Le président américain Donald Trump a déclaré que la guerre des États‑Unis contre l’Iran durerait vraisemblablement « quatre à cinq semaines ». Cependant, il n’a pas encore précisé quel serait son ou ses objectifs dans ce conflit. Alors, comment les Américains et le reste du monde peuvent-ils savoir si les États‑Unis approchent de la fin de ce conflit qui enveloppe désormais une grande partie de la région ?
Après avoir échoué à obtenir l’autorité constitutionnelle requise du Congrès pour faire la guerre à une autre nation, l’administration Trump n’a jamais communiqué ses objectifs pour la guerre ni les raisons qui la justifiaient. Au contraire, Trump, son secrétaire d’État, Marco Rubio et son secrétaire à la défense (rebaptisé par cette administration « Guerre »), Pete Hegseth, ont farouchement avancé des justifications diverses et incompatibles pour l’entrée des États‑Unis dans la guerre contre l’Iran. Israël, qui perçoit le conflit sur un plan plus existentiel, a exprimé des objectifs qui s’écartent des objectifs variés et peu clairs de l’administration américaine. La Maison-Blanche n’a elle aussi pas expliqué quel aboutissement les États‑Unis recherchent.
Sous ce brouillard de faits, de fabrications et d’« épique fureur », comment le peuple américain, le Congrès, Israël, le public israélien et les pays arabes environnants, entraînés dans une guerre qu’ils n’ont pas choisie, ou le peuple iranien, peuvent-ils savoir quel est l’objectif final recherché ? Dans le langage militaire, quel est le plan de sortie ?
Des sondages récents aux États‑Unis montrent une opposition croissante — entre 43 % et 60 % — à la guerre. Cela illustre une population incertaine et peu convaincue des raisons qui ont amené le pays à entrer en guerre sans objectifs clairs. On peut s’attendre à ce que ce taux augmente à mesure que le conflit se prolonge, que les pertes américaines s’aggravent et que les voix des alliés des États‑Unis dans la région, notamment au sein du Golfe, deviennent plus fortes.
En commençant par le changement de régime
L’administration s’est contentée d’évoquer le terme « changement de régime » comme objectif. Mais c’est un objectif qui résonne comme un rappel sinistre de la guerre en Irak. Cette guerre ne s’est pas déroulée comme l’administration américaine de l’époque, dirigée par le président George W. Bush, l’avait prévu. Si le changement de régime avait été l’objectif de M. Trump, il aurait pu déclarer la victoire une fois que le Guide suprême Ali Khamenei aurait été tué le 28 février. Il aurait pu affirmer avoir accompli ce que aucun président américain n’avait réussi à faire: décapiter le régime iranien, même si cela ne signifie pas la fin de la République islamique.
Il a changé le régime, c’est‑à‑dire imposé une nouvelle direction, sans nécessairement modifier la forme. Ses partisans auraient célébré son triomphe et le reste du pays aurait peut‑être tourné la page de cette guerre courte. Or, il poursuit le conflit, et les rapports indiquent qu’il éliminerait progressivement encore davantage de hauts responsables de l’appareil militaire, du renseignement, de la sécurité et du domaine politique iranien, au point que même Trump aurait affirmé : « Il n’y a plus personne pour prendre le relais ».
Cependant, à terme, les États‑Unis n’ont ni la capacité ni la volonté de façonner le prochain gouvernement iranien. Les ressources et les effectifs américains sont trop limités pour un pays de 93 millions d’âmes en proie à l’angoisse et au traumatisme. Même si cela était possible, l’appareil administratif et politique nécessaire pour opérer un tel changement, comme les États‑Unis l’ont tenté en Irak, n’existe plus après que Trump et Rubio aient amputé les ressources et l’expertise du Département d’État, y compris ceux qui possédaient l’expérience nécessaire pour travailler avec un gouvernement successeur.
De plus, le travail considérable requis pour concevoir un plan américain de changement de régime devrait être entrepris par un groupe mal pourvu de personnel et peu expérimenté au sein du Conseil de sécurité nationale de Trump. Comme l’a démontré l’Irak de 2003, le Département de la Défense n’a ni la volonté, ni la capacité, ni le désir d’assumer ce type de responsabilités.
Pour nourrir davantage le doute sur l’incapacité de l’administration à planifier et à gérer un changement de régime, on peut noter les reportages en cours sur l’échec du Département d’État à planifier et à mettre en œuvre l’évacuation du personnel de l’ambassade et d’autres citoyens américains au Moyen-Orient. En tant qu’ancien diplomate américain, je savais que le Département d’État et ses ambassades avaient toujours des plans et du personnel prêts pour de telles contingences et avaient acquis une réputation louable pour les mettre en œuvre rapidement et avec succès, en coordination souvent avec le Département de la Défense. L’échec d’évacuer ses propres employés dans la région est une tragédie de l’action administrative elle‑même.
Les faucons à la barre
Cet élément est clair, toutefois. Tant que les tenants de la ligne dure garderont le contrôle sur ce qu’il reste des structures dirigeantes et sécuritaires, ils seront peu enclins à céder aux exigences des États‑Unis et d’Israël. Ce serait renier quarante‑sept années d’antipathie profondément enracinée, qui constituent un élément central de l’idéologie islamiste révolutionnaire iranienne. Ce qui reste de la direction ne recherche désormais que la survie.
De plus, s’il venait à exister un véritable changement de régime, il serait probablement précédé d’un bain de sang, les derniers fidèles luttant jusqu’au bout et les vainqueurs exerçant leur vengeance par la suite. En 1979, le shah s’était abstenu d’employer les forces de sécurité contre la population afin d’éviter une confrontation violente avec l’opposition qui se fortifiait. Or, cela n’a pas sauvé des membres de son gouvernement ou de l’armée des exécutions massives qui ont suivi la prise du pouvoir par l’ayatollah Ruhollah Khomeini.
