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Petite Chronique d’une Election 21 – Choisir ou Elire ?

Nicolas Sarkozy est entré de plein pied en campagne jeudi dernier lors de son émission télévisé ; oh, bien sûr il a assuré les Français qu’il était président à 100% et qu’il s’agissait de sa seule priorité, mais personne n’aura été dupe de cette posture au fil d’une émission où certains thèmes de la campagne du chef de l’Etat sont apparus. Le président en exercice est donc candidat à sa propre succession.

Cela nous paraît tellement naturel qu’on en oublie parfois de se poser une question simple : pourquoi ? Pourquoi vouloir devenir Président de la République ? Pourquoi vouloir se représenter alors que l’on a déjà exercé la magistrature suprême ?

Dans le cas de Nicolas Sarkozy cette dernière question n’est pas triviale : sa cote de popularité est très basse, il fait l’objet d’attaques nombreuses et certains Français l’ont définitivement pris en grippe, la situation économique et sociale est exécrable… la victoire est donc loin d’être acquise. Pour l’ensemble de ces raisons il serait bien plus simple de s’effacer et de profiter d’une paternité toute récente couplée à une juteuse carrière de conférencier ou d’administrateur de sociétés.

Pour répondre nous avons à notre disposition tout un tas de réponses convenues : être président pour servir son pays, l’intérêt général, être utile aux autres, par goût du pouvoir, par pure ambition…mais on sent confusément que ces raisons ne sont pas totalement satisfaisantes. Il y’a en effet une forme de mystère, au sens quasi religieux du terme, dans cette volonté obsessionnelle de conquérir l’Elysée. Nicolas Sarkozy ne s’en cachait pas d’ailleurs lorsqu’il parlait de son rasage le matin il y’a quelques années, tandis que François Hollande évoque sa candidature comme une forme d’ascèse, régime compris, et que la posture de Ségolène Royal en 2007 renvoyait à la double figure de la sainte et de la martyre. A l’inverse, de nombreuses personnalités politiques ne semblent pas habitées par cette foi inébranlable en leur avenir et apparaissent donc comme « inaptes » à la fonction présidentielle.

Le (futur) Président, candidat élu à la suite d’un processus démocratique, semble donc se vivre comme l’Elu, celui qui est à la fois prédestiné et choisi, dans un étrange paradoxe qui renvoie à la figure du roi. Ici on peut alors se demander ce qui, dans l’histoire et l’expérience des candidats, transforme une volonté et un espoir en une croyance absolue dans l’accomplissement d’un destin et qui constitue sans doute un beau sujet d’étude pour les historiens.

Et puis nous, en tant qu’électeurs, sommes-nous finalement attirés, aimantés par ceux qui projettent le plus cette confiance en leur destin indépendamment de leur programme ou de leurs idées ? En somme, nous décidons-nous sur le ressenti et l’invisible, le mystère, plutôt que le rationnel, le dicible et le visible ? Voilà une question sur laquelle nous pouvons réfléchir dans les prochains mois !

Chem Assayag  (121 Posts)

Chem Assayag est notamment blogueur et écrivain. Il collabore au site Election Présidentielle depuis l’élection de 2007. Il est l’auteur de nombreux articles sur Agoravox, Rue 89, ou Mediapart. Il est le fondateur avec Nicolas Quint du site Neotopia qui aborde les questions économiques et sociales.


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