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Terra Nova, la gauche et les ouvriers

Terra Nova

Un pavé dans la marre. En publiant « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012« , le think tank Terra Nova imaginait-il se retrouver sous les feux de la polémique ?

Les auteurs de l’essai partent d’un constat pourtant simple, objectif… mais dérangeant : les ouvriers, traditionnellement acquis à la gauche votent de plus en plus à droite et, au fil des ans, l’avantage en faveur du camp « progressiste » (comprendre la gauche dans l’esprit des auteurs de l’essai) s’est réduit comme peau de chagrin. Un chiffre parmi d’autres : 13% des ouvriers ont voté pour Lionel Jospin le 21 avril 2011, soit 3 point de moins que l’ensemble de la population. En 2007, Nicolas Sarkozy est parvenu à capter une fraction non négligeable du vote ouvrier aux premier et second tours de l’élection présidentielle.

Les auteurs de Terra Nova placent au cœur de leur analyse l’existence d’un clivage sur les socioculturel, opposant les ouvriers à la gauche. Ce phénomène, déjà mis en lumière par la sociologie électorale française est simple : sur de nombreuses dimensions (ouverture au monde, tolérance vis-à-vis des comportement « déviants », etc.) les ouvriers en particulier et les catégories populaires en général sont bien plus proches de la droite que de la gauche. Des données d’enquête déconnectées de l’actualité récente permettent d’illustrer ce phénomène (Baromètre Politique Français 2006-2007 – Vague 1).

Au printemps 2006, 38% des ouvriers interrogés par l’Ifop pour le CEVIPOF se disaient « tout à fait d’accord » avec l’affirmation selon laquelle « L’homosexualité est une manière acceptable de vivre sa sexualité »,  soit un score inférieur de 12 points à celui observé chez les sympathisants de gauche, et jusqu’à -17 points par rapport aux seuls enseignants.

Trop facile direz-vous, tant la question posée divise de part et d’autre de la société française. Donc acte ! A la proposition « Les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment », 66% des ouvriers interrogés lors de cette enquête répondaient par l’affirmative, soit 19 points de plus que les cadres et les professions libérales, 20 points de plus que les sympathisants de gauche ! Et sans vouloir trop enfoncer le clou : 62% des ouvriers partageaient l’idée selon laquelle « Il y a trop d’immigrés en France », soit un score supérieur de 22 points à celui mesuré auprès des proches de la gauche… Sur ces trois dimensions socioculturelles (homosexualité, travail et immigration), les ouvriers interrogés étaient en revanche très proches voire en totale concordance avec les sympathisants UMP (38%/71%/62%).

A contrario, sur les politiques économiques à mettre en œuvre, les ouvriers s’accordaient avec les sympathisants de gauche et s’opposaient à ceux de la droite. Un seul exemple : 55% des ouvriers invités à se prononcent en mars 2006 sur la possibilité d’obtenir une diminution durable du chômage défendaient alors l’idée selon laquelle il était possible d’y parvenir « en maintenant les droits actuels des salariés », à l’unisson avec les sympathisants de gauche. Cette solution n’était alors partagée que par 23% de ceux de la droite, lesquels optaient pour une plus grande flexibilité du marché du travail à hauteur de 76%.

A la lecture de ces quelques chiffres, on le pressent, remettre en cause le constat de Terra Nova serait contre-productif. Sauf à vouloir à tout prix porter des œillères et se protéger ainsi d’une vérité qui dérange : ce que pensent et veulent les ouvriers suscite une tension forte au sein de la gauche et tend à placer ses élus en porte à faux. C’est d’ailleurs dans doute ici le plus grand mérite du travail proposé par Terra Nova, sur lequel reviendrons prochainement pour vous en proposer une lecture critique…

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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2 Responses to "Terra Nova, la gauche et les ouvriers"

  1. jantaro dit :

    @ c assayag

    Et se remettre en question, non??

  2. C Assayag dit :

    Comme tu le dis YM le constat de Terra Nova est intéressant – deux pistes peuvent alors s’ouvrir: convaincre l’électorat ouvrier de changer de position ou considérer que cet électorat n’est plus en phase avec des « valeurs » de gauche et donc ne plus le cibler de façon prioritaire. A 12 mois des présidentielles la réponse me semble assez évidente dans ue optique électorale.

    C Assayag