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Petite Chronique d’Une Election 24 – Question de Moyens

La polémique sur l’utilisation par Nicolas Sarkozy des moyens de l’Etat pour faire sa campagne, alors qu’il n’est toujours pas officiellement candidat, est une figure récurrente des campagnes présidentielles. Tous les présidents sortants qui se représentaient on été accusés, le plus souvent à juste titre, de mobiliser les moyens de la République au service de leur volonté d’occuper à nouveau le palais de Élysée. Nicolas Sarkozy, et en cela il est conforme à son tempérament et à son style, le fait sans vraiment se cacher, ce qui entraîne évidemment les protestations de ses concurrents.

Mais au-delà du petit jeu politicien et médiatique que ce sujet provoque il touche néanmoins au cœur d’un tabou de la vie politique : son financement et au-delà la question du rapport à l’argent.

Faire une campagne ça coûte cher et pour cela il faut des moyens. Les « grands candidats », ceux qui sont soutenus par les principaux partis et atteindront au moins 5% des suffrages exprimés  – pour rappel l’Etat prend alors en charge une part importante des dépenses de campagne – sont relativement tranquilles, ils ne prennent pas de gros risques. En revanche ceux qui n’atteindront pas la barre fatidique des 5% et ne disposent pas des ressources d’un parti important pour les soutenir sont dans une situation inconfortable.

On assiste ici à un étrange paradoxe : alors que le législateur a introduit le filtre des 500 « parrainages » d’élus pour se présenter, ce qui constitue la vraie barrière pour éviter les candidatures farfelues, et qu’il garantit une égalité de traitement pour la campagne officielle dans les principaux médias, il entérine en même temps et de facto la distorsion des moyens entre candidats via le mécanisme de remboursement des frais de campagne.

Or l’argent est de plus en plus important pour prétendre bien figurer lors de la course à la présidence; prenons la question de la communication. Tant que la communication politique c’était le collage d’affiches et que l’audiovisuel se limitait à l’ORTF un petit candidat bénéficiait d’un traitement relativement équilibré par rapport aux « gros » candidats. En revanche à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, des dizaines de chaînes sur le câble ou l’ADSL, de la publicité omniprésente, le fossé est  devenu abyssal. Les moyens financiers créent, encore plus qu’avant, une inégalité entre les candidats.

Ainsi au-delà du problème de l’utilisation par le Président des ressources publiques pour sa campagne, qui est un vrai sujet, il nous semble que c’est bien la question globale du financement de la campagne présidentielle qui doit être reposée. Allouer la même enveloppe à tous les candidats pourrait être une piste mais elle supposerait des moyens que l’Etat ne veut pas forcément lui consacrer. Pourtant le débat démocratique y gagnerait surement.

 

Chem Assayag  (121 Posts)

Chem Assayag est notamment blogueur et écrivain. Il collabore au site Election Présidentielle depuis l’élection de 2007. Il est l’auteur de nombreux articles sur Agoravox, Rue 89, ou Mediapart. Il est le fondateur avec Nicolas Quint du site Neotopia qui aborde les questions économiques et sociales.


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