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Primaire socialiste : tout avait si bien commencé…

logo_primairesSouvenez-nous, c’est il y a une semaine, l’euphorie du succès rencontré par la primaire citoyenne semblait tout emporter sur son passage. Près de 2,7 millions de votants et une organisation du vote saluée pour son professionnalisme étaient venus conclure une campagne de premier tour jugée de bonne tenue.

Patatras… les fausses notes provoquées par l’inévitable tension entre les deux camps en présence au second tour ont vite fait d’atténuer l’ambiance de fête du côté socialiste. « Gauche molle » contre « gauche dure »… encore quelques jours et l’affaire tournait au pugilat. Rendez-vous compte, certains en sont même venus à soupçonner le camp Aubry de lepénisation sémantique après la sortie de la Maire de Lille sur le supposé « candidat du système ». Une étincelle… Passons. La campagne terminée, la période à venir s’annonce potentiellement bien plus délicate pour le PS et son candidat désigné. A cette heure, j’identifie trois dangers. Exercice de politique (presque) fiction.

Premier danger : un candidat mal désigné. En politique, un plus un font rarement deux. Toutefois, le soutien apporté à François Hollande par tous les candidats éliminés le 9 octobre oblige celui-ci à réaliser un score élevé, théoriquement proche des 70% (score cumulé de son résultat et de ceux de ces ses soutiens). Il bénéficie théoriquement d’un net avantage sur sa concurrente, qu’illustre  la carte ci-dessous : François Hollande a nettement devancé Martine Aubry dans la quasi-totalité des départements. En toute logique, l’écart de voix avec Hollande/Aubry sera scruté de très près. Un score plus proche des 50% que des 60% pourrait entretenir le sentiment d’un candidat mal désigné.

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Deuxième danger : « too close to call ». Un scénario à l’américaine (Floride, Etats-Unis, novembre 2000), celui déjà joué par le Parti socialiste en 2008. Dans l’hypothèse d’un écart de voix trop faible entre Martine Aubry et François Hollande, le suspense pourrait se prolonger au-delà de la soirée. A la clé, comptage puis recomptage et un risque réel de contestation des résultats voire de soupçons pesant tout au long de la campagne sur la légitimité du candidat désigné. Je me fais l’avocat du diable mais un écart de moins 10 000 voix entre les deux candidats imposerait un recompte généralisé, compte-tenu du risque d’erreur aléatoire dans chacun des 9425 bureaux de vote (une seule erreur par bureau = 9 425 suffrages contestables).

Troisième danger : le candidat qui fait pschitt. Il s’agit sans aucun doute du risque le plus grand. Nous l’avons montré ici, les électeurs ayant choisi d’apporter leur suffrage à François Hollande au premier tour de la primaire l’ont majoritairement fait en raison de ses chances supposées ou réelles de gagner l’élection présidentielle en 2012. Cette croyance est d’ailleurs profondément ancrée au sein de l’opinion publique, comme ont pu le démontrer plusieurs études. Il n’empêche, motiver son vote sur une hypothèse, c’est faire un pari sur l’avenir. Comme tout pari, celui-ci comporte sa part d’irrationnel et de subjectivité. Le risque est alors que le candidat désigné soit issu d’un vote qui s’apparenterait à une bulle spéculative. Pour le savoir, il faudra attendre l’issue de l’élection présidentielle !

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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