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En attendant le grand débat

Résultats présidentielle 2007

Le grand débat de l’entre deux tours lors des élections présidentielles françaises est un objet politique rare puisqu’en cinquante ans de cinquième République, nous n’avons eu que quatre débats de ce type (1974, 1981, 1988 et 1995).

Comme on s’en souvient, il n’y avait pas eu de débat en 2002, Jacques Chirac refusant de débattre avec Jean-Marie Le Pen, car « face à l’intolérance et à la haine , il n’y a pas de transaction possible, pas de le débat possible » (1).

La France, pays précurseur des grands débats présidentiels

Notre pays a été, en 1974, l’un des premiers pays à diffuser un débat télévisé entre les candidats à la présidence. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Etats-Unis n’ont pas été beaucoup plus en avance en la matière. Certes, en 1960, une première série de débats télévisés entre les candidats démocrate et républicain à la présidence, John Kennedy et Richard Nixon, eut lieu en 1960. Mais la pratique fut ensuite interrompue (2) et ne reprit qu’en 1976, non sans difficultés.

En Europe, les grands débats télévisés entre leaders de coalitions politiques ne sont pas systématiques (il est vrai que les élections mettent en présence d’abord des partis et non des personnalités comme lors de l’élection présidentielle française). C’est seulement lors des élections de 2005 qu’un débat télévisé fut organisé pour la première fois en Allemagne entre les candidats à la chancellerie. Et en Grande-Bretagne, cette pratique n’est pas encore entrée dans les mœurs bien qu’elle soit régulièrement souhaitée.

Ces débats sont très prisés par les électeurs et recueillent des audiences considérables (23 millions pour le débat de 1974 diffusé il est vrai sur les trois chaînes; presque 17 millions pour le dernier débat en 1995). Ils donnent lieu à des échanges de grande intensité et aussi aux fameuses petites phrases dont on se souviendra longtemps après l’élection.

En 1974, on se rappelle ainsi que Valéry Giscard d’Estaing avait touché un point faible de François Mitterrand en le qualifiant « d’homme du passé ». Visiblement, la formule avait été soigneusement préparée car VGE martela constamment ce thème en reprochant à de nombreuses reprises à son adversaire de se référer à la France d’avant et d’avoir peur de se projeter dans le futur avec des idées neuves.

On a moins noté en revanche un autre moment du débat (29eme minute) lorsque VGE s’adressa à FM en lui parlant de Clermont-Ferrand , « une ville qui vous connaît et me connaît bien ». Mais pourquoi donc mentionner Clermont-Ferrand ? Jean-François Balmer, qui en ce moment « rejoue » avec Jacques Weber les débats de 1974 et 1981 au Théâtre de la Madeleine, m’a récemment donné la clef de cette petite énigme : c’est la ville dont est originaire Anne Pingeot. Et on peut imaginer que, de la part de VGE, l’allusion n’était pas fortuite mais bien destinée à déstabiliser FM (3), ou au moins à lui faire comprendre qu’il était au courant de sa vie affective.

Les règles du débat

Tout débat doit suivre des règles qui définissent son déroulement (ce qu’on appelle généralement le format du débat). Celle-ci concernent notamment :

- la durée globale du débat et de ses différentes composantes ;
- les rôles des différents participants et les modalités de leurs interventions ;
- l’agencement du lieu du débat ;
- et, en cas de retransmission télévisée, les modalités de cadrage. Ainsi en France, les plans de coupe (cadrage sur un candidat pendant que l’autre parle) ont été jusqu’à présent systématiquement refusés lors des débats du second tour.

Dans un débat politique, on pourra distinguer :

- les débatteurs proprement dit (personnalités politiques, candidats),
- les questionneurs (journalistes spécialisés et, parfois, public),
- l’animateur qui s’attache à faire respecter les règles et tout spécialement celles relatives aux temps de parole.

En général, on considère que chacun des débatteurs doit disposer du même temps de parole. C’est en quelque sorte l’application au débat politique d’un des principes de base de toute démocratie : l’égalité des citoyens. Et c’est sans doute pour cette raison que les débatteurs sont attachés presque religieusement à cette règle, même s’il est assez évident que l’impact qu’on peut avoir sur l’auditoire d’un débat ne dépend pas seulement du temps dont on dispose (et qu’une intervention claire et concise peut être bien plus efficace).

Le débat politique à l’américaine : mythe et réalités

Lorsqu’on parle de débat électoral en France, on fait souvent référence au « débat politique à l’américaine ». Ce fut notamment le cas en octobre 2006 lors du débat entre les candidats à la canidature du PS.

Cette référence est doublement rigolote. Pourquoi devrions-nous prendre le modèle américain comme exemple du bon débat politique ? Il n’y a pas, aux Etats-Unis, un format unique de débat politique, mais au contraire une multitude de formats (chaque élection donnant lieu à d’âpres discussions sur le bon format), et tous font l’objet de critiques.

