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Europe : beaucoup de bruit pour rien ?

En l’espace de quelques jours, les deux favoris à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont exposé leurs points de vue sur l’avenir de l’Europe. Si aucun des deux n’a été particulièrement clair sur la direction à donner à l’Union européenne, le manque de précision de François Hollande semble prendre sa source dans la réapparition des fractures entre nonistes et ouistes, fractures qui pourraient sérieusement handicaper sa campagne. 

Après l’intervention télévisée de novembre qui devait faire œuvre de pédagogie sur la crise de la dette, le discours de Toulon devait être celui du volontarisme et de l’ambition pour l’avenir. Dans les faits, l’incapacité à se mettre d’accord avec Angela Merkel a obligé le président de la République à rester mesuré dans ces annonces. Ainsi pas de remise en cause de l’indépendance de la Banque centrale européenne et des « sanctions plus rapides, plus automatiques et plus sévères pour ceux qui ne respectent pas leurs engagements ».

Mais surtout Nicolas Sarkozy a fait preuve d’un certain flou qui allait jusqu’à la contradiction sur sa vision de l’Europe de demain. Plaidant pour une Europe intergouvernementale dans laquelle les Etats décideraient à l’unanimité, à l’opposé d’une Europe communautaire privilégiée par l’Allemagne, Nicolas Sarkozy est pourtant prêt à accepter la prise de décision à la majorité qualifiée. Enfin, cherchant à éviter de rouvrir « des vieilles querelles entre les partisans de l’Europe des nations et de l’Europe fédérale », la refondation de l’Europe telle qu’il la voit « n’est pas la marche vers plus de supranationalité ». Une explication pour le moins curieuse quand on est en faveur de davantage de sanctions et d’une prise de décision à la majorité.

François Hollande s’exprimait quand à lui le 5 décembre devant les sociaux démocrates allemands. Alors que ces derniers ont des positions très différentes de la droite allemande sur la direction à donner à l’Europe, celles de François Hollande diffèrent faiblement de celles de Nicolas Sarkozy. L’un comme l’autre sont favorables à un contrôle plus strict des budgets en échange d’une solidarité accrue qui prendrait la forme par exemple d’un rôle plus important de la BCE. Cette proximité de points de vue risque d’être un handicap pour François Hollande, alors que le clivage entre ouistes et nonistes semble se réactiver dans l’opinion et avait déjà fait beaucoup de mal au Parti socialiste en 2005.

Non seulement l’approbation d’une intégration européenne accrue est clivante au global (48 % souhaitent ainsi une intégration européenne renforcée avec une politique économique et budgétaire unique quand 49 % penchent pour moins d’intégration européenne et des politiques économiques et budgétaires propres à chaque Etat, selon un récent sondage Ifop), mais elle divise également les Français de manière similaire à 2005. Ainsi, 67% des cadres et des professions libérales sont favorables à davantage d’intégration européenne contre 60% des employés et 62% des ouvriers. De même, dans une typologie réalisée par l’Ifop, si 54% des retraités sont favorables à davantage d’intégration et des mesures de rigueur, seuls 33% des ouvriers et employés pensent de même. Ces derniers chiffres illustrent la difficulté de positionnement de François Hollande : conquérir le vote des classes populaires plutôt défavorables à l’intégration européenne en promettant autre chose que seulement de la rigueur tout en ne s’aliénant pas le vote des retraités déjà fortement ancrés à droite.

Outre le clivage socioculturel, le Parti socialiste est lui aussi divisé sur la question : 28% des sympathisants sont favorables à davantage d’intégration européenne et des mesures de rigueur contre 35% qui sont prêts à davantage d’intégration mais sont opposés à la rigueur. 26% enfin sont opposés aux deux. A l’UMP en revanche, l’unité est de mise : 67% sont favorables à davantage d’intégration européenne et à des mesures de rigueur. Ces divisions au sein du PS, qui prennent racine dans le vote en 2005, sont certainement pour beaucoup dans l’incapacité de François Hollande à adopter une vision claire sur le futur de l’Europe.

S’il parle d’un « véritable pilotage des politiques économiques de la zone euro », son « fédéralisme de projets » tout comme le « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance » qu’il entend promouvoir restent floues sur leurs contours, proposant simplement de mettre en place des eurobonds. Une proposition courageuse mais qui là encore souffre de contradictions : s’il fustige tout changement de traité prôné par Nicolas Sarkozy, la mutualisation des dettes ne pourra se faire sans passer par ce processus. Alors que la crise de l’euro sera un élément central de la campagne, François Hollande ne pourra faire l’économie d’une clarification de ses positions.

Marek Kubista  (5 Posts)

Chargé d’études au département Opinion de l’institut CSA. Diplômé de l’Institut d’études politique de Paris, il a travaillé auparavant comme journaliste à Paris (EurActiv.fr) et Prague. Il a également écrit des policy papers pour la Fondation Robert Schuman.


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