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Sondages d’intentions de vote : mode d’emploi

BVA, CSA, Harris Interactive, Ifop, Ipsos, LH2, Opinion Way, TNS… pas moins de huit instituts d’études et de sondages publient régulièrement des enquêtes intentions de vote dans la perspective de l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai prochains. Face à cette avalanche de chiffres, le citoyen en quête d’informations sur les dynamiques électorales se retrouve pour le moins perdu. Pour aider chacun à y voir un peu plus clair, voici ce qu’il faut savoir sur les enquêtes pré-électorales.

Qu’est-ce qu’un sondage ? Un sondage est un outil statistique visant à évaluer en proportions les caractéristiques ou les préférences (et donc les opinions et les pratiques) d’une population donnée (appelée « population mère » ou « population de référence ») à partir de l’étude d’une fraction (un échantillon) de cette population. En France, les échantillons sont généralement constitués par la méthode des quotas. Ce procédé consiste à respecter au sein de la fraction de la population interrogée les proportions de la population mère sur un certain nombre de critères particulièrement caractéristiques de cette dernière. Ceux-ci sont habituellement le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle, la région et la catégorie d’agglomération. Le niveau de diplôme est également utilisé dans de nombreuses études.

Quels sont les modes de recueil des réponses ? Les premiers sondages réalisés l’étaient en face à face, dans la rue puis progressivement au domicile des personnes interrogées. Cette technique, qui suppose de disposer d’un réseau d’enquêteurs répartis dans toute la France, est aujourd’hui minoritaire, la plupart des instituts lui préférant le téléphone – apparu comme technique d’enquête à la fin des années 1980 - ou plus récemment internet. Chaque mode de recueil a ses atouts et ses inconvénients. Aucun n’est meilleur que les autres ou inversement. Le choix d’un mode de recueil dépend essentiellement de la problématique de l’étude et des délais pour la réaliser. Pour les enquêtes d’intentions de vote, le téléphone et internet sont les deux techniques privilégiées ; elles permettent d’interroger rapidement (en deux jours), un échantillon représentatif de la population française.

Comment réalise-t-on une enquête d’intentions de vote ? Une enquête d’intentions de vote est un sondage visant à quantifier non pas des opinions (« je pense que… », « j’estime que… », « Je préfère ceci parque… ») mais un projet non définitif jusqu’au jour de l’élection : l’intention d’aller voter (se déplacer au bureau de vote) et le choix d’un candidat (le bulletin déposé dans l’urne). En pratique, les personnes interrogées sont invitées à préciser aux enquêteurs si elles envisagent de participer à l’élection (Avez-vous l’intention d’aller voter ?) et à choisir un candidat parmi une offre électorale préétablie (les candidats déclarés et les candidats potentiels, jusqu’à la publication de la liste officielle des candidats). De façon à établir les intentions de vote pour l’élection à venir, les instituts utilisent ce que l’on nomme la reconstitution des votes antérieurs. Pour le premier tour de la présidentielle 2012, les électeurs interrogés sont ainsi invités à préciser quels ont été leur vote en 2007, s’ils étaient bien entendu en âge de voter. Cette information permet de procéder au redressement politique de l’échantillon. Par exemple, si 36% des personnes interrogées déclarent avoir voté pour Nicolas Sarkozy et sachant que son score au soir du 22 avril 2007 était 31%, une pondération est calculée mécaniquement par un logiciel informatique de façon à minorer le poids des électeurs Sarkozy au sein de cet échantillon. Pour faire simple, le coefficient appliqué à ces électeurs correspond à 31% divisé par 36%, soit un coefficient de 0,86. Cette opération est renouvelée par le logiciel informatique pour tous les votes reconstitués.

Les enquêtes d’intentions de vote permettent-elles de prévoir le résultat d’une élection ? Les enquêtes d’intentions de vote ne sont pas des outils de prédiction : elles permettent de connaître à un instant « T » la répartition du corps électoral en réponse à une offre politique donnée. La date à laquelle est réalisée chaque enquête est donc primordiale et il est tout à fait normal que ce qui est mesuré quelques semaines avant l’élection et à fortiori plusieurs mois à l’avance ne corresponde pas aux résultats le jour du vote. D’abord parce que l’offre politique à partir de laquelle se prononcent les électeurs interrogés peut évoluer (rappelons-nous les retraits de Christine Boutin, Jean-Pierre Chevènement, Hervé Morin et Frédéric Nihous parmi les plus récents). Ensuite parce que les évolutions observées résultent de plusieurs facteurs indépendants (l’histoire de chaque électeur, son statut social, l’actualité économique, les faits divers, les conversations des électeurs avec leurs proches, etc.) ou propres à l’élection (les déclarations de candidature, la personnalité des candidats, les événements de campagne, etc.). S’il est difficile d’évaluer l’influence respective de chacun d’eux, une bonne connaissance de l’actualité et de la sociologie électorale permet de décrypter assez finement les évolutions observées.

Les enquêtes intentions de vote influencent-elles les intentions de vote des électeurs ? Cette question a fait l’objet d’études universitaires ; elles ont mis en lumière les effets dits « bandwagon » et « underdog ». Selon les tenants de la première théorie, les personnes interrogées accorderaient leur préférence au favori du moment, renforçant ainsi sa position dominante dans les mesures réalisées par les instituts. A l’inverse, l’effet « underdog » favoriserait les candidats les moins bien placés, les interviewés se portant en quelque sorte à leur secours. S’il est difficile de tirer une conclusion définitive en la matière, il est communément accepté que ces deux effets tendent à s’annuler.

Pourquoi les instituts ne publient-ils pas les mêmes chiffres ? La multiplication des enquêtes en cours de campagne électorale est source de confusion, la tentation de comparer les chiffres d’un institut à ceux des autres étant très grande. Cette pratique a pourtant d’importantes limites. D’abord parce que la méthodologie employée par chaque institut diffère à la marge de celle des autres (choix du mode recueil et des votes antérieurs pour caler politiquement les échantillons). Ensuite parce qu’une étude ne reflète pas l’état du rapport de force politique lors de sa publication mais au moment du terrain d’enquête. Or il peut exister plusieurs jours entre ces deux étapes. Ainsi, deux études rendues publiques dans la même journée peuvent avoir été réalisées à des dates différentes, celle établie en premier ayant pu ne pas prendre en compte des événements de campagne intervenus plus tard et ayant influé sur la seconde. Pour toutes ces raisons, il est recommandé de ne pas comparer les mesures des différents instituts entre elles, mais plutôt de comparer les résultats d’une enquête à ceux d’une précédente réalisée par le même institut.

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Yves-Marie Cann  (63 Posts)

Fondateur et animateur du site. Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil indépendant. Auparavant directeur-adjoint du Pôle Opinion-Corporate de l'Institut CSA, après sept années passées au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop. Les articles publiés ici n'engagent que leur auteur.


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