Depuis 1948, trois grands types de formats ont été utilisés lors des primaires ou campagnes présidentielles américaines (avec de nombreuses de variations pour chacun):
- le format podium : les candidats sont debout derrière un pupitre ou assis sur des chaises. Ils font face aux à des panélistes (journalistes) et au modérateur (animateur). Suivant les cas, les candidats répondent seulement aux questions des panélistes ou bien peuvent s’adresser les uns aux autres.
- le format dit town meeting: le débat en lieu en présence d’un public (qui souvent peut poser des questions). Les candidats sont généralement debout derrière des pupitres et ils peuvent être autorisés à marcher sur la scène.
- le format table-ronde : les candidats ainsi que l’animateur sont assis autour d’une table et s’adressent directement les uns aux autres.

Quelque soit la formule retenue, les débats politiques sont souvent critiqués. Voici quelques-uns des problèmes identifiés (d’après Diana B. Carlin et Mitchell S. McKinney, 1994) :
- les candidats n’ont pas assez de temps pour répondre de façon substantielle aux questions;
- ils ne répondent pas toujours à la même question, ce qui empêche les comparaisons, ou tout simplement ne répondent pas aux questions posées ;
- les panélistes sont trop intrusifs ou, au contraire, ils n’interviennent pas assez ;
- les panélistes représentent mal les préoccupations de la population ;
- le format question-réponses ne favorise pas un vrai débat.

Les débats politiques sont-ils utiles ?

Oui répondent dans l’ensemble les recherches menées sur le sujet.

- Les débats élèvent le niveau d’information et de connaissance politiques des électeurs.
- Ils accroissent l’intérêt pour les campagnes électorales et la vie politique.
- Ils permettent aux citoyens de comparer les candidats, leurs personnalités et leurs projets, et leur fournissent des éléments utiles pour leur vote.
- Ils rendent la politique plus vivante et plus concrète, voire spectaculaire (au sens premier du terme: qui surprend, étonne et frappe l’imagination)
- Ils facilitent l’acceptation des résultats des élections et, plus généralement, renforcent l’attachement aux principes de la démocratie.

En revanche, les recherches sur les débats politiques suggèrent que ceux-ci n’ont que très peu d’effets sur les intentions de vote, mais tendent plutôt à renforcer les dispositions pré-existantes des électeurs. On a souvent noté que les citoyens qui regardaient les débats politiques télévisés étaient des citoyens plutôt politisés, aux opinions déjà bien établies, tandis que les citoyens qui pourraient être les plus sensibles à l’influence des débats les regardaient en général très peu.

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(1) Meeting de Rennes, 23 avril 2002.
(2) Les présidents sortants rechignant à débattre avec leur adversaire et, aussi, en raison de la règlementation audiovisuelle sur l’égalité entre candidats.
(3) Rapporté également par Ariane Chemin et Géraldine Catalano dans leur ouvrage sur Mitterrand Une Famille au secret (Stock, 2005)

Nous reproduisons cet article déja publié par Thierry Vedel sur son blog-notes.

Thierry Vedel  (10 Posts)


Catégories: Chroniques

10 Responses to "En attendant le grand débat"

  1. spica dit :

    Quiconque soutient que Sarko n’attaque pas l’adversaire (comme il l’a lui-même déclaré dimanche sur canal) n’a qu’à écouter ce qu’a dit MAM aujourd’hui à Bercy!
    Venant d’une femme vers une femme, en tant que femme, çà me choque énormément!
    Et je ne pense pas qu’elle ait fait çà dans le dos de Sarko!
    Comment la majorité des femmes peuvent-elles voter pour ce macho?
    C’est vrai qu’il est fort en se faisant passer pour victime des attaques qu’il va lancer après!
    C’est de la psycho qui, hélas, semble fonctionner auprès de la majorité des gens!
    Dommage pour la France. Cà risque d’être la gueule de bois lundi matin! Mais ne venez pas dire qu’on ne vous aura pas prévenu!

  2. spica dit :

