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Analyse des électorats au second tour de la primaire socialiste

Comme pour le premier tour de la primaire socialiste, une consultation électronique des membres du panel Objectif 2012 (créé par notre site) a été réalisée du 16 au 22 octobre 2011. Bien entendu, cette enquête n’est pas un sondage au sens strict du terme, l’échantillon interrogé ne visant pas la représentativité d’une population en particulier. Les données qui en sont issues permettent toutefois de disposer de tendances particulièrement intéressantes sur les attitudes, les représentations et les pratiques des électorats acceptant de répondre à nos questions.

A l’issue du second tour de la primaire socialiste, 367 personnes ont accepté de répondre à nos questions. Parmi ces volontaires, 173 votants le 16 octobre ont été identifiés. L’analyse des réponses s’avère particulièrement riche en enseignements puisqu’elle permet de mieux qualifier les électorats des deux candidats en lice.

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Une dynamique de second tour favorable à François Hollande. L’analyse des trajectoires électorales entre le premier et le second tours laisse entrevoir des reports de voix ayant majoritairement avantagé l’ancien Premier secrétaire du Parti socialiste. Pour 100 électeurs de premier tour ayant voté pour un candidat autre que l’un des deux qualifiés, 55 ont porté leur suffrage sur François Hollande contre 43 sur Martine Aubry. L’entre-deux tours semble d’ailleurs avoir été déterminant : 37% des électeurs de François Hollande déclarent avoir fait leur choix pendant la campagne de second tour voire au tout dernier moment, contre seulement 23% de ceux de Martine Aubry. Ces quelques données laissent donc à penser que l’issue du vote a bien été incertaine jusqu’au dernier moment, l’agressivité du camp aubryste ayant pu jouer en défaveur de la Maire de Lille dans les tous derniers jours de campagne.

La désignation de François Hollande résulte d’un vote stratégique. Plusieurs enquêtes d’opinion réalisées en cours de campagne l’avaient démontré, l’analyse de la motivation des votes au second tour le confirme amplement : le vote en faveur de François Hollande résulte très fréquemment d’une croyance en sa capacité à gagner l’élection présidentielle. Cet argument est avancé par près de 60% de ses électeurs. Seuls 6% mettent en exergue les propositions qu’il a défendues et 24% mentionnent sa personnalité. La hiérarchie des motivations du vote pour Martine Aubry est tout autre et révèle en creux les faiblesses (réelles) du candidat désigné. Le vote en faveur de l’actuel Premier secrétaire du PS repose en effet sur deux piliers principaux : la personnalité de la candidate (36% des réponses) et ses propositions (35%). Son expérience politique est elle aussi avancée par près d’un cinquième de ses électeurs.

Le paradoxe de la candidature Aubry. Interrogés sur le débat télévisé de second tour organisé par France 2, les téléspectateurs ayant participé à l’enquête s’accordent majoritairement (57%) pour répondre que, des deux candidats en lice, c’est Martine Aubry qui leur a paru le plus expérimenté. Toutefois, 53% jugent François Hollande comme le plus capable de mener une bonne campagne et 42% (contre 32% pour Martine Aubry) lui reconnaissent à cette occasion la stature d’un chef d’État.

Des électorats idéologiquement très proches… à quelques nuances près. La proportion d’électeurs se réclamant de la gauche s’avère équivalente d’un électorat à l’autre, celui de François Hollande apparaissant toutefois davantage composé de sympathisants socialistes (65% contre 47% pour Martine Aubry). Son adversaire parvient quant à elle à capter des voix issues du Parti de gauche (17% de ses électeurs) et d’Europe Écologie Les Verts (12%). Indépendamment de l’affiliation partisane, les deux électorats expriment un degré d’ouverture au monde équivalent (39% souhaitent que la France s’ouvrent davantage au monde d’aujourd’hui), sans doute parce que cette proposition est essentiellement interprétée dans sa dimension culturelle. Sur le plan économique, des divergences se font jour, notamment à propos de la mondialisation. A titre d’exemple, une majorité relative d’électeurs ayant choisi François Hollande considère que la mondialisation est une chance pour la France car elle lui ouvre des marchés à l’étranger et la pousse à se moderniser. A contrario, une majorité relative du camp Aubry (42%) estime qu’elle est un danger car elle menace ses entreprises et son modèle social. Cet électorat apparaît aussi empreint d’un certain euroscepticisme : 47% des électeurs de Martine Aubry répondent que la France tire profit de la construction européenne… contre 60% de ceux de François Hollande. Enfin, la priorité accordée à la lutte contre les déficits publics en France apparaît nettement plus élevée dans le camp du candidat désigné que chez son adversaire (74% jugent cette action prioritaire contre 54% des électeurs Aubry).

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La désignation de François Hollande pour représenter le Parti socialiste à l’élection présidentielle 2012 apparaît, nous l’avons vu, comme le résultat d’un vote essentiellement fondé sur la croyance en sa capacité à gagner ce scrutin majeur de la vie politique française. Sans contestation possible, le Président du Conseil général de la Corrèze a gagné ici la bataille de l’image. Ceci n’est toutefois pas sans risque car il lui incombe désormais de démontrer à ses partisans qu’il dispose effectivement des qualités et des ressources nécessaire pour concrétiser les espoirs de son camp. D’ores-et-déjà, une difficulté majeure émerge de notre enquête : candidat désigné par un électorat plutôt favorable à la mondialisation, à l’Europe et à une politique de lutte contre les déficits publics, François Hollande n’en devra pas moins rassembler l’ensemble de son camp en donnant un certain nombre de gages aux tenants d’un protectionnisme accru… exercice potentiellement (très) délicat.

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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2 Responses to "Analyse des électorats au second tour de la primaire socialiste"

  1. YMc dit :

    Effet sondages ? En partie probablement mais pas seulement. C’est aussi les regards et les commentaires médiatiques qui ont contribué à diffuser cette croyance. Les seules enquêtes d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle attestaient de la bonne tenue de Martine Aubry face à Nicolas Sarkozy, proche du score de François Hollande.

  2. Chem Assayag dit :

    Indirectement cette étude montre le rôle des sondages sur le scrutin; en effet en mettant en avant le meilleur score potentiel de François Hollande dans un duel contre N Sarkozy (par rapport à Martine Aubry) les sondages ont orienté les votes. Or ces sondages sur le résultat d’un hypothétique second tour des présidentielles devaient être pris avec des pincettes, la simple désignation d’un candidat officiel du PS, quel qu’il soit, changeant la donne par définition !