Cependant, de nombreux membres du régime du shah avaient des lieux où se réfugier, par exemple l’Europe et l’Amérique du Nord, et des dizaines de milliers l’ont fait avec leur famille. Pour la direction actuelle de l’Iran, il n’existe pas de telle échappatoire; aucun gouvernement ne les accueillerait. Ils n’ont nulle part où aller. Même si l’asile leur était offert, il est incertain qu’ils l’acceptent. C’est un groupe très déterminé.
Faites place au chaos
À une extrémité du spectre des résultats se situe le chaos, ce qui n’est pas rare pour un pays confronté à une possible rupture complète provoquée par des forces externes et internes écrasantes. En l’absence de direction centrale, des forces périphériques — unies par un sentiment de souffrance face au régime islamiste responsable de décennies d’oppression — pourraient émerger pour poursuivre leurs propres intérêts, qui ne sont pas toujours mutuels.
Aucune puissance extérieure ne serait en mesure de maîtriser un tel résultat. Entre 2003 et 2011, les Américains avaient les mains liées pour gérer les factions irakiennes souvent violentes et concurrentes — sunnites, chiites, Kurdes et autres — ce qui a fait monter les chiffres des victimes à des centaines de milliers. Les nombreux groupes concurrents de l’Iran — persan, azéri, kurde, Lur, arabe, baloutche et au moins une demi-douzaine d’autres — entretiennent tous des rancœurs envers le régime théocratique iranien. Certains recherchent un État séparé.
Ce type de décomposition aurait des conséquences catastrophiques pour l’ensemble des Iraniens mais aussi pour la région. Divers groupes se disputeraient le contrôle des richesses pétrolières de l’Iran. Des réfugiés fuiraient vers les pays voisins, par exemple l’Irak, la Turquie, l’Azerbaïdjan, le Pakistan, les États du Golfe et l’Europe. Leurs chiffres auraient probablement pour effet de submerger les capacités des gouvernements concernés et d’exacerber les tensions ethniques et anti‑immigration déjà présentes dans ces sociétés. Les frontières se refermeraient. Une crise humanitaire s’ensuivrait. Rappelons l’impact du flux de réfugiés provenant d’Afghanistan et d’Irak au début des années 2000, qui a alimenté les tensions sur l’immigration en Europe et provoqué le Brexit. Pour le rappeler, aucun pouvoir extérieur ne peut maîtriser ce scénario.
Donner une chance à la démocratie
À l’autre extrémité du spectre des résultats se situe la démocratie. Le monde entier aimerait voir l’Iran opérer sa transition vers la démocratie. Parmi tous les peuples du Moyen‑Orient, à l’exception des Israéliens, les Iraniens seraient probablement les mieux placés et les mieux préparés à la démocratie. Ils en avaient une forme, jusqu’en 1953, lorsque les services de renseignement britanniques et américains fomentèrent un coup d’État contre le Premier ministre élu Mohammad Mossadegh et rearrangèrent le shah Mohammad Reza Pahlavi sur le trône en tant qu’autorité unique. Mais aujourd’hui, le pays manque des institutions démocratiques nécessaires pour construire une démocratie, telles que des partis politiques et des leaders. L’opposition iranienne est fragementée, désorganisée, sans tête et mal préparée pour constituer une démocratie. Autant il serait souhaitable que la démocratie prévale, autant elle présente aujourd’hui une probabilité très faible.
Gardez à l’esprit que, que l’on retienne l’un ou l’autre des scénarios évoqués ci‑dessus — chaos ou démocratie — les survivants du régime actuel, nourrissant chacun ses rancœurs, se regrouperaient et s’organiseraient à l’intérieur et à l’extérieur du pays pour résister à tout ce qui pourrait se produire. Ils seraient armés et n’hésiteraient pas à se servir de leurs armes. En Iraq, des éléments restants du régime de Saddam se sont organisés et ont gravité vers des groupes extrémistes tels qu’Al‑Qaïda, l’Ordre Naqshbandi, Ansar al‑Sunna, l’Armée libre d’Irak et d’autres. Les survivants du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), qui s’est préparé à l’insurrection et à l’invasion, seraient assurément susceptibles de composer et de former des groupements rivaux pour le pouvoir. Par-dessus les rivalités ethniques déjà présentes, l’Iran deviendrait un mélange extrêmement toxique et incontrôlable.
Et si ce n’était ni le chaos ni la démocratie ?
Entre le chaos et la démocratie, il existe diverses possibilités susceptibles d’émerger du régime actuel. Il s’agit d’un éventail de gouvernements formés par des hauts fonctionnaires et des responsables de niveau moyen et/ou potentiellement des officiers du IRGC et de l’armée conventionnelle, l’Artesh, qui pourraient émerger pour s’emparer du pouvoir au milieu de l’incertitude. (Pour l’instant, aucune preuve de défections au sein de ces deux institutions de sécurité/défense.) Des clercs influents, du modéré au despote, pourraient aussi se manifester, bien que nombre d’Iraniens soient désormais repoussés par la classe cléricale sous toutes ses formes. Les officiers du IRGC seraient les plus susceptibles de prendre et de conserver le pouvoir. Une telle issue pourrait, à la condition de ce que feront les États‑Unis et Israël, maintenir l’ordre et une certaine stabilité pendant un temps. Néanmoins, la guerre a servi à briser l’emprise des faucons comme Khamenei, même si elle n’élimine pas nécessairement un autre dirigeant autoritaire plus souple et pragmatique.
Un gouvernement composé des survivants du régime, malgré ses nombreux défauts, disposerait probablement de l’expérience de gouvernