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Petite Chronique d’Une Election 33 – « Les Candidats Pinocchio »

Depuis quelques années on a vu se multiplier dans les médias les analyses critiques du discours des hommes politiques dans des rubriques ou des espaces qui sont spécifiquement consacrées à « rétablir la vérité ». On traque les erreurs volontaires ou pas, les omissions, les failles d’interprétation, les bidouillages statistiques, et parfois les mensonges caractérisés. La réactivité permise par les médias numériques – tout internaute peut avoir accès au discours d’un homme politique, repérer une erreur, et immédiatement en parler via son blog, un tweet ou un mail envoyé à une réaction traditionnelle – rendant l’exercice plus facile et impitoyable. La nouveauté n’est évidemment pas ici dans la critique elle même mais dans l’exposition spécifique qui est donnée à celle-ci.

On trouve des exemples de cette tendance dans un journal comme Libération avec sa rubrique « Désintox », ou encore le blog « Les Décodeurs » du Monde.

Cette évolution s’inscrit dans la perte de crédibilité des hommes politiques depuis maintenant de nombreuses années : les français, désabusés et désenchantés ne leur font plus confiance, ce qui ouvre la porte à une approche privilégiant la remise en cause de leur parole sur un mode ironique, voire moqueur. Et bien sûr cette remise en cause, qui est une mise à jour quotidienne des arrangements avec la réalité qu’effectuent nos hommes politiques, alimente le scepticisme (justifié) à leur égard.

Lors de cette campagne électorale les programmes et les propositions des candidats sont évidemment au cœur de cette approche. D’ailleurs la chaîne d’information I-Tele et le journal en ligne Owni ont même crée un site dédié « 2012 Le véritomètre », dont l’accroche « Le Discours Politique Passé au Vérificateur » est on ne peut plus explicite.

L’aboutissement de cette démarche est de considérer que les candidats sont essentiellement des menteurs comme nous le suggère la une du magazine Le Point de cette semaine qui nous dit : « Qui ment le plus ? ». Outre que ce type de couverture jette un discrédit général sur la parole des hommes publics, il instille, de façon implicite, l’idée que le bon candidat n’est pas celui qui a un bon programme ou de bonnes idées mais celui qui ment le moins. En somme il faudrait élire le candidat qui est le moins Pinocchio ! On passerait alors d’un vote d’adhésion à une logique d’élimination, qui récompenserait une forme de médiocrité, celle-ci consistant à mentir mais en tout cas moins que ses adversaires. Une belle perspective…

Chem Assayag  (121 Posts)

Chem Assayag est notamment blogueur et écrivain. Il collabore au site Election Présidentielle depuis l’élection de 2007. Il est l’auteur de nombreux articles sur Agoravox, Rue 89, ou Mediapart. Il est le fondateur avec Nicolas Quint du site Neotopia qui aborde les questions économiques et sociales.


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