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Le XVIème forum Ipsos

Baromètre des primaires Ipsos Le PointAvec son autorisation, nous reproduisons cette analyse de Philippe Hubert publiée sur Ipsos.fr

Derrière les chiffres, les évolutions : Pierre Giacometti, directeur général d’Ipsos fait le tri dans la masse de données publiées par les instituts de sondages pour en faire apparaître les tendances significatives. En compagnie d’Eric Dupin, journaliste et essayiste, et pour cette édition de Jean Peyrelevade, le débat portait sur le climat électoral à six semaines de la présidentielle : l’évaluation du score du Front National, le point sur les intentions de vote, les niveaux d’adhésion par famille politique à quelques réformes dites « de droite », l’équilibre précaire du premier tour, à l’épreuve des fidélités politiques et des anticipations du second tour…

En ouverture de ce forum, Pierre Giacometti choisit de répondre à la critique souvent formulée, d’une sous-estimation supposée du Front National dans les intentions de vote. La comparaison des derniers sondages publiés depuis dix ans avant les grands scrutins nationaux aux résultats électoraux apporte un démenti. Même si l’accident de 2002 reste gravé, l’écart moyen est d’un point. « Sur la dernière ligne droite, les choses finissent toujours par se préciser. Avec un électorat structuré et connu, ce n’est pas forcément le Front National qui pause aujourd’hui le plus de problèmes, mais plutôt les nouveautés du paysage électoral, en l’occurrence aujourd’hui, de par son positionnement, François Bayrou ».

Depuis le 1er mars, Ipsos propose un suivi quotidien des évolutions d’intentions de vote. Avec un échantillon renouvelé par tiers tous les soirs, ce dispositif lisse les variations brutales pour ne garder que les tendances de fond : si un évènement de campagne favorable ou défavorable à un candidat se produit, qui se traduit un soir pour une évolution brutale des intentions de vote, il demande confirmation dans les deux jours suivants pour être pleinement intégré dans une évolution que nous considérons à ce moment là comme significative.

Resserrement en tête. Alors que depuis fin février, le score de Nicolas Sarkozy était stable au-dessus des 30% d’intentions de vote, il vient de perdre 4,5 points sur les 5 derniers jours (28,5% sur la mesure du 14 mars). On enregistre moins de mouvements autour de la candidature de Ségolène Royal, qui capte environ un quart des intentions de vote 1er tour. La dynamique est en revanche particulièrement favorable à François Bayrou, qui a gagné 10 points d’intentions de vote en un mois (23% aujourd’hui). Stabilité enfin des intentions de vote vers Jean-Marie Le Pen (13,5%), ce qui n’est pas surprenant à ce stade de la campagne, et ne compromet pas l’éventualité d’une progression comparable – ou même plus forte – à celle mesurée dans les 3 dernières semaines avant le scrutin d’avril 2002.

Derrière les quatre principaux candidats, aucun autre n’émerge. En 2002, le total des scores du 5ème au 16ème s’élevait à 30%, on est à moins de 10% aujourd’hui. Pour autant, ces scores sont appelés à évoluer. D’abord en fonction de l’offre électorale finale, et du nombre de personnes qui auront réussi à réunir les 500 signatures. Avec l’ouverture de la campagne officielle ensuite, qui en égalisant les temps de parole de chacun devrait favoriser les candidats aujourd’hui moins médiatisés.

Les dernières mesures d’intentions de vote des six instituts confirment le resserrement des forces. Nicolas Sarkozy est passé sous les 30%, François Bayrou a progressé pour se situer à 22% en moyenne, Ségolène Royal est intercalé autour de 25%. Depuis janvier, le second tour est toujours favorable à la droite dans l’hypothèse d’un duel Nicolas Sarkozy / Ségolène Royal.

Le détail des intentions de vote par catégorie socio-professionnelle permet de mieux se représenter la structure des électorats. En tendances, Ségolène Royal et François Bayrou sont aujourd’hui en tête chez les cadres supérieurs, Nicolas Sarkozy est devancé sur cette catégorie. Le combat est serré dans les professions intermédiaires depuis la forte progression de François Bayrou. Nicolas Sarkozy domine en revanche chez les employés, catégorie où Ségolène Royal a perdu du terrain depuis le début de l’année. La progression de François Bayrou chez les ouvriers place les 4 principaux candidats dans un mouchoir de poche sur cet électorat. Depuis trois semaines on est entrée dans une phase nouvelle concernant la progression du candidat centriste : autant sa première phase de progression était concentrée sur les catégories aisées de la population, autant il séduit aujourd’hui une part croissante d’un électorat moins favorisé.

Jean Peyrelevade analyse la dynamique favorable à François Bayrou comme résultant du succès d’un discours « non démagogique », sans promesse non financée, qui évite la « réponse catégorielle systématique », c’est-à-dire le fait de donner verbalement satisfaction à chacune des catégories de personnes croisées pendant la campagne (infirmières, ouvriers d’airbus, enseignants, agriculteurs etc.). Pour lui, l’état de crise du pays, morale et intellectuelle, rend aujourd’hui recevable une réponse globale : « un projet politique général, cohérent, pas toujours très précis mais non démagogique et non catégorielle ». Eric Dupin est d’accord avec cette proposition, que l’état de crise de la société française explique le succès de François Bayrou. Il rappelle notamment l’attention particulière des Français au thème de la dette publique, inattendue mais qui renvoie selon lui davantage à une inquiétude personnelle sur l’avenir, par rapport à sa retraite ou à la protection sociale, plus qu’à une prise de conscience de long terme, altruiste. « Cela étant, il y a aussi dans le succès de François Bayrou l’état de défiance à l’égard de la classe politique. De ce point de vue là, les positions d’hostilité au système politique et médiatique ont lourdement contribué à sa progression. On peut d’ailleurs juger ici paradoxal qu’il soit soutenu par des personnalités comme Alain Duhamel, grands talents mais loin d’être les plus extérieurs au système politico-médiatique. »

L’hétérogénéité des électorats

Les candidatures de Nicolas Sarkozy et François Bayrou ont en commun d’attirer au-delà de leur sensibilité politique d’origine. Nicolas Sarkozy bénéficie depuis quelques mois du soutien d’une partie des sympathisants du Front National et de l’UDF, quand François Bayrou mord sur l’électorat socialiste, et plus récemment UMP. D’où l’idée de regarder de plus près les voisinages idéologiques des électeurs en fonction de leur sensibilité politique, en observant les niveaux d’adhésion à des réformes économiques de droite, testées dans une enquête Ipsos-La Tribune de novembre 2006.

Sur le rapport des Français à l’entreprise, et au-delà d’une méfiance majoritaire qui renvoie par ailleurs aux tiraillements de l’opinion sur la question de la mondialisation, on constate qu’il y a plus de points communs entre l’électorat socialiste et frontiste, qu’entre les électeurs socialistes et les sympathisants UDF/UMP. Sur le rapport aux réformes et à leurs modalités d’application, on observe en revanche une convergence de points de vue de l’électorat UDF/UMP et FN, chez qui le mot « rupture » ne fait pas peur. C’est moins le cas chez les sympathisants socialistes.

Dans le détail, on relèvera surtout la perméabilité de l’opinion à une série de réformes « de droite ». La majorité des Français se déclare favorable à l’alignement des régimes spéciaux de retraite sur le régime général, à la mise en place d’un système plus sélectif avant le baccalauréat, à l’assouplissement du droit du travail sur les conditions d’embauche et de licenciement des salariés, à la remise en cause de la loi sur les 35 heures. Même pour les propositions majoritairement rejetées, les niveaux d’adhésion paraissent élevés. Compte tenu du caractère sacré de la retraite à 60 ans en France par exemple, le fait d’enregistrer 30% de Français plutôt favorables au recul de l’âge de la retraite montre que le débat est installé.

La répartition des réponses par électorat révèle aussi l’hétérogénéité des familles politiques. Du côté des sympathisants socialistes, l’alignement des régimes spéciaux de retraite sur le régime général est la seule réforme qui suscite une adhésion majoritaire. Mais il y a ensuite débat sur la question de système scolaire, de l’assouplissement du droit du travail, voire sur la remise en cause des 35 heures. L’adhésion aux mesures proposées est plus nette chez les sympathisants UDF, avec un curseur beaucoup plus à droite, qui se rapproche de ce que l’on observe chez les proches de l’UMP. Ces derniers adhèrent à la plupart des réformes proposées, mais on constate là encore qu’il y a parfois débat, sur la mesure symbolique de l’ISF par exemple. D’où la difficulté pour les candidats UDF et UMP, d’avancer des propositions concrètes dans leurs programmes électoraux, puisqu’au sein même de leur famille politique, les électorats sont profondément divisés. Même à l’extrême-droite, qui constitue pourtant un électorat particulièrement structuré, déterminé sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration, les choses deviennent plus floues quand on aborde les questions économiques.

Eric Dupin voit dans ces tableaux un avantage « topographique » pour François Bayrou, par rapport aux autres candidats. « Les sympathisants UDF ressemblent plus aux Français que les autres. On observe en tous cas un décentrage à gauche des électeurs socialistes, plus important qu’à certaines époques. François Bayrou s’est posé en challenger d’un système politique fatigué, tout en étant assez central par rapport aux attentes et aux inquiétudes des Français. Il profite de ce que les équilibres politiques se soient déportés vers la droite, la candidate socialiste en tenait d’ailleurs compte à un moment donné dans ses discours. »

Si cet avantage se matérialisait par une qualification de François Bayrou pour le second tour, Pierre Giacometti remarque qu’il serait alors étiqueté dans un camp. « De droite dans l’hypothèse d’un second tour l’opposant à Ségolène Royal, de gauche s’il se trouvait face à Nicolas Sarkozy. » Et d’interroger Jean Peyrelevade sur le positionnement idéologique que pourrait prendre François Bayrou pour incarner dans cette dernière hypothèse le « centre-gauche » : déplacerait-il le centre de gravité vers les équilibres mesurés chez les sympathisants socialistes, ou resterait-il plutôt fidèle à sa famille d’origine ?

M. Peyrelevade espère en effet un second tour contre Nicolas Sarkozy, plutôt que Ségolène Royal. Pour lui, François Bayrou est à même de renouveler et de moderniser la pensée de gauche, qui pècherait aujourd’hui par manque d’analyse et de réflexion. « La présence de François Bayrou au second tour obligerait enfin le Parti Socialiste à se poser les vraies questions ». Toujours selon lui, « François Bayrou est un candidat de progrès qui met en relief les défaillances de la gauche. Dans la relation à l’entreprise déjà, avec un programme favorable au développement de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas de la gauche, qui stigmatise les entreprises, les patrons, et plus généralement les riches en cherchant à les sanctionner. »

Il constate ensuite, en revenant sur la diapo rupture/aménagement, que « c’est la gauche officielle qui est la plus conservatrice en matière de réforme ». Il pense donc que le « réformisme sérieux et modéré » de François Bayrou pourrait satisfaire une partie de l’électorat de gauche. Electorat qu’il considère d’ailleurs comme profondément divisé, en deux camps qui entrent en conflit : la gauche « réformiste », qu’il dit représenter et qui serait très proche des idées de François Bayrou, et la gauche protestataire, qui en serait effectivement très éloignée, mais qui le serait tout autant des idées de Ségolène Royal. Il considère ainsi que les intentions de vote créditées à Ségolène Royal sont beaucoup plus hétérogènes que celles de François Bayrou.

La fermeté du choix et le piège du vote utile

Pierre Giacometti termine l’exposé des données d’opinion en présentant les niveaux de fermeté du choix électoral par candidat, un des points clés de l’instabilité du rapport de force actuel. Avant la dégradation rapide et brutale de Jean-Pierre Chevènement il y a 5 ans, à peine la moitié des électeurs qui déclaraient une intention de vote en sa faveur déclaraient ce choix définitif. Aujourd’hui, la fermeté du choix « François Bayrou » est au même niveau, ce qui ouvre le champ des possibles. Eric Dupin renchérit en soulignant le fait qu’on n’a jamais eu des taux d’indécision aussi forts dans certains électorats. « Chez les cadres supérieurs notamment. Normalement les catégories supérieures, les plus aisées et les plus éduquées forment leur décision le plus tôt, les catégories populaires plus tard. Aujourd’hui, l’incertitude est partagée sociologiquement. » Eric Dupin voit dans la multiplication des sondages une explication à ce phénomène. « Le sondage n’est plus seulement un instrument de mesure, c’est aussi un outil d’information pour l’électorat.

Sans être forcément un stratège, l’électeur est au courant du rapport de force mesuré par les enquêtes, et réagit en fonction de cela. D’où le « piège du vote utile » pour les socialistes : si l’essentiel est de battre Nicolas Sarkozy, il pourrait devenir rationnel de voter Bayrou au premier tour. Si les instituts publient des intentions de vote de second tour où F. Bayrou est donné gagnant face à N. Sarkozy, et S. Royal est donnée perdante, cela aura un effet en retour sur les intentions de vote de premier tour. A ce titre, l’incertitude risque encore de se renforcer. »

Pierre Giacometti s’interroge lui aussi sur la confrontation des deux votes utiles. Le vote utile « stratégique » d’un côté, comme l’a exposé Eric Dupin, et le vote utile « identitaire » de l’autre, qui verrait les intentions de vote se concentrer sur Ségolène Royal pour éviter un nouveau 21 avril, et l’absence de la gauche au second tour. Il souligne que si elle avait lieu, une progression du Front National en fin de campagne pourrait favoriser le vote utile « identitaire ».

Pour conclure, Pierre Giacometti interroge Jean Peyrelevade sur « la solution Bayrou » telle qu’il l’expose aujourd’hui, à savoir une solution « de l’extérieur, pour réformer la gauche ». « Si Dominique Strauss-Kahn avait été le candidat du parti socialiste, qu’auriez-vous choisi entre la transformation de la gauche de l’intérieur, avec DSK, ou de l’extérieur, avec François Bayrou ? ». Jean Peyrelevade explique qu’il aurait alors soutenu sans état d’âme Dominique Strauss-Kahn, en gardant à la limite des relations cordiales avec François Bayrou en vue du second tour. Et d’expliquer que si jamais François Bayrou était élu, il serait ravi de présenter les deux hommes l’un à l’autre.

Eric Dupin termine en soulevant une dernière contradiction. François Bayrou se propose d’incarner le changement en gouvernant avec les modérés du centre droit et du centre gauche. Pourtant dans les dernières décennies, la France a précisément été gouverné au centre droit et au centre gauche. « Comment faire quelque chose de totalement différent avec des gens au cœur du cercle de la raison, pour parler comme Alain Minc ? ». Le changement ne serait-il pas alors plus clairement incarné par Nicolas Sarkozy ? Et de rappeler que Jean Peyrelevade avait pu être tenté par cette solution, puisqu’il avait un temps envisagé de voter pour le candidat UMP (cf. Le Nouvel Economiste). Jean Peyrelevade confirme, mais explique qu’à l’époque il ne pensait pas que François Bayrou pouvait incarner ce changement. « Depuis, la montée de François Bayrou a changé la donne. Surtout, l’évolution du discours de Nicolas Sarkozy, qui s’est marqué à droite, notamment sur les propositions concernant les relations avec les forces syndicales, le droit de grève, rend toute réforme beaucoup plus difficile. Pour réformer le droit du travail, pour obtenir plus de flexibilité pour les entreprises, pour améliorer la compétitivité de la France, pour régler le problème des retraites, pour régler le problème de la sécurité sociale, nous avons besoin d’un climat de confiance avec les syndicats. » « Cela vous conduirait de fait à choisir Ségolène Royal en cas de duel contre Nicolas Sarkozy au second tour ? », interroge Pierre Giacometti. Jean Peyrelevade ne répond pas à cette question. Comme François Bayrou d’ailleurs.

Philippe Hubert

A moins de deux mois du 2nd tour… Le XVIème forum d’Ipsos (Ipsos.fr – 15 mars 2007)

 

 

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Catégories: Analyses, Sondages

4 Responses to "Le XVIème forum Ipsos"

  1. lukas dit :

    La manipulation on la voit clairement dans les sondages du 19/04 voir le site du monde qui les récapitule tous! Bayrou y est donné deux fois en baisse avec une estimation la plus basse à 15% tandis que Ségo et Sarko remontent! Et deux autres sondages Ifop(18/04) et Tns sofres(19/04) voient l’inverse,le duo Sarko Sego baisse et Bayrou remontent pour la deuxième fois consécutives à presque 20% ! Et donc on peut penser qu’il risque de créer la surprise du premier tour! Qui croire!!!????….sinon le vote des Français du 1er tour ce 22/04 ! Quelques que soient nos intentions de votes, ne nous laissons pas manipuler et allons jusqu’au bout de nos rêves!!! Votons, Tout est possible ce 22 avril !!

  2. GRESSE dit :

    Mon Dieu qu`en termes choisis ces choses là sont dites!!! Après avoir lu et relu ce texte,j`ai eu véritablement le vertige quand je me suis posé la question de savoir quelle conclusion en tirer.
    Est-ce que…oui, mais attention..Ne serait-ce pas..
    Mais non..voyons..La seule, à mon avis du moins de citoyen lamda, est que Mr. PEYRELADE est un partisan déclaré de Mr BAYROU. Pourtant, cette personnalité n`ignore pas que de mémoire d`électeur. aucune combinaison comme celle que propose son préféré n`a « tenu » longtemps, sauf à distribuer les pcrtefeuilles comme c`est le cas en ce moment en Italie. Il est vrai que ce système permet beaucoup de « choses »
    De plus, il serait très interessant de répondre à la question posée par BERNARDO…

  3. Bernardo dit :

    Publier une analyse datant de trois semaines soit le sommet de la bulle médiatique Bayrou est assez bien joué. C’est laisser à penser qu’il est encore à 23% aujourd’hui alors qu’il a complètement décroché. Le lecteur précédent s’y est laissé prendre d’ailleurs…

    Mais est ce sérieux de la part d’un site dont on peut attendre mieux que ce qui ressemble à de la manipulation?

  4. yvan dit :

    Je suis content de savoir que F.Bayrou est donné à 22% en moyenne par les instituts ,ce n’est pas du tout ce qui est publié par les médias les plus en vue qui hésitent entre 18 et 19 % , pourrait-on m’expliquer ce phénomène?