que son apport personnel soit aussi élevé chez les « nonistes » (+ 16,5) que chez les « ouiistes » de gauche (+ 18) donne un indice de sa capacité à attitrer les électeurs situés à la gauche de la gauche.

Au-delà de sa force d’attraction auprès des femmes, des jeunes et des CSP +, Ségolène Royal apparaît donc pour son parti comme une excellente candidate de premier tour, capable de transcender le clivage du 29 mai, de faire le plein de voix à gauche et de toucher des électeurs ne s’identifiant même pas à celle-ci.

A droite, un sarkozysme dominant et populaire

Avec seulement 6% d’intentions de vote en faveur du chef du gouvernement, l’hypothèse de primaires internes à l’UMP apparaît désormais peu probable : le ministre de l’intérieur domine son camp au point que dans ce cas, il réaliserait le triple des intentions de vote cumulées des candidats centristes et souverainistes (29% contre 10%). Mais dans la configuration d’un premier tour sans le premier ministre, il plafonne autour de 30% du fait que d’autres candidats profitent de l’élimination de Dominique de Villepin de la course présidentielle.

Dans le cas le plus probable au regard des rapports de force actuels – Ségolène Royal candidate du PS, Nicolas Sarkozy seul candidat UMP –, le numéro deux du gouvernement arrive en tête du premier tour avec un tiers des intentions de vote (32%). Au-delà de sa forte capacité de mobilisation des sympathisants UMP (71%), sa force provient d’abord de sa capacité à mordre sur les électorats centriste (41% des sympathisants UDF, 32% des électeurs de François Bayrou en 2002) et lepéniste (31% des sympathisants F.N./MNR, 35% des électeurs de Jean-Marie Le Pen en 2002). Elle vient ensuite de sa capacité à attirer, comme Ségolène Royal, un gros tiers d’électeurs sans sympathie partisane (36%). Mais à la différence d’elle, il est aussi capable d’attirer des électeurs se situant dans le camp adverse (13%), notamment chez les Verts (25%) et sans doute chez le PC (17%).

Il faut dire que son électorat dépasse les bases classiques de la droite parlementaire. En dehors de quelques pics au sein de catégories qui lui sont traditionnellement attachées (les femmes, les plus de 65 ans, les ruraux, les artisans / commerçants), son électorat présente un profil sociopolitique plutôt équilibré : il transcende totalement le clivage Privé / Public (31%), il réduit le fossé entre partisans (58%) et opposants (44%) de droite au traité constitutionnel et touche à peu près à la même hauteur les différents milieux socioprofessionnels (entre 27 et 33%). Il touche même plus les catégories populaires (employés, ouvriers, chômeurs) que les professions libérales et les cadres supérieurs. Et cette caractéristique du sarkozysme électoral transparaît aussi dans les reports de voix du premier ministre sur les autres candidats de droite.

En effet, si ceux-ci ne profitent en rien à la gauche, le leader de l’UMP ne récupère que la moitié de ces voix (3 points sur 6), l’autre moitié allant à François Bayrou (+ 2) et à Jean-Marie Le Pen (+ 1). Cette progression, le leader du Front la tire surtout d’un transfert de quelques sympathisants de gauche modérée. Mais le candidat centriste attire, lui, des électeurs de droite (+ 4) qui forment la base de son électorat (sympathisants UDF, électeurs de 2002, électeurs de droite ayant voté Oui au référendum) et de celle de l’UMP (+ 5 points chez sympathisants U.M.P. et chez les professions libérales et cadres supérieurs). Ainsi, si Nicolas Sarkozy marque des points auprès des électeurs populaires (employés, ouvriers) et lepénistes (+ 7), il marque le pas au sein de l’électorat de droite le plus modéré et le plus privilégié (sympathisants UDF, cadres supérieurs).

Dans une optique de second tour, le président de l’UMP est donc confronté à un dilemme : consolider son assise électorale sur ses bases naturelles en séduisant ce “marais” d’électeurs centristes ou modérés “qui fait une élection” ou développer encore plus son potentiel électoral au sein des couches populaires et populistes de l’électorat. Pour l’heure, il semble que la deuxième option soit pour lui la plus rentable électoralement.

Au second tour, Nicolas Sarkozy sort gagnant quelque soit le candidat de gauche

A l’exception de Ségolène Royal, tous les candidats socialistes sont écrasés par le ministre de l’intérieur. Avec environ 6 points de plus que la moyenne de ses principaux challengers (42,75%) et 10 points de plus que Laurent Fabius (39%), la députée des Deux-Sèvres (49%) est la seule personnalité de gauche à menacer le leader de l’UMP. Mais avec un potentiel électoral qui est loin de s’étioler depuis le 29 mai, ce dernier peut compter sur une certaine assise populaire pour l’emporter.

