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Julien Landfried (MRC) : « Sans une industrie capable de le soutenir, le système social français est gravement menacé »

Julien Landfried, porte-parole de Jean-Pierre Chevènement et responsable de sa campagne en ligne, répond à nos questions. L’occasion d’évoquer avec lui la candidature du sénateur du Territoire de Belfort et les solutions envisagées pour sortir la crise de l’Euro. Il est par ailleurs l’auteur de « Contre le communautarisme » (Armand Colin, 2007) et tient un blog politique où vous retrouverez ses tribunes publiées dans des médias nationaux.

Question : Jean-Pierre Chevènement a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Pour quelles raisons ?

La candidature de Jean-Pierre Chevènement est une réponse à la cécité des élites quant à la profondeur de la crise et à ses causes. La crise de l’euro, monnaie viciée dès son origine par un défaut de conception, est le grand tabou de la politique française. Tout se passe comme si l’on préférait nier le risque de l’explosion de la zone euro plutôt que de le reconnaître. Il vaut pourtant mieux corriger une erreur passée que de persister dans l’erreur. Errare humanum est, persevere diabolicum, comme chacun le sait (ou devrait le savoir).

Le noyau du programme de Jean-Pierre Chevènement tourne autour de l’idée que notre salut passe par une politique de réindustrialisation qui redonne une dynamique technologique et une compétitivité à notre économie. Sans une industrie capable de le soutenir, le système social français est gravement menacé. Le sauvegarder implique nécessairement de revenir sur l’idéologie de « l’économie de l’intelligence » qui a laissé la France abandonner des pans entiers de son industrie. Nous avons besoin d’une capacité industrielle dans de nombreux secteurs, et pas seulement dans les « nouvelles technologies », d’autant que même les industries anciennes sont à forte intensité technologique. Cette stratégie de réindustrialisation implique une monnaie moins chère, que ce soit un euro moins cher, ou une monnaie nationale compétitive en cas d’effondrement de la zone euro.

Question : Le contexte économique et social apparaît potentiellement favorable aux candidatures concurrentes à celles du PS et de l’UMP. Pourtant, dans les enquêtes d’intentions de vote, leurs candidats semblent profiter d’un réflexe de type « vote utile ». Ne craignez-vous pas d’être pénalisé par ce phénomène ?

Les Français ont intuitivement le sentiment d’un système qui « ne tourne pas rond » et profite à une minorité refusant la loi commune. Le sentiment d’une dynamique inégalitaire insupportable touche non seulement les classes populaires et moyennes, mais aussi les enfants des classes supérieures, dominés sur le marché du travail, et plus encore, sur celui du logement. Pour autant, la compréhension des contraintes réelles qui pèsent sur l’économie françaises, en particulier du fait de sa désindustrialisation, est beaucoup plus forte chez nos concitoyens que chez nos élites. L’idée d’une « entreprise sans usines » chère à Serge Tchuruk n’aurait pas pu germer dans l’imaginaire d’un ouvrier ou d’un petit entrepreneur ! Les gens sentent bien que l’enjeu se situe là. Mais ils comprennent également l’incohérence à s’attaquer à cette question sans parler des conditions de concurrence déloyales induites par un libre-échange absolu avec des pays à faibles coûts salariaux. Il faut donc être capable de présenter une alternative parfaitement réaliste de ce point de vue-là, sachant que les Français ont conscience de la difficulté de remonter la pente qui a été dévalée. D’où un pessimisme qui peut aussi aller contre les candidats réellement « alternatifs ».

Question : Quelles sont les principales propositions de Jean-Pierre Chevènement pour affronter la crise des dettes souveraines en Europe ? Faut-il sortir de l’Euro ? Reformer profondément la zone Euro ?

Au stade avancé de décomposition de la zone euro que nous connaissons, il ne demeure plus qu’une seule solution capable de casser la spéculation : la monétisation des titres de dettes publiques des pays les plus fragiles de la zone par la Banque centrale européenne (BCE). En d’autres termes, la réplique de ce que la Réserve fédérale américaine mène par sa politique de « quantitative easing ». L’Allemagne a refusé cette solution de bons sens qui avait été faite par le gouvernement français lors du dernier sommet consacré à l’euro mais on peut penser qu’elle y sera acculée à la prochaine crise sur les marchés. La BCE devrait voir ses statuts modifiés pour intégrer la croissance et l’emploi et veiller à la compétitivité du taux de change de l’euro. Si l’Allemagne refusait ce scénario, alors la question ne sera pas de sortir de l’euro, car celui-ci se détricotera de lui-même. Il faudra alors préserver le principe d’une coordination monétaire en Europe en assurant la mutation de l’euro de monnaie unique à monnaie commune. Des monnaies nationales seraient réintroduites au sein de la zone, tandis que l’euro servirait pour les transactions extérieures. Ce système, plus réaliste, permettrait un regain de compétitivité des économies les plus en difficulté et mettrait un frein l’hyper spécialisation de l’Europe sur une division du travail néfaste à terme : à l’Allemagne, l’industrie, à la France, les services et aux autres le tourisme. Cette division dessine un continent européen trop inégalitaire pour être souhaitable.

(Propos recueillis par Yves-Marie Cann / Photo : Annie Assouline)

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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