    Vous allez voter dimanche!
    Alors sachez que ce dimanche sur Canal +, Sarko a dit:
    1) »Royal va augmenter la dette publique en augmentant les fonctionnaires alors que moi je les divise par 2″
    Ce qu’il n’a pas dit c’est que lui veut diminuer ou annuler l’impôt sur la fortune. Cadeau aux riches mais qui, en plus, aggrave la dette!
    2) « Royal veut régulariser les sans-papier jusqu’aux grands parents ».
    Frappé d’amnésie Sarko car sur France 2, le jeudi précédent quand il a ressorti cet argument on (les journalistes de France 2 pourtant pas hostiles)lui a redit que Royal voulait regarder les dossiers au cas par cas. Pas très loyal ni honnète celui qui prône la vérité et la transparence!
    3) « Royal ne veut pas revoir le régime des retraites »
    Faux et il le sait très bien. Elle vut casser le plan Fillion pour en refaire un plus juste incluant les députés. Sarko manipulateur d’opinion? A vous de juger
    4) « En sécurité j’ai réussi et il n’y a eu aucune bavure »
    Et les 2 morts dans un transfo? Et le feu dans les banlieues suite à ses propos? Et les flics de Seine Saint Denis en examen pour abus de pouvoir et corruption? C’est pas des bavures çà? Sarko se désolidariserait-il de ses troupes?
    5) « Je ne suis opposé à aucun débat. La démocratie est de débattre »!
    OK, mais alors pourquoi a-t-il été le seul à refuser un débat entre les principaux candidats avant le 1er tour? Sarko a-t-il son point de vue très personnel sur la démocratie?
    6) « Moi je n’attaque personne et pourtant on ne m’a pas épargné ».
    Lui directement non! Il est plus fin que çà le bougre. Mais, par curiosité, faites un tour sur les sites de soutients et on en reparle ensuite!
    7) « Le CPE n’a pas été une bonne chose et j’étais contre ».
    Le bougre, il a déjà oublié que c’est lui qui l’avais initié quand il était au gouvernement! Va falloir lui offrir du phosphore.
    8) »Pendant les conversations de salon, moi je rencontre les travailleurs (Vallourec Saint-Saulve)à qui je garantis le plein emploi! »
    C’est vrai qu’il n’en avait pas connu beaucoup avant à Neuilly! Il devait être en manque. Quant au plein emploi, il ajoute: « Je les ramène à 5% en 5 ans »!
    Cà c’est une prouesse tellement surhumaine que l’Angleterre, la Suède, etc.. y sont depuis des années!
    Voilà Mesdames et Messieurs, le comportement du chantre de la vérité et de la transparence .
    Alors, avant de voter, demandez-vous ce qui restera de vrai quand il sera élu!
    Et oui, Sarko est un très bon avocat et un très beau parleur, héritier de Chirac qu’on caricaturait en super-menteur. Sarko aurait-il hérité de çà aussi!

  3. DETRY dit :

    LA FRANCE PRESIDENTE!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  4. valery dit :

    Ce débat est absolument sans intérêt car les différences en termes de valeur, d’idéologie et de personnalité des deux candidats sont connus. La rencontre entre Bayrou et Royal risque d’être bien plus passionnante.

  5. Le jouer de flûte de Hamelin dit :

    Si j’étais un électeur de Jean-Marie Le Pen ou de Villiers, je voterais pour Ségolène Royal au second tour. En effet, à la différence de Sarkozy, elle propose un nouveau référendum sur la Constitution européenne. Sarkozy propose un mini-Traité, adopté par le Parlement. Seul un nouveau référendum donnera une dernière chance aux anti-européens de s’exprimer sur ce sujet.

  6. wyny dit :

    oups, taper sur ok sans faire exprès :
    je disait donc, j’espère que ce débat là ne tournera pas à l’éternel échange d’invectives sur le passé (qui a d’ailleurs beaucoup lieu dans les commentaires de ce site), mais se penchera un peu plus que les médias ne l’ont fait jusqu’à présent sur les questions de fond.
    Mon choix est fait, je ne changerai pas d’avis, mais je pense, contrairement à ce que dit l’article, que beaucoup de gens, notamment les électeurs ayant choisi Bayrou au premier tour, attendent ce débat pour choisir ce qu’ils feront au second. Généralement ils n’hésitent pas entre sarko ou ségo, mais entre l’un des candidats et l’abstention ou le vote blanc.
    J’espère aussi que le débat sera équitable. Il me semble que sarko est meilleur orateur et qu’il est surtout plus à l’aise face aux caméras. Ce n’est pas une question de talent, mais d’habitude et de pratique.

  7. wyny dit :

    en effet, j’espère que ce débat de mercredi prochain ne tourner

  8. Alex dit :

    Beaucoup d’emrbumage surtout au 1er tour, avec l’aide des médias qui n’ont rien fait pour éclairer le débat, et des candidats PS et UMP qui ont systématiquement refusé les débats d’idées.

    Beaucoup beaucoup de désillusions en perspective…

  9. Navajo dit :

    Autour de moi, la politisation dont tu parle, n’existe pas. Toutes les discussions « politiques » tournent autour de sarkozy c’est ceci ségolene c’est cela. Il n’y a aucune reflexion sur le programme. Seuls des leaders s’invectivent et la masse totalement dispersée se déchire. La haine est propulsée au rang de conviction. La réalité est autre, la dictature des licenciements, de la fracture sanitaire (remboursements ou non), de l’accés aux services publics. Ce que nous vivons actuellement n’est pas l’éclosion de la politique, s’en est sa phase finale de décomposition.
    En fait c’est assez logique, aucune issue n’étant entrevue par les masses, les dificultés et stress cernant ces masses, les abris n’acceuillant plus les masses, les masses s’entredéchirent.
    Notre boulot n’est pas d’arbitrer ces déchirements, notre boulot c’est de baliser la sortie.
    Combien disent qu’ils n’ont pas voter chirac? Combien n’ont pas voté. Nombreux sont ceux qui se vantent, car a l’époque ils cédaient à la panique. résultat le soir du 2eme tour chirac méttait au centre de son discours l’accélération de l’int »gration européenne.

    Ici encore il s’agit de ne pas paniquer, le pire electoral est déja arrivé.
    L’avenir, c’est oui au parti ouvrier, oui a la defense acharnée des droits, etc…