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Enquête post-premier tour des primaires : qui sont les électeurs ?

enqueteA l’occasion des principaux rendez-vous politiques, nous organisons une consultation électronique des membres du panel Objectif 2012 créé par notre site. Cette enquête n’est pas un sondage au sens strict du terme, l’échantillon interrogé ne visant pas la représentativité d’une population en particulier. Les données qui en sont issues permettent toutefois de disposer de tendances particulièrement intéressantes sur les attitudes, les représentations et les pratiques des électorats acceptant de répondre à nos questions.

A l’issue du premier tour, près 365 personnes ont accepté de répondre à nos questions. Parmi ces volontaires, 187 participants au vote du 9 octobre ont été identifiés. L’analyse des réponses s’avère particulièrement riche en enseignements et met en lumière les spécificités du vote Montebourg, aujourd’hui en position d’arbitre. A noter que la taille de l’échantillon constitué permet de disposer de données quantitatives exploitables pour les trois premiers candidats uniquement.

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Premier enseignement de notre enquête, les électeurs d’Arnaud Montebourg semblent nettement moins politisés et beaucoup plus hétérogènes politiquement que ceux de François Hollande et Martine Aubry. Deux indicateurs attestent de cette tendance : le suivi de la campagne et l’affiliation à une formation politique. Parmi les électeurs interrogés, seul un cinquième des votants Montebourg déclare avoir suivi la campagne tous les jours, contre le double chez les candidats arrivés en tête. De façon encore plus marquée, sept électeurs de François Hollande sur dix et un peu plus de la moitié de ceux de Martine Aubry se déclarent proche du Parti socialiste… contre seulement un cinquième pour le Député de Saône-et-Loire dont trois électeurs sur dix se réclament du Parti de gauche et un cinquième d’Europe Écologie Les Verts.

Les éléments les déterminants pour choisir son candidat et le moment du choix pour son vote au premier tour  diffèrent eux aussi assez sensiblement. Validant les hypothèses politologiques exprimées ces derniers jours, l’électorat d’Arnaud Montebourg semble s’être  constitué en cours voire en toute fin de campagne. La moitié de ses électeurs affirme avoir pris sa décision en cours de campagne, un quart a hésité jusqu’au dernier moment. A contrario, près de six électeurs de François Hollande sur dix avaient pris leur décision longtemps à l’avance, de même que près de la moité de ceux de Martine Aubry. L’écart plus resserré que qui était ‘attendu entre les deux qualifiés peut aussi s’expliquer par le fait que la Maire de Lille semble avoir bénéficié d’un phénomène de vote utile le jour du scrutin, près de 30% de ses électeurs affirmant eux aussi avoir hésité jusqu’à dernier moment. Parallèlement, l’analyse des motivations du vote par électorats démontre clairement que François Hollande a bénéficié d’un vote que l’on peut qualifier de « stratège » : la moitié de ses électeur met en exergue ses chances de gagner la présidentielle 2012. A l’inverse, le vote Montebourg apparaît pour l’essentiel motivé par ses propositions (plus de 80%), de même que pour Martine Aubry pour une majorité de ses soutiens.

Ces différences particulièrement marquées peuvent notamment s’expliquer par des préoccupations quelque peu distinctes d’un électorat à l’autre. Certes, tous placent en tête l’emploi parmi les problèmes identifiés comme les plus importants aujourd’hui pour la France. De même, l’éducation et la recherche sont fréquemment citées, quoique de façon un peu plus intense parmi les électeurs Aubry. En revanche, la dette et les déficits publics apparaissent particulièrement clivant. Les électeurs de François Hollande manifestent une très forte sensibilité à ces enjeux, équivalent à celle mesurée pour l’emploi. A l’inverse, les deux autres électorats relèguent les déficits et la dette à un niveau beaucoup plus secondaire, lui préférant très nettement l’importance à donner au traitement des inégalités.

