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Le regard de Bernard Sananes : Les premiers jours de Sarkozy, une nouvelle communication politique

Quand on s’arrête de bloguer quelques jours, sans se couper des infos, mais juste pour prendre un peu de recul, on se rend compte qu’en deux semaines la France politique a beaucoup changé.

D’abord la France a basculé dans la présidentialisation. Portée par le quinquennat, se traduisant certainement au final par la réduction du rôle du Premier ministre, cette évolution va conduire le pouvoir a retrouver le chemin de l’Elysée. En dialoguant lui même les syndicats avant son entrée en fonction, en faisant le voyage de Toulouse pour rencontrer les salariés d’Airbus, en recevant la famille d’Ingrid Bettancourt, Nicolas Sarkozy donne le tempo d’une présidence nouvelle.

Il ne fait peu de doute que l’impulsion, les objectifs, mais aussi les grandes décisions et les grands arbitrages repasseront de ce côté-ci de la Seine. Il ne fait guère de doute aussi, qu’aucun domaine de l’action gouvernementale ne connaîtra de domaine réservé. Sarkozy sera sur tous les fronts, intérieurs comme exterieurs. Fini le Président qui se protège, le premier ministre fusible. Personnellement j’ai toujours été à l’aise avec l’idée d’un régime présidentiel, et le fonctionnement américain d’un président fort et d’un Parlement fort correspond sans doute mieux à l’exigence d’efficacité et de contrôle des sociétés modernes.

Au delà de l’évolution institutionnelle, cette présidentialisation est également accentuée par le choix de la stratégie de communication du nouveau président. Fidèle à ce qui a fait son image, Sarkozy considère que la communication sert à faire bouger les lignes. Et en quelques jours, la doctrine Pilhan, qui reposait sur l’alternance de séquences et de silences, stratégie qui a parfaitement correspondu à une époque politique, vient d’être rangée, au rayon des souvenirs. Ces stratégies avaient comme mots-clés rareté et solennité. La « com » de Sarkozy a choisi l’abondance, et la désacralisation.

Abondance d’images et de messages. La communication présidentielle dans sa fréquence, dans son intensité, dans sa tonalité, va connaître un profond bouleversement. Je ne suis pas sur simplement que le rythme puisse être tenu à ce niveau longtemps car à un moment il y a toujours différence entre le bruit et le signal.Mais au moins, on va revenir sur cette habitude absurde qui voulait que les deux grands moments de communication présidentielle, étaient le 31 décembre et le 14 juillet, précisément les jours ou les Français, en famille et entre amis ont envie qu’on leur parle de tout sauf de politique !

Désacralisation ensuite de l’image et de la fonction présidentielle.De Malte au jogging, Sarko se montre tel qu’il est. Pour moi, à ce stade, c’est plutôt de la transparence.C’est la présidence en « live ». Sarko sait bien que « plus rien n’est off ». Après évidemment, il y a de la mise en scène. Il y a une participation consciente et volontaire à la « peoplisation » de la société. Une des nouveautés de ce quinquennat côté com, c’est que le président est lui même un « people » et que toutes les semaines ou presque, on aura ses photos dans Closer ou Gala. Et en même temps, incontestablement, il y a de la modernité, « quelque chose en lui de Kennedy », comme on l’a vu dans les images de sa prise de fonction. Cette modernité surprend d’ailleurs surtout les jeunes qui n’ont connu que les images solennelles et sacralisées de Mitterrand et de Chirac. A côté, il est certain que les images de François Fillon dans la Sarthe, pour son premier week end, costume cravate devant un rideau gris, apparaissaient très classiques. Ce contre exemple montre que, dès à présent, la communication politique va se benchmarker par rapport au style Sarkozy. En sera-t-il de même pour la communication des dirigeants d’entreprise qui avaient eux aussi dans leur grande majorité adopté les règles de Jacques Pilhan ? Cette évolution là sera également intéressante à suivre.

Cet article a été publié une première fois sur Le Weblog de Bernard Sananes

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6 Responses to "Le regard de Bernard Sananes : Les premiers jours de Sarkozy, une nouvelle communication politique"

  1. kappax dit :

    Quant à ton allusion sur ma réaction « sous fifres », pour avoir dirigé des gens, j’ai appris qu’il était toujours plus efficace et productif de savoir déléguer . Et qu’il n’y a pas de sous fifres mais des collaborateurs ayant tous leur rôle et leur utilité, choses que Sarko semble ignorer!

  2. kappax dit :

    martin, c’est sûr qu’ils vont avoir du boulot pour essayer de tenir des promesses pas étudiées!
    Tu penses que je dis n’importe quoi? Et bien, je viens d’apprendre aux infos nationales donc sérieuses, que le gouvernement allait réfléchir à la solution de la non cotisation des charges des heures supplémentaires.
    Ces éminents personnages viennent de réaliser (ou tout simplement de reconnaître) que de ne pas cotiser sur les heures sup ne donnerait pas de points de retraite et que çà posait problème. Chose que tout un chacun ayant 2 sous de bon sens avait dit depuis le début. Moi même qui n’ai pas fait l’ENA je l’avais dit ici!
    Bref, on annonce tout et n’importe quoi pour gagner des élections et ensuite on réfléchit à comment le faire. Les heures sup: un fiasco!
    Cela a été le même problème pour la retraite soit disant financée jusqu’en 2012 jusqu’à ce que des économistes laissent filtrer que le financement n’est pas assuré!
    Bel exemple de compétence. Sarko a voulu les plus compétents. Qu’en serait-il été s’il avait pris des incompétents?
    Jusqu’à quand va-t-il se moquer de nous et nous prendre pour des cons?
    Et jusqu’à quand allons nous être assez naifs pour le croire et voter pour l’UMP aux législatives?

  3. martin dit :

    Kappax, tu ne feras croire, bien entendu à personne, que le président n’a pas confiance au premier ministre qu’il a nommé il y a huit jours! Moi, je considére normal, il l’avait d’ailleurs dit lui même, que le président, conformément à ses engagements,lance la machine, confirme les projets, ensuite, les ministères concernés reprendront le flambeau.Je sais, ça s’est jamais fait comme ça, et bien, il faudra s’ y habituer, car le changement, c’est aussi ça.Et te casses pas la tête pour le premier ministre ( et ls ministres d’ailleurs !) du boulot, ils en ont, et ils vont le faire, comme prévu.
    Les syndicats eux-mêmes avaient indiqué préalablement que c’est avec le président qu’ils souhaitaient la première rencontre.Tu ne peux donc, raisonnablement, lui reprocher de l’avoir accepté.Si ce n’avait pas été le cas, tu lui aurais probablement reproché de laisser des  » sous-fifres » s’occuper du problème.Il fait donc ce qu’il a dit, et c’est bien normal.

  4. kappax dit :

    Désacralisation, pourquoi pas!
    Montrer qu’un Président est un homme comme tout le monde, OK!
    Mais de là à tout faire lui-même!
    Sarko a reçu les syndicats ouvriers!
    Aujourd’hui il va recevoir les syndicats d’enseignants et les parents d’élèves!
    On peut se demander à quoi sert le 1er Ministre dont, constitutionnellement, c’est le rôle!
    A-t-il si peu confiance dans les hommes qu’il a choisi qu’il veuille tout contrôler?

  5. wyny dit :

    C’est juste. Si je n’aime pas trop la peopolisation en générale, je trouve ça bien de « désacraliser » un peu l’image de nos dirigeants, qui après tout sont des hommes et femmes comme tout le monde. Et je me demande moi aussi si le gouvernement tiendra le rythme infernal qu’il s’est fixé… J’espère aussi que Sarkozy se souviendra que les ministres ne sont pas seulement des potiches et qu’il ne peut être sur tous les fronts et connaitre tous les sujet à fond. Il ne faut pas hésiter à déléguer.
    Voilà, demain nous le dira. Mais il est clair que Sarko sera un président différent de Chirac… (rupture oblige ?? :) )

  6. martin dit :

    Merci monsieur SANANES pour cet excellent billet.Il est bien écrit de la part d’un homme qui ne critique pas a priori, mais qui observe bien, et qui semble faire confiance.Il calme le jeu, relativise. C’est ce que j’appelle une analyse reposante, qui ne cache pas la réalité et dit les choses comme elles sont, c’est à dire sans fards et sans artifices.Par les temps qui courent, certains feraient bien de s’en inspirer.Et cette dialectique-là, moi j’en redemande.