Ségolène Royal fait quasiment jeu égal avec Nicolas Sarkozy (51% / 49%) car elle prend des voix au sein même des bases électorales de la droite. Par exemple, par rapport à ses principaux challengers, elle fait nettement la différence au sein des salariés du privé (+ 9 ,75), des ruraux (+ 10,25), des artisans / commerçants (+ 10,5) ou des professions libérales et cadres supérieurs (+ 11,75). Elle mobilise ainsi beaucoup plus d’électeurs centristes (+ 7,75) et lepénistes (+ 9,75) alors qu’elle fait moins la différence auprès des sympathisants PS (+ 5,25) et de leurs principales bases sociologiques (+ 3 chez les professions intermédiaires, + 4 chez les salariés du Public). Mais même si par rapport aux autres candidats crédibles du PS, elle marque des points au sein de certaines couches populaires (+ 8,75 chez les ouvriers), celles-ci restent les points forts de son adversaire.

Certes, il faut avant tout garder en tête que ceux sont les soutiens traditionnels de la droite qui permettent à Nicolas Sarkozy de sortir gagnant de son duel avec Ségolène Royal : les retraités (59%), les ruraux (55%), les artisans / commerçants (54%) et, dans une moindre mesure, les femmes et les salariés du privé (52%). Mais là où pour un candidat de droite, il fait la différence, c’est en attirant à lui une majorité d’électeurs populaires (55% des ouvriers, 53% des chômeurs) alors que son adversaire reste la candidate des classes moyennes et supérieures (58% des employés, 63% des professions intermédiaires, 54% des professions libérales et cadres supérieurs). Et cette défection des couches populaires – qui fut responsable de la défaite de Lionel Jospin en 2002 – est pour la gauche d’autant plus préoccupante que les évènements de ces derniers mois (émeutes urbaines, affaire du CPE,…) ne semblent pas y remédier.

Comparés aux résultats d’une enquête réalisée quelques semaines après le référendum du 29 mai, les scores de second tour de Nicolas Sarkozy tendent en effet à augmenter : + 1,75 point en moyenne face aux 4 challengers de Ségolène Royal (dont le nom n’était pas alors proposée). Certes, ils baissent légèrement face à ceux qui étaient alors les plus impliqués dans le débat européen (Hollande, Fabius). Mais dans l’ensemble, ils montrent qu’en un an, son image n’a été écornée qu’auprès des sympathisants de l’UDF (- 2,75) et de la gauche (- 1). Pour le reste, il compense largement ses quelques pertes – chez les employés (- 8,25) ou les moins de 25 ans (- 9,5) – par des gains spectaculaires chez les ouvriers (+ 16,25), les ruraux (+ 14,25) ou les 35-50 ans (+ 14,25). Son assise au sein des électeurs lepénistes (+ 4,5) ou sans sympathie déclarée (+ 5) n’en sort, elle, que plus renforcée.

Présentation graphique des résultats (doc. pdf – 256ko)

Conclusion

Ainsi, l’enjeu pour les deux favoris de l’élection présidentielle dépend de la configuration dans laquelle le prochain scrutin se jouera. S’il s’inscrit dans la logique médiatico-politique qui avait coûté aux socialistes leur qualification en 2002 (autour des questions de sécurité et d’autorité par exemple), l’assise populaire du président de l’UMP lui donne un avantage certain d’autant qu’elle lui permet de compenser ses pertes auprès des électeurs modérés ou privilégiés. S’il s’inscrit dans un schéma plus classique (type 1974) où la victoire se joue au centre sur le thème du rassemblement, la compagne de François Hollande a pour elle des taux de pénétration importants au sein des groupes « pivots » de l’élection (près de 30% chez les électeurs centristes et lepénistes, près de 50% chez les électeurs sans sympathie déclarée). Pour l’heure, il est trop tôt pour se prononcer sur la logique qui va l’emporter.

[tags]Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin, Jean-Marie Le Pen, François Bayrou, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller, Philippe de Villier, IFOP, Intentions de vote[/tags]

François Kraus  (195 Posts)

Chef de groupe au Département Opinion et Stratégies d’entreprise chez Ifop. Ancien élève de la Sorbonne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et de l’I.E.P. de Paris (Ecole doctorale), il a reçu le prix de la Fondation Jean Jaurès 2001 et a participé au groupe histoire de la revue Esprit. Il a collaboré à Expression-publique.


Catégories: Analyses, Sondages

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