J’en suis convaincu depuis de nombreux mois : les rapports au monde, à la construction européenne et plus particulièrement à la mondialisation pourraient être un déterminant majeur et décisif du vote à la présidentielle 2012. Pour cette raison, l’enquête post premier tour de la primaire socialiste comportait plusieurs questions à ce sujet.  Leurs résultats s’avèrent particulièrement éclairants. Les électeurs ayant porté leur suffrage sur Arnaud Montebourg se distinguent très nettement des autres par l’idée très fréquemment répandue parmi eux que la France doit se protéger du monde d’aujourd’hui alors que les autres opteraient plutôt pour une ouverture accrue. Surtout, les premiers perçoivent majoritairement la mondialisation comme un danger qui menace nos entreprises et notre modèle sociale alors que les autres apparaissent beaucoup plus partagés entre les notions de chance et de danger. Enfin, les électeurs d’Arnaud Montebourg se révèle fréquemment eurosceptiques : un peu plus de quatre votants sur dix estime que la France souffre de la construction européenne contre trois sur dix chez Martine Aubry et un seulement cinquième chez François Hollande.

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Que retenir de ces enseignements dans la perspective du second tour de dimanche prochain ? Qui de Martine Aubry et de François Hollande devrait profiter des suffrages s’étant portés sur Arnaud Montebourg ?

  • Le rapport au monde étant un déterminant du vote Montebourg, Martine Aubry devrait assez logiquement profiter de reports de voix significatifs en sa faveur. Les résultats de notre étude montrent en effet que les premiers manifestent, sur le plan de leur rapport au monde et des enjeux qui les préoccupent, davantage de proximité avec l’électorat Aubry qu’avec celui de François Hollande.
  • Toutefois, il est tout aussi probable qu’une fraction non négligeable du vote Montebourg  se réfugie dans l’abstention, surtout si la campagne pour le second tour ne permet pas de différencier suffisamment les deux candidats en lice sur la dimension évoquée précédemment. L’euroscepticisme des électeurs Montebourg pourrait d’ailleurs être un frein majeur à leur report sur l’un ou l’autre des candidats, tous deux européens convaincus.
  • Enfin, la nature potentiellement stratège du vote ne doit pas être négligée : les électeurs qui ont pu donner une prime aux propositions du candidat Montebourg le 9 octobre pourraient cette fois-ci préférer porter leur suffrage sur celui qui est arrivé en tête, lequel bénéficierait ainsi d’une dynamique post premier tour.

Autant d’éléments qui contribuent à créer une certaine incertitude quant à l’issue du second tour, le plus probable étant surtout que les phénomènes décrit ci-dessus s’annulent les uns les autres, ce qui favoriserait alors probablement la désignation de François Hollande.

=> Me suivre sur Twitter @yvesmariecann

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Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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3 Responses to "Enquête post-premier tour des primaires : qui sont les électeurs ?"

  1. ABOT dit :

    Une précision : le Parti des Travailleurs n’existe plus. Il est devenu le POI (Parti ouvrier Indépendant) qui regroupe 4 courants politiques : socialiste, communiste, trotskiste et anarco-syndicaliste. Lors de son dernier congrès extraordinaire de septembre dernier, le POI a décidé de ne pas présenter de candidat. Pour ma part, militant socialiste, je regrette qu’aucun des candidats PS n’ait osé remettre en question les institutions antidémocratiques de la Vème République, dont le principe de l’élection d’un président qui concentre de facto les pouvoirs politiques d’un monarque. Il n’y a aucune issue dans le cadre des ces institutions, elles-mêmes soumises aux décisions de l’Union européenne.

  2. Kenton dit :

    Bonjour,
    Au soir de cette victoire pour la démocratie je regrette l’absence de communication des résultats en nombre de voix après le premier tour on vit en fait sur un résultat virtuel non communiqué aux militants, je ne comprends pas la raison de ce refus de communication sinon que d’avoir peur de la démocratie – point négatif le seul que je voie mais d’importance. Merci de publier la carto départementale des résultats du premier tour des primaires citoyennes.
    JL

  3. [...] fait pschitt. Il s’agit sans aucun doute du risque le plus grand. Nous l’avons montré ici, les électeurs ayant choisi d’apporter leur suffrage à François Hollande au premier tour [...]