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Petite chronique d’une élection (2)

Patinage 

La référence à Charles de Gaulle est une figure imposée da la vie politique française depuis près de 60 ans ; soit en opposition comme l’a longtemps fait François Mitterrand, soit en admiration. Avec le temps d’ailleurs, à mesure que De Gaulle devient un personnage historique – la grande majorité des électeurs d’aujourd’hui n’était pas en âge de voter quand il était au pouvoir – il devient une icône, et rejoindra bientôt les Charlemagne, Louis XIV et autres Napoléon dans le Panthéon de notre Histoire nationale.

Figure imposée donc. Aussi lorsque le 9 novembre dernier, jour anniversaire de la mort du Général, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours sur la mondialisation à Saint-Etienne il fallait bien sûr évoquer le « grand homme ». Cela ne manque pas de sel quand on sait que le Ministre de l’Intérieur n’a jamais vraiment incarné l’aile gaulliste du RPR puis de l’UMP et que d’autres que lui veillent jalousement sur l’héritage de l’homme du 18 juin – quoi que cela puisse vouloir dire.

Là où cela devient encore plus amusant c’est lorsque Nicolas Sarkozy convoque De Gaulle pour nous parler de mondialisation et de rupture. En effet De Gaulle apparaît comme l’incarnation parfaite de la France des Trente Glorieuses : à l’aise dans le monde, conquérante et prospère. La mort du Général en 1970 coïncide quasi parfaitement avec la fin de cette période qui se termine avec le choc pétrolier de 1973. Dès lors il est assez paradoxal de faire référence à De Gaulle alors qu’il incarne justement la France dont Sarkozy nous explique qu’il faut s’affranchir, celle dont les institutions, les habitudes et l’organisation ne sont plus du tout en phase avec la mondialisation évoquée.

La rupture autoproclamée devient alors paradoxale. Et ce type de discours illustre le risque qui consiste à vouloir ménager à tout prix les différentes franges de son électorat. Ou comment produire produire une parole anachronique, contradictoire voire inadaptée. En somme le problème des figures imposées dans les programmes libres.

Chem ASSAYAG

En savoir plus :
Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Saint-Etienne

Chem Assayag  (121 Posts)

Chem Assayag est notamment blogueur et écrivain. Il collabore au site Election Présidentielle depuis l’élection de 2007. Il est l’auteur de nombreux articles sur Agoravox, Rue 89, ou Mediapart. Il est le fondateur avec Nicolas Quint du site Neotopia qui aborde les questions économiques et sociales.


Catégories: Chroniques

4 Responses to "Petite chronique d’une élection (2)"

  1. Aurelien dit :

    De Gaulle n’etait pas l’ Homme de la Rupture!

    Il etait l’homme de L’Union et de la Continuité.

    Il faisait avec ce qui existait et tentait de le conserver! C’etait un conservateur idéoliquement parlant.

    UNION d’abord en creant les FFI avec J Moulin rassemblant les 2 antagonistes: résistants de gauche et resistants chrétiens et nationalistes.
    CONTINUITE en maintenant en place l’administration vichiste jusque dans ces moindres details: maintien des préfets et des commissaires, des RG, des Ordres (des medecins, des avocats..)…. des personnes et des institutions e charge de débusquer les « rouges » et les juifs MAIS il fallait rétablir la sécurité.
    En creant ensuite un gouvernement d’UNION nationale avec le PS(sfio) et le PC.
    La place de la France, durant les années de sa présidence, sera vecu dans l’illusion d’etre encore une grande puissance donc CONTINUITE.

    A mon avis, De Gaulle etait un démocrate (dans le sens de l’epoque) et un homme d’Honneur…
    valeur oublié de nos jours particulierement à droite.
    Il demisionna du gouvernement de 1945 ne pouvant agir et se sentant désavoué.
    Il revint lors de la crise d’Algérie, pressé par les francais . Désavoué par UN (seul et unique) réferendum sur la décentralisation dans lequel il s’était investi personnellement il se retira de la politique!

    C’est cette determination à vouloir « etre compris » ou alors lacher le pouvoir, qui fascine à droite, je pense.

    Quelle leçon pour une certaine personne jamais élue, désavoué au sein de son parti, illegitime, et pourtant à la tete du gouvernement!

  2. C. Assayag dit :

    De Gaulle incarnait la rupture en son temps mais il est l’homme qui a contribué à mettre en place le modèle dont N Sarkozy souhaite s’affranchir. En ce sens je trouve la référence mal choisie et on voit bien, à mon sens, que le rappel du Général était opportuniste.

    Cordialement,

  3. GRESSE dit :

    Il faut lire ce discours sans idée préconcue, ni arrière pensée. le point sur lequel Sarkosy a insis té, c`est la faculté qu`avait le Général de rejeter tous les vieux clichés, toutes les vieilles habitudes et croyances diverses érigées en dogmes qui favorisaient l`immobilisme qui résultait de la politique de compromis…pour ne pas dire compromission, qui caractérisait les gouvernements succéssifs de la 3e république (avec une minuscule), ce qui nous a conduit, en matiére militaire, à nous retrouver sur la Bidasoa, après 3 semaines de combats, en laissant près de CENT MILLE morts sur le carreau. En d`autres termes, c`était l`homme de la RUPTURE….

  4. DEHAUDT dit :

    Son fils, l’Amiral Philippe de Gaulle interrogé l’autre soir au journal de 20 heures nous dit bien que les candidats de l’UMP sont des gaullistes, donc Le Général de Gaulle restera toujours un exemple et un modèle quoi qu’on en dise pour les personnes de droite (ex-RPF, UMP, etc).

    Que vive à jamais ce grand homme d’Etat ! ! !