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Accord PS-EELV : une erreur de timing doublée d’un risque politique pour François Hollande

Lentement mais surement, le piège du nucléaire se referme sur Europe Écologie Les Verts et le Parti Socialiste. Le désaccord opposant les deux formations politiques sur l’avenir de la filière MOX n’est pas sans risque sur la suite de la campagne présidentielle. Surtout, l’accord (fragile) officialisé ce lundi s’apparente à une erreur de timing pour le Parti Socialiste et présente un risque majeur pour son candidat. Explications.

Erreur de timing car si cet accord arrive à point nommé pour EELV, il est particulièrement difficile d’identifier les avantages que pourrait en tirer le Parti Socialiste. Pour les premiers, il intervient à l’issue de deux années électorales assez fastes, en particuliers lors des européennes de 2009, ce scrutin leur étant traditionnellement plutôt favorable (scrutin de liste à la proportionnelle). Ceci ne saurait toutefois masquer le fait que leur base électorale apparaît en net reflux dans la perspective de l’élection présidentielle, nettement plus proche son étiage de 2007 que de celui de 2009. A la lecture de ces données, on comprend mieux l’intérêt des responsables Europe Écologie Les Verts à obtenir dès cet automne un accord, tant la présidentielle pourrait s’avérer périlleuse.

Présidentielle 2007

Européennes 2009

Régionales 2010

Intentions de vote 1er tour 2012 (institut CSA)

Les Verts / EELV

1,57%

16,28%

12,18%

4%

Parti Socialiste

25,87%

16,48%

23,52%

34%

(Les données électorales sont issues des résultats publiés sur le site du Ministère de l’Intérieur)

L’objet du désaccord entre écologistes et socialistes recèle un risque politique important pour François Hollande. Il ressort en effet d’une enquête de l’institut CSA pour BFMTV, RMC et 20 Minutes que le nucléaire est le dernier sujet de préoccupation des Français (6% de citations), tant parmi ceux de gauche que ceux de droite (avec respectivement 6% et 5% de citations), parmi une liste de treize enjeux proposés. Le nucléaire mérite sans aucun doute un débat de fond, mais à trop s’épancher sur ce sujet les responsables socialistes risquent surtout de s’épuiser en apparaissant fort éloignés des attentes de leurs électeurs, dominées par les enjeux de préservation de l’emploi et de défense du pouvoir d’achat.

A ce risque d’éloignement s’ajoute aussi celui d’une perte de crédibilité pour François Hollande. En quête de stature présidentielle, le candidat socialiste est désormais contraint d’afficher et de revendiquer sa fermeté face aux prétentions écologistes. Toute inflexion de sa part pourrait être interprétée comme un renoncement voire la preuve de son incapacité à prendre des décisions potentiellement douloureuses. Une brèche dans laquelle ne manqueraient pas de s’engouffrer les partisans de Nicolas Sarkozy.

Pour les écologistes, existe enfin le risque d’écorner durablement leur image. A signer un accord qui de toute évidence ne les satisfait pas sur le fond en échange de circonscriptions législatives, les responsables EELV apparaissent en pleine lumière comme des politiques comme les autres. Engagé sur une voie de banalisation, leur attrait lors des prochains scrutins intermédiaires pourrait sensiblement diminuer…

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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