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Nicolas Sarkozy : opération déminage sur le front de l’emploi

Interrogés par l’institut CSA pour BFMTV, RMC et 20 Minutes en octobre 2011, 45% des Français plaçaient l’emploi au cœur de leurs préoccupations, suivi de peu par le pouvoir d’achat (36%). Il faut dire qu’avec un taux de chômage passé de 7,5% en février 2008 à 9,8% en octobre 2011, le primat des enjeux socioéconomique chez les électeurs n’étonnera personne. Et peu doutent aujourd’hui que la campagne présidentielle se jouera sur la capacité des candidats à convaincre les Français de leur capacité à apporter des réponses efficaces à ces enjeux.

En ce sens, que Nicolas Sarkozy ait fait de l’emploi le thème central de ses vœux présidentiels (et probablement de ses prochaines interventions publiques) apparaît cohérent. Il y a en effet urgence pour le président de la république à reconquérir sur ce front le terrain perdu ces derniers tant il pâtit d’un déficit de crédibilité relative face à ses concurrents, en particulier François Hollande auquel les Français font davantage confiance qu’à Nicolas Sarkozy pour lutter contre le chômage (institut CSA, décembre 2011).

L’envolée du chômage s’explique bien entendu par les crises internationales successives que nous avons connues depuis l’automne 2008. Toutefois, l’argument des causes exogènes à la France peut difficilement suffire à l’approche de la campagne présidentielle. Le contexte international étant le même pour tous les pays nous n’oublierons pas qu’outre-Rhin l’Allemagne affichait en 2011 un taux record du nombre d’actifs, le taux de chômage étant passé sous la barre de 7%.

Et sur cet enjeu, les opposants au chef de l’Etat ne manquent pas de propositions de nature à susciter l’intérêt des électeurs : François Hollande propose un contrat de génération conditionnant les baisses de charges sociales à l’embauche des jeunes diplômés et au maintien dans l’emploi des seniors, François Bayrou a pris la défense du « fabriqué en France » et Marine le Pen promeut un protectionnisme accru face à la mondialisation.

Le danger devenait alors évident pour Nicolas Sarkozy : ne pas s’investir pleinement sur ces sujets et laisser la parole aux autres candidats revenait tout simplement à perdre la main sur le front de la lutte contre le chômage pour risquer d’apparaître comme celui qui subit plutôt que celui qui agit. D’où l’obligation pour Nicolas Sarkozy de prendre des initiatives fortes, de se placer dans le registre de l’action. Ces voeux, nous l’avons dit, étaient une première étape et correspondaient à la manifestation d’une intention. L’accompagnement des salariés de Seafrance, sujet sur lequel le président de la République s’est investi personnellement ce lundi, apporte quant à lui une première manifestation concrète de cet engagement, avant le sommet social pour l’emploi du 18 janvier.

Par cette stratégie,  Nicolas Sarkozy s’adresse à des cibles nombreuses : les catégories populaires en priorité et parmi lesquelles se rencontrent les actifs les plus touchés par la crise. Nombreux sont ceux tentés par un vote en faveur de Marine Le Pen au sein de ce segment de population. Plus globalement, ces actions visent aussi à s’adresser à ceux dont les enfants rencontrent des difficultés à s’insérer sur le marché du travail… lorsque les parents eux-mêmes peinent parfois à s’y maintenir à l’approche de la retraite.

L’opération déminage sur le front de l’emploi a donc bel et bien commencé !

Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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