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Non, la crainte des peuples n’est pas justifiée

Transformer le projet européen, jusque-là pratiqué dans les arcanes diplomatiques, en un combat d’opinion, afin d’éviter que l’Europe n’entre dans une voie postdémocratique, tel est l’appel de Jürgen Habermas dans l’édition du Monde du 18 novembre. Une proposition à contre-courant de l’actuel comportement des dirigeants européens, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy.

Rien d’étonnant à ce que les dirigeants européens ne s’engagent dans cette voie-là : le projet européen s’est toujours construit dans les chancelleries diplomatiques et non sur la place publique. Et il continue de fonctionner ainsi : les négociations entre dirigeants sur les solutions à apporter à la crise de l’euro ont lieu à huis clos. Pour Pascal Perrineau, dans l’édition du Monde du 18 novembre, ce mode de fonctionnement doit rester ainsi et ne doit pas évoluer en un combat d’opinion au risque que les peuples, une fois consultés, ne détournent « à des fins d’affrontements internes ou bien permettent aux nationalismes en tout genre de resurgir et fusionner un commun rejet de l’Europe et du projet fédéral ».

Or, ne seraient-ce pas justement ces négociations à huis clos et l’absence de débat démocratique sur les directions à donner à l’intégration européenne qui engendrent ces rejets ? Rappelons-nous l’argument du parti Libertas en Irlande lors du premier referendum sur le traité de Lisbonne : « If you don’t know, vote No ». Derrière le caractère populiste et simpliste du slogan, il révèle que le mode de négociation diplomatique et intergouvernemental des traités européens, loin des peuples et du débat démocratique, n’est pas adapté. Alors que les traités européens ont un impact significatif sur la vie des Européens, au premier rang desquels la monnaie, ceux-ci ne devraient-ils pas être désormais débattus publiquement lors de leur rédaction ? Ainsi, si la montée de l’euroscepticisme depuis le début des années 90 s’est conjuguée à davantage d’intégration européenne, ce n’est pas parce que l’Europe est rentrée dans le débat public, par le biais des élections européennes et des referendums comme le laisse entendre Pascal Perrineau, mais parce que les conditions de son entrée en politique n’ont pas été mises en place en raison du maintien des négociations intergouvernementales et un Parlement européen aux pouvoirs trop faibles pour représenter les Européens.

Si Nicolas Sarkozy se fait le chantre de cette méthode intergouvernementale, il semble vouloir chercher à légitimer ses engagements, dans la perspective de l’élection présidentielle. Celle-ci portera en effet en grande partie sur la question européenne qui fait débat dans l’opinion avec un clivage social saillant, caractérisé par des catégories supérieures favorables à l’intégration européenne et des catégories inférieures davantage eurosceptiques. Dans la tradition de la Ve République, il s’est adressé directement aux Français en novembre à la suite du Conseil européen et du G20 et compte à nouveau le faire en décembre pour exposer sa vision de l’Europe. De telles initiatives, qui ont fait cruellement défaut jusqu’à maintenant, sont certes louables mais ne sauraient légitimer à elles seules les positions tenues à Bruxelles par Nicolas Sarkozy.

Marek Kubista  (5 Posts)

Chargé d’études au département Opinion de l’institut CSA. Diplômé de l’Institut d’études politique de Paris, il a travaillé auparavant comme journaliste à Paris (EurActiv.fr) et Prague. Il a également écrit des policy papers pour la Fondation Robert Schuman.


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