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Nicolas Sarkozy : le pari risqué d’une capitalisation sur la crise

euro-brezinys_ec1Discours à Nice sur la gravité de la crise européenne, intervention télévisée à la suite du Conseil européen : Nicolas Sarkozy a décidé de sortir de son mutisme sur la crise de la dette pour en faire un sujet central de la campagne présidentielle et ainsi capitaliser sur sa gestion de la crise, expérience qui ferait défaut à gauche. Si sur le plan interne, les Français apparaissent favorables à davantage d’Europe, au niveau européen l’incapacité des dirigeants à s’entendre pourrait sérieusement compromettre le pari de Nicolas Sarkozy.

Les Français prêts à davantage d’intégration européenne ? Un récent sondage Ifop révèle qu’ils approuvent le principe d’un gouvernement économique européen  à travers la création d’un poste de Ministre européen de l’Economie et des Finances (74%). De même, ils sont 59% à être favorable à l’instauration d’une TVA européenne. Un tel soutien ne semble pas prendre ses racines dans un fort attachement affectif à la construction européenne (53% d’opinions positives) et encore moins à l’euro (41% voient la monnaie unique comme un handicap, 28% comme un aout et 38% y voient ni l’un ni l’autre), mais serait le fruit de la nécessité. L’ampleur de la crise serait tel qu’elle ne peut se résoudre hors de l’Europe.

D’une certaine façon, ces résultats s’avèrent positifs pour Nicolas Sarkozy qui défend une intégration plus poussée comme solution à la crise. Mais l’actuelle cacophonie qui règne au Conseil européen et l’incapacité des dirigeants à s’entendre éloignent chaque jour un peu plus la perspective d’une solution européenne et pourraient ainsi sérieusement réduire les espoirs de réélection de Nicolas Sarkozy. Les derniers baromètres de confiance de l’exécutif montrent en effet que la résurgence aiguë de la crise de la dette depuis la rentrée (les menaces sur les notes italiennes et françaises, les mauvais signes de l’économie grecque ou encore le blocage éphémère du Parlement slovaque) n’ont pas aidé le président de la République qui perd 4 points depuis août 2011 selon l’observatoire CSA – Les Echos. Il ne se situe désormais qu’à 2 points de son niveau le plus bas de mars 2011 (30%). Pire, en septembre dernier, les Français faisaient davantage confiance à François Hollande pour apporter des solutions durables et efficaces pour réduire la dette publique de la France (47%, contre 35% à Nicolas Sarkozy).

Malgré cette érosion, Nicolas Sarkozy a fait le pari de capitaliser sur la crise pour assurer sa réélection. Espérant être celui qui protégera les Français de l’adversité face à un François Hollande souvent perçu comme peu énergique et sans expérience, Nicolas Sarkozy a décidé de lancer d’une certaine façon sa campagne présidentielle en s’adressant aux Français à la suite du Conseil européen de mercredi. Si l’on ne peut que se réjouir d’une séance d’explication et de justification des choix français à Bruxelles qui a fait cruellement défaut jusqu’à présent, la récente dramatisation du sommet européen, illustrée par cette phrase prononcée par le président lors d’un discours à Nice – «  Notre destin se joue dans 10 jours » -, pourrait s’avérer contreproductive. Cette mise en scène d’un homme d’action, rompu aux négociations au niveau européen, risque d’être mise à mal par le probable compromis boiteux qui sera trouvé à l’issue du sommet européen et qui n’endiguera vraisemblablement pas le développement de la crise.

Marek Kubista  (5 Posts)

Chargé d’études au département Opinion de l’institut CSA. Diplômé de l’Institut d’études politique de Paris, il a travaillé auparavant comme journaliste à Paris (EurActiv.fr) et Prague. Il a également écrit des policy papers pour la Fondation Robert Schuman.


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