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Frédéric Dabi (Ifop) : « Nicolas Sarkozy a sans doute perdu la bataille de la popularité »

Frédéric Dabi, Directeur-général adjoint de l’Ifop et spécialiste des études d’opinion, répond à nos questions. L’occasion de faire un tour d’horizon complet sur la relation des Français aux déficits publics puis d’évoquer avec lui la crédibilité de Nicolas Sarkozy et François Hollande sur cet enjeu dans la perspective de l’élection présidentielle du printemps prochain.

Question : L’exécutif a récemment annoncé de nouvelles mesures pour tenir les objectifs de réduction des déficits publics. La sensibilisation des Français à cet enjeu, mesurée à de nombreuses reprises ces derniers mois, peut-elle favoriser leur acceptation au sein de la population ?

Il est en effet patent que le degré de sensibilité à l’enjeu de la dette et de la réduction des déficits a infusé le corps social. Une enquête Ifop / Sud-Ouest réalisée en août dernier montrait que le niveau de préoccupation des Français à l’égard de la dette comme enjeu à traiter prioritairement par les pouvoirs publics avait en un an progressé de 14 points au point que cet enjeu figurait dans la hiérarchie peu ou prou au même niveau que les sujets socioéconomiques traditionnels, emploi ou pouvoir d’achat. Dans ce cadre, se fait jour un sentiment d’urgence vis-à-vis de la prise en charge de la question de la dette. Ainsi, l’idée selon laquelle celle-ci constitue un problème très grave qu’il faut traiter sans attendre quitte à prendre des mesures douloureuses et difficiles est nettement majoritaire (57% dans un sondage Ifop / JDD) dans l’opinion. A contrario, la posture attentiste face à la dette – ce problème n’est pas si grave car il dure depuis plus de trente ans – n’est partagée que par à peine plus d’un Français sur dix. Ces différents éléments incitent à anticiper une meilleure acceptation des récentes mesures annoncées par le chef du gouvernement même s’il convient de noter que la popularité de ce dernier en a été impactée.

Pour autant, deux freins me semblent être de nature à limiter ce degré d’acceptation. Figure d’une part l’agenda de la campagne électorale. Dans ce cadre, il est certain que ces mesures et plus largement la politique de rigueur engagée par le gouvernement vont faire l’objet d’une délégitimation par la plupart des candidats à l’élection présidentielle et plus précisément par François Hollande et ses soutiens. D’autre part, la prise de conscience réelle de l’opinion sur l’urgence à agir face à la dette coexiste également avec un sentiment d’injustice à l’œuvre dans des franges très importantes de la population. En effet, au sein des catégories populaires mais également parmi les classes moyennes, l’idée selon laquelle les Français vont devoir payer pour une dette dont ils ne sont pas responsables mais qui est due à la mauvaise gestion des pouvoirs publics et des exécutifs s’étant succédé depuis plus de trente ans est très fortement intériorisée.

Question : A votre avis, sur la base des enquêtes menées à ce jour, la capacité des pouvoirs publics à contenir les déficits publics dans un contexte économique dégradé peut-elle être portée au crédit de Nicolas Sarkozy par les Français lors de la prochaine élection présidentielle ?

A cinq mois du premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a sans doute perdu la bataille de la popularité. Jamais en effet sous la cinquième République un président candidat à sa réélection à la magistrature suprême ne s’est trouvé en si délicate position sur tous les indicateurs d’opinion et en premier lieu la popularité. Dans ce contexte somme toute inédit, la stratégie présidentielle semble s’engager sur le terrain de la crédibilité, domaine dans lequel l’enjeu de la réduction des déficits s’avère, avec celui de la gestion de la crise, le point central. A cet égard, le chef de l’Etat a marqué des points sur ce sujet : le dernier Tableau de Bord Ifop / Paris-Match réalisé au début du mois de novembre a enregistré un gain de 10 points en sa faveur s’agissant de la capacité de Nicolas Sarkozy à lutter efficacement contre la dette et les déficits publics. En outre, mettre en exergue ce thème durant cette pré-campagne présidentielle constitue également un moyen de « challenger » l’offre programmatique portée par François Hollande qui devra justifier chacune de ses propositions sur sa capacité à améliorer le sort du plus grand nombre sans pour autant aggraver les déficits. Malgré tout, aujourd’hui, on observe que Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment creusé l’écart avec le candidat socialiste en termes de crédibilité sur l’enjeu de la dette et des déficits publics. A cet égard, le bilan de son action à la tête du pays depuis 2007 demeure perçu négativement et constitue un frein majeur à l’adhésion à sa probable candidature.

Question : Lors de la primaire, François Hollande a fait preuve de beaucoup de prudence sur ces enjeux. Toutefois, la promesse de créer 60.000 postes dans l’Éducation Nationale et le projet du Parti socialiste basé sur des hypothèses économiques optimistes ne risquent-ils pas de l’affaiblir ?

L’avenir le dira ! N’oublions pas qu’à rebours du traitement médiatique déjà intense de la campagne présidentielle, celle-ci n’a pas vraiment débuté pour la majorité des Français. Cela dit, la proposition de François Hollande de créer 60.000 postes dans l’Education Nationale qui a fait l’objet de critiques assez nourries dès la campagne des Primaires semble dans l’absolu, c’est-à-dire au-delà de sa faisabilité, ingénieuse. En effet, cette mesure – à la condition bien sûr que François Hollande continue à la mettre en exergue pendant sa campagne électorale – constituera la preuve qu’un politique tente de répondre frontalement à un des maux au cœur du malaise français, à savoir le pessimisme de projection, ce sentiment lancinant (désormais partagé par une majorité de Français) que son enfant aura une vie moins réussie que la sienne. En promettant de placer des moyens massifs dans l’Éducation Nationale, François Hollande de manière volontariste et non sans risque déplace le curseur de sa campagne sur ce pessimisme de projection. Il pourrait dans ce cadre remporter la mise si l’opinion venait à croire au respect de cette promesse.

Propos recueillis par Yves-Marie Cann

Sur la toile : la dernière livraison des indices de popularité de l’exécutif Ifop / Le Journal du Dimanche

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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