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Une bonne nouvelle pour la démocratie

Journal de Campagne 9 :
Une bonne nouvelle pour la démocratie

Les primaires en route vers le succès ? L’audience du premier débat des primaires socialistes me semble tout à la fois une bonne nouvelle pour notre vie démocratique et une pas très bonne nouvelle pour la majorité.

Bonne nouvelle pour notre démocratie. Dans un moment de crise, de défiance vis-à-vis de la politique, après l’abstention forte enregistrée lors des dernières élections locales, on pourrait craindre que les citoyens se désintéressent   de l’élection présidentielle. Sur ce registre le débat tv était un premier test de popularité… de la campagne elle-même. Le fait que près de 5 millions de Français regardent une émission politique plutôt longue, pas toujours animée sauf sur la fin, est plutôt un signe positif. Souvent jugée moins crédible, la politique reste audible, il y a encore une attente du politique dans notre pays.

Cette bonne audience couplée à un débat plutôt de bonne tenue n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la majorité. Depuis plusieurs mois une partie de celle-ci ne cesse d’attaquer la mécanique même des primaires. Pas sur que cette critique ne rencontre un écho dans l’opinion. Les derniers chiffres des différents Instituts dont CSA, peuvent laisser penser que le cap des 1 Millions de votants est potentiellement atteignable. Ce n’est pas forcément la campagne des primaires en elle-même qui suscite l’intérêt tant il apparait que les désaccords de fond sur les grands sujets (dette,emploi,pouvoir d’achat)ont du mal à se cristalliser, mais la primaire elle-même. D’abord dans cette configuration elle est incontestablement une nouveauté, et ensuite elle correspond au besoin de participation des citoyens,à leur envie d’être acteurs ,ce que nous mesurons tous les jours dans toutes les facettes de la vie quotidienne (consommation,internet etc).En revanche la majorité tape juste quand elle explique que le débat n’a pas permis d’expliciter les divergences entre les candidats sur les sujets économiques et sociaux essentiels.

Les stratégies du débat. Quelques mots à présent sur le débat et sur la stratégie des uns et des autres.

Nous avons vu d’un côté deux candidats qui menaient avec brio ce que les spécialistes du marketing appellent une stratégie de niche. Montebourg et Valls, l’un à la gauche de la gauche et l’autre à la droite de la gauche. Parce qu’ils ne cherchaient pas à parler à tous, parce qu’ils s’assumaient plus segmentants,leurs propos apparaissaient plus impactants. D’autre part l’accès à la cour des grands que constitue l’exposition médiatique d’une émission de prime-time et le fait qu’ils y apparaissaient tout à fait au niveau  donnent le sentiment qu’ils sont les révélations du débat. Ces deux éléments pourraient leur profiter.

Hollande et Aubry menaient eux une stratégie de mainstream : Parler au courant central, au plus grand nombre, et donc ne pas prendre le risque de cliver. Mais  cette stratégie se décline sur deux angles différents. Autour des valeurs de la gauche  pour le maire de Lille, Autour de la capacité à être le meilleur opposant à Sarkozy pour le corrézien. Pour tenter de corriger son image qui accuse un déficit sur un point essentiel l’autorité, Hollande a pu parfois apparaitre un peu cassant voire arrogant. Pour tenter de rattraper son retard en termes de crédibilité, Martine Aubry a parfois pris le risque de faire dans le technique et dans la gestion. Aucun des deux n’a réussi jeudi me semble t-il à rendre son image plus chaleureuse et à renforcer son lien affectif avec l’opinion.Aucun des deux n’a réussi à installer sa différence.

Reste une surprise, Ségolène, incroyablement en retrait, comme si elle avait fait avant l’émission le pari d’un affrontement violent entre ses deux compétiteurs principaux dont elle aurait cherché à retirer les fruits en apparaissant sereine et rassembleuse. Or l’affrontement n’a été qu’escarmouche, et Ségolène n’a pas réussi à s’inviter dans le débat.

Au final, ce premier débat en donnant plus d’espace aux challengers Valls et Montebourg, en ne désignant pas de vainqueur entre les deux favoris pourrait conduire à resserrer les scores et donc à refocaliser les dernières semaines de campagne sur l’enjeu du second tour.

Bernard Sananès  (7 Posts)

Président de l'Institut CSA (Etudes et Sondages). Diplômé de l’I.E.P d’Aix-en-Provence et de l’I.P.J., il débute comme journaliste avant de devenir chargé de communication d’un groupe parlementaire. Entré à EURO RSCG Public en 1991, il en a pris la tête en avril 2006. Il tient un blog, le Weblog de Bernard Sananès.


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