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Primaire socialiste : vers un second tour à haut risque ?

Carte électoraleLe premier tour de la primaire organisée par le Parti socialiste et le Parti radical de gauche aura finalement attiré près de 2,5  millions d’électeurs, plaçant le curseur de la participation en haut de la fourchette annoncée ces derniers jours. Toutefois, ce succès populaire ne constitue pas la garantie d’un printemps électoral des plus radieux en 2012. En effet, la perspective du second tour s’annonce potentiellement à haut risque, l’issue apparaissant nettement plus ouverte qu’attendu initialement.

Crédité du statut de favori tout au long de la campagne depuis la mise hors jeu de Dominique Strauss-Kahn, François Hollande arrive logiquement en tête à l’issue du premier tour. Toutefois, avec un score inférieur à 40%, cette victoire d’étape semble avoir un goût quelque peu amer pour le Député de Corrèze. Il devance toutefois assez nettement Martine Aubry qui, aidée par le vote des zones les plus urbaines (elle arrive nettement en tête à Paris, par exemple) parvient à franchir le cap des 30% et enregistre un score sans doute supérieur à ses espérances.

La surprise de scrutin vient sans conteste de la percée du candidat Montebourg. Le président du Conseil général de Saône-et-Loire est d’ailleurs le seul candidat pour lequel une dynamique positive a pu être observée au cours des trois derniers mois de campagne. Il a bénéficié à plein de la visibilité offerte par les trois débats télévisés, lesquels ont enregistré, rappelons-le, des records d’audience. De plus, le thème de la démondialisation dont il s’est emparé a sans doute fait mouche chez bon nombre d’électeurs dans un pays secoué par la crise économique et ses répercussions sociales. Cet enjeu, à mon avis sous-estimé par nombre de commentateurs, devrait pourtant être un déterminant majeur du vote à la prochaine présidentielle.

Difficile enfin de faire l’impasse sur la claque reçue par Ségolène Royal. Désignée dès le premier tour de la primaire socialiste de 2006 avec 60% des voix environ, la candidate du Parti socialiste à la présidentielle 2007 ne recueillerait plus que 7% des suffrages, devançant d’un point seulement Manuel Valls qui enregistre d’ailleurs un score décevant. Peu connu, il n’a pas su, contrairement à Arnaud Montebourg, séduire les électeurs par un positionnement clairement situé à la droite du Parti socialiste.

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Passée l’euphorie du premier tour, les jours à venir me semblent potentiellement à haut risque pour le Parti socialiste. D’abord parce que les résultats partiels mettent à jour une dispersion des voix assez forte et objective l’absence d’un leadership incontesté. Le fait que Martine Aubry, Premier secrétaire du Parti socialiste, arrive en deuxième position n’est pas une si bonne nouvelle qu’il n’y paraît, fragilisant sa position pour les mois à venir en cas de désignation de François Hollande.

Surtout, la relative fragilité du score de François Hollande contraint celui-ci à modifier sa stratégie de campagne dans la perspective du second tour. Alors qu’il avait jusqu’à présent cherché à se maintenir au-dessus de la mêlée, le président du Conseil général de La Corrèze se retrouve contraint à descendre dans l’arène pour emporter la victoire. Pour gagner, il lui faudra clarifier son discours et ses propositions sur des enjeux chers aux électeurs de Ségolène Royal et Arnaud Montebourg, lesquels totalisent à eux deux près d’un quart des suffrages exprimés. Si la présidentielle devrait se gagner au centre, il ne fait désormais aucun doute que la primaire se gagnera à gauche !

Enfin, nul ne peut nier à cette heure le risque d’un candidat « mal désigné » à l’issue du second tour, dimanche 16 octobre. S’il suffit de franchir le seuil des 50% pour être élu président de la République, une courte victoire à la primaire pourrait entamer sérieusement la légitimité du candidat socialiste.

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Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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One Response to "Primaire socialiste : vers un second tour à haut risque ?"

  1. olivier dit :

    Si les sondages ne sont pas prédictifs, à quoi renvoie l’expression « plus ouverte qu’attendu initialement » ??

    Encore une grossière erreur des sondages sur cette primaire et qui vérifie encore fois l’idée que tout ce qui échappe aux analystes échappent aux sondeurs, car les données brutes des sondages sont redressées sur la base des analyses. Les sondages ne reflètent pas la réalité mais les analyses, et quand les analystes se plantent, les sondages se plantent. Balladur 95, Le Pen 2002, Bayrou 2007, Bayrou régionales 2009, Montebourg primaires 2011… La liste est si longue. Ce qui est très impressionant, c’est la capacité des sondeurs à dénier leurs erreurs par des explications aussi fallacieuses que leurs sondages. Bon courage pour défendre votre légitimité.