Dominique Barthier

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La rencontre de Trump sur la Syrie compte davantage que les débats sur les dépenses de l’OTAN

La couverture du sommet de l’OTAN demeure surtout axée sur le commerce et les dépenses, mais c’est bien la rencontre entre le président américain Donald Trump et le président par intérim syrien, l’ancien chef djihadiste sunnite Ahmed al‑Sharaa, qui en constitue l’une des conclusions les plus déterminantes. Cette entrevue ouvre la voie à des relations diplomatiques avec un pays qui était auparavant considéré comme hostile et agit aussi comme un tampon stratégique vis‑à‑vis de l’Iran, après une nouvelle série de frappes réciproques.

Cette rencontre décisive réoriente également la stratégie turque et met en échec les liens pragmatiques d’Erdogan avec l’Iran. Ankara, pris dans une forte pression pour s’aligner sur ses alliés occidentaux en tant qu’hôte du sommet, se retrouve avec moins d’espace pour entretenir publiquement des rapports avec le régime islamique sans remettre en cause son statut croissant au sein de l’OTAN.

La poussée constante de Trump en faveur d’une Europe assumant davantage de responsabilités au sein de l’OTAN a figuré en bonne place à l’ordre du jour, reflétant une évolution générale des engagements militaires américains dans la région, telle que décrite dans la Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre 2025. La question n’est plus de savoir si les États‑Unis doivent se dérober au rôle de gendarme planétaire, mais plutôt comment procéder. Une réduction potentielle de l’empreinte militaire américaine au Moyen‑Orient et en Europe ne doit pas être perçue comme une retraite, mais comme une opportunité de remplacer le cycle des guerres par une diplomatie soutenue.

Signaler de nouvelles relations États‑Unis–Syrie

La rencontre du président Trump avec les représentants syriens sert de test à cette opportunité. Les États‑Unis maintiennent une présence militaire en Syrie depuis les soulèvements arabes d’il y a plus d’une décennie, qui ont abouti à un changement de régime chaotique. Pour éviter de reproduire les erreurs catastrophiques de l’Afghanistan, un retrait militaire réussi et une transition diplomatique doivent être jugés sur des jalons stratégiques concrets plutôt que sur des engagements publics abstraits ou symboliques qui ne génèrent que des titres éphémères.

La diplomatie avec l’ancien leader djihadiste syrien devrait permettre d’atteindre une multitude d’objectifs, notamment des opérations antiterroristes plus efficaces, des protections pour les minorités locales et une stabilité durable dans la région. Tous ces éléments restent incertains depuis la défaite de l’ancien président syrien Bachar al‑Assad en 2024. Le secrétaire d’État, Marco Rubio, a également confirmé l’intention de Trump de retirer la Syrie de la designation comme État sponsor du terrorisme (SST), ce qui supprimerait les sanctions actuelles, en invoquant des « garanties formelles » de Sharaa, même si de nombreux sceptiques demeurent.

La désignation SST demeure l’un des derniers obstacles à la reconstruction syrienne. Son abrogation pourrait accélérer le retour de l’État sur la scène économique mondiale. Les États‑Unis devraient exploiter ce levier comme une incitation économique en échange de droits démocratiques pour tous, tout en ouvrant les portes à l’investissement étranger afin de reconstruire le pays. La promesse de retirer la Syrie de la liste SST laisse entrevoir une réelle faisabilité, mais son obtention dépendra largement de la volonté de Sharaa de poursuivre les négociations et de démontrer des avancées tangibles. Cela se lit notamment dans sa nomination d’une actrice, Rozina Lazkani, à l’Assemblée populaire.

Les États‑Unis doivent privilégier la diplomatie plutôt que la puissance militaire

Une diplomatie mondiale soutenue peut, selon toute vraisemblance, produire davantage que des bases militaires surchargées et quelques bombardements dans la région. Au cours de la dernière décennie, l’intervention américaine au Moyen‑Orient a coûté des milliers de vies civiles, provoqué d’importantes destructions d’infrastructures et entraîné l’effondrement de sociétés entières. De plus, la menace d’une réduction des ressources militaires allouées à l’OTAN a incité des pays européens, comme la France, à augmenter leurs dépenses de défense, ouvrant la voie à d’autres alliés pour remplacer les États‑Unis comme plus gros contributeur. Cette forme de retenue stratégique élargit naturellement l’espace dédié à la diplomatie tout en réservant la force militaire à des intérêts clairement définis et à des usages défensifs — une application pratique du credo « paix par la force » que préconise, en pratique, le président Trump.

Cette diplomatie stratégique avec la Syrie, au‑delà du sommet de l’OTAN, représente une opportunité de démontrer le pouvoir d’un dialogue pragmatique soutenu et d’un recours à des incitations économiques, en dehors des quelque 4 000 sites militaires mondiaux qui plombent les ressources américaines. Si Washington est sérieux quant à la réduction de ses dépenses liées à l’OTAN, il doit aussi prendre au sérieux la discipline nécessaire pour limiter les conflits mondiaux — plutôt que de maintenir une présence militaire permanente — comme instrument principal de puissance.

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.