Université d’été de l’UDF : « Quand est-ce qu’on passe au contenu ? »
Au lendemain de l’université d’été de l’UDF, Julien Charnayanalyse pour election-presidentielle.fr les enjeux de la rentrée politique du parti centriste.
C’est ce qui s’appelle planter le décor. A peine arrivés au village vacances de la Grande-Motte, les militants UDF venus de toute la France repartent avec les clés de leurs bungalows et le sac du parfait militant. A l’intérieur : un T-shirt aux couleurs du parti, floqué d’une citation de Jacques Brel, Victor Hugo ou encore Jean Jaurès. C’est la révolution à l’UDF. « Révolution civique », pour reprendre le terme employé par François Bayrou depuis quelques semaines.
Fustigeant les liens entre grands médias et intérêts financiers comme il l’a fait en haussant le ton face à Claire Chazal sur TF1 samedi, le candidat centriste enfile les habits de chevalier blanc de la politique. Il veut moraliser la vie publique. L’équipe des jeunes organisateurs, saisie par la fièvre électorale, va jusqu’à faire inscrire une citation de Robespierre sur les bloc-notes offerts aux journalistes présents pour ces université d’été : « Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances (…) ». Détail sans importance ? Que l’instigateur de la Terreur s’invite ainsi dans le matériel du vieux parti centriste et girondin sans faire hurler quiconque est peut-être le signe d’un mouvement en profonde mutation. Partagé entre un héritage du passé, inscrit dans la continuité d’une très vieille famille politique française, et une quête de renouveau.
A la tribune samedi devant 1500 militants, François Bayrou fait applaudir Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre ou encore François Léotard.
Cette série de noms sont comme une boussole adroitement adressée à tout une frange du parti qui peut se perdre dans les orientations actuelles de l’UDF. Comme l’explique cet adhérent du Tarn rencontré aux abords de la Grande-Motte : « Je viens du pays natal de Jean Jaurès, et croyez-moi, les militants et adhérents du coin seraient assez étonnés de voir ainsi cette figure historique du socialisme inscrite au dos des supporters de François Bayrou ». A l’image d’une partie des élus de l’UDF, Jean-Louis Bourlanges ne cache pas non plus sa surprise devant la marée de T-shirts oranges et cette tentation d’une candidature renvoyant dos à dos les deux grands partis français. Pour lui, tant que le PS n’a pas éclairci son positionnement en ne rompant avec la gauche de la gauche, l’UDF ne peut lorgner ainsi vers l’autre rive.
A cinq ans d’intervalles, l’université d’été de François Bayrou n’est pas sans rappeler les gesticulations de l’équipe de Jean-Pierre Chevènement à l’automne 2001.
Le candidat centriste a martelé sa volonté de changer la politique en dépassant les clivages habituels. Crée l’événement en invitant par exemple Michel Rocard, ou encore Jean-François Kahn, l’éditorialiste héraut de la lutte contre Nicolas Sarkozy et la thèse du déclin. Et souhaité qu’un jour peut-être des personnalités de tous horizons puissent travailler ensemble. L’éloignement de l’échéance d’avril prochain, la distance qui le sépare du second tour et des législatives, sont autant d’atouts qui lui permettent de jouer à plein sur ce positionnement au-delà du clivage droite-gauche. Ce n’est que plus tard que la logique bipolaire risque d’entamer sa stratégie.
François Bayrou, troisième homme du prochain automne ?
« Une seconde phase de la campagne va très vite s’installer, où plus de place sera accordé aux candidats laissés dans l’ombre des médias jusque ici. Et l’UDF doit être prête pour faire entendre le discours de François Bayrou dans les toutes prochaines semaines » explique David, militant parisien. Pour l’instant, le candidat centriste éprouve toutes les peines du monde à faire entendre sa voix. Sortir du « Tapez 1 : Sarko ; Tapez 2 : Ségo », pour reprendre une formule lancée ironiquement à la tribune par un dirigeant du parti lors de ces universités d’été. En prenant à parti les citoyens sur l’emprise médiatique et financière de ce second tour avant la date, François Bayrou espère vite marquer des points dans les intentions de vote.
Les Français peuvent bien prendre à revers les médias comme ils l’ont fait au moment du référendum européen.
Mais, quand bien même il profiterait d’une lassitude des citoyens devant l’hystérie médiatique pour les deux favoris, le candidat Bayrou présente-t-il les atouts suffisants pour bouleverser le jeu politique ? Militante de très longue date dans la famille centriste, Michelle a commencé à tracter pour François Bayrou sur le marché de Montbrison (Loire) avant l’été. « La première réaction des gens, c’est de me dire « Déjà les élections ? », ou alors « Encore lui ? ». Ensuite, quand la discussion se poursuit, on reproche souvent à notre candidat de ne pas être suffisamment clair, de ne pas suffisamment s’affirmer. Il y a aussi bien sûr ceux qui nous félicitent. Mais je note que cela vient quand même régulièrement de gens de gauche qui marquent leur respect pour nous ».
On voit bien surgir les handicaps possibles de la candidature Bayrou : une campagne menée sur une nouvelle méthode en politique qui se cherche désespérément un fond, et le risque de s’isoler à droite pour ne recueillir au final que la sympathie des électeurs de gauche qui resteront sur un vote PS. Face à ce danger, David souhaite que François Bayrou prenne des risques sur le fond de son discours : « On est dans une situation où la stratégie électorale est très osée, en rupture avec notre allié « naturel », l’UMP, depuis 2002. Les militants suivent. Mais il faut que ce démarcage formel se retrouve dans le contenu des propositions. On ne doit pas se définir seulement en négatif : ceux qui ne sont pas à l’UMP sans pour autant rejoindre le P.S. Il faut de l’audace sur le fond ! Dans le discours de samedi, encore trop peu de choses ont été dites qui nous identifient clairement, questions de méthodes mises à part. Mais des éléments comme l’engagement formel de réduction de la dette, dans un esprit de responsabilité et de solidarité entre les générations, vont dans le bon sens en singularisant notre projet».
La révolution civique de François Bayrou parviendra-t-elle à incarner un centrisme révolutionnaire dans ses idées ? « C’est drôle, pour moi qui vient au départ du RPR, je suis frappé d’entendre souvent cette question chez les militants centristes : « Quand est-ce qu’on passe au contenu ? » » confie David. Pourtant, les tables rondes et les débats se sont multipliés à la Grande-Motte, à l’image de l’effort de réflexion menée depuis quelques mois par le parti centriste. Le diagnostic est là, et les propositions aussi, à l’occasion. Mais difficile d’en saisir la profonde unité. Comme si, inéluctablement, l’UDF ne tirait sa substance que de son attitude, volontairement plus ouverte à la société civile. François Bayrou veut faire de la politiquement autrement ; mais peut-être le peuple attend-il, comme en 1995, une autre politique…
Article rédigé par Julien Charnay pour election-presidentielle.fr
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[...] A lire donc le très bon article de mon homologue accrédité à l’UDF, Julien Charnay. [...]
Il m’est difficile de comprendre certains aspects de cet article, complètement décalé par rapport à ce que j’ai entendu sur place pendant quatre jours.
Que vous vous obstiniez à analyser tout en deux camps, et ainsi à rater l’essentiel de ce qui se passe au centre, comme le montre bien votre sondage (De quel camp…) qui n’a aucun sens pour un centriste, c’est une chose. Que votre article soit surtout une traduction de ce que dit une seule personne, David, en est une autre, et ce que je pense des micro-trottoirs trouve là sa confirmation: l’opinion de ce David est tout sauf courante à l’UDF. Que la question sur le contenu soit mentionnée est plus que surprenant, par exemple: je ne l’ai jamais entendu mentionner que pour se féliciter du contenu, moi, qui suis parisien aussi et ai passé 4 jours à cette université d’été.
Vous analysez cela comme une nouvelle méthode, comme si c’était une méthode, ou même une stratégie. C’est oublier que tout ce qui fonde le travail du parti est en phase avec cette “méthode”, qui est précédée depuis au moins 2002 d’une réflexion et des concepts correspondants. Renseignez-vous: les discours de Bayrou, les colloques de l’UDF, tout cela est disponible. Tout donc sauf du marketing de dernière minute comme Chevènement.
Pendant que j’y suis, un message pour Michelle: si tant de gens de gauche vous félicitent, essayez donc d’en faire adhérer, au lieu de les laisser au PS; ça fonctionne bien à Paris.
J’ai envie de hausser les épaules en lisant que l’UDF manque d’unité tellement ça semble évident, au contraire, quand on prend le temps de lire ses colloques ou les discours de François Bayrou, ou depuis les participants de l’université d’été entre autres. Mais après tout, peut-être est-ce seulement l’effet d’une ignorance.