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Le rapport de force politique à un an de la présidentielle 2012

CourbeMoins de cinquante-deux semaines nous séparent désormais de la date probable du premier tour de l’élection présidentielle (22 avril 2012). Successivement, deux enquêtes d’intentions de vote au premier tour de scrutin ont été publiées pour marquer cette échéance. La première par l’Ifop pour le compte de Paris Match et Europe 1. La seconde a été réalisée par l’institut CSA pour BFMTV, RMC et 20 Minutes. Les enseignements apportés par ces deux études s’avèrent extrêmement proches et offrent une évaluation assez fine de l’état des forces politiques (officieusement) en campagne.

L’élément le plus frappant c’est avant tout l’état de faiblesse dans lequel se trouvent les trois candidats arrivés en tête lors du premier tour de la présidentielle 2007. Tant Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal et François Bayrou recueillent des scores d’intentions de vote sensiblement inférieurs à ceux qui avaient été les leurs lors du précédent scrutin. Assez paradoxalement, l’usure du pouvoir dont semble assez logiquement atteint le président de la République à l’issue de son mandat ne profite ni à sa rivale au second tour, ni à celui arrivé sur la troisième marche du podium. Bien au contraire : l’une et l’autre semblent (à ce stade de la pré-campagne car la prudence s’impose) durablement disqualifiés, comme éliminés d’avance du jeu à venir. Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou sont ainsi crédités de potentiels électoraux inférieurs de près de 10 points à leur score du premier tour 2007.

Pourtant, l’état des forces politiques laisse paraître une relative permanence. La gauche, le centre et la droite sont ainsi crédités de scores relativement proches de leurs poids respectifs au soir du premier tour de la présidentielle 2007. Seule l’hypothèse d’une candidature de Dominique Strauss-Kahn parvient à troubler quelque peu cet équilibre, le Directeur général du FMI apparaissant en mesure de fédérer sur son nom dès le premier tour une proportion significative d’électeurs centristes (en l’occurrence des électeurs de François Bayrou en 2007). Dès lors, il convient de relativiser l’état de faiblesse apparent du pôle centriste, celui-ci s’expliquant principalement par l’absence d’une personnalité à même de capter les électeurs proches de cette sensibilité.

Indépendamment des enquêtes d’intentions de vote signalées ci-dessus, il convient enfin de reconnaître que l’impopularité de Nicolas Sarkozy s’apparente aujourd’hui à un véritable rejet et constitue un handicap lourd dans la perspective d’une candidature à sa réélection. Sous la Cinquième République, jamais un Président n’a atteint un tel niveau d’impopularité lors d’un premier mandat à un an de l’élection présidentielle. Reconnaissons aussi que la tâche n’est pas aisée puisque, contrairement à ses deux prédécesseurs (François Mitterrand et Jacques Chirac), l’actuel Chef de l’État français ne peut profiter d’une période de cohabitation, traditionnellement propice à un regain de popularité présidentielle. A cet égard, la situation de Nicolas Sarkozy s’apparente davantage à celle de Valéry Giscard d’Estaing, seul Président candidat à sa réélection à ne pas avoir été reconduit à l’Élysée par les électeurs. L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie (1) écrivait Karl Marx… Nul doute que Nicolas Sarkozy cherchera, au cours des prochains mois, à démentir les écrits du théoricien et révolutionnaire allemand.

(1) « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. », in Karl Marx, Le 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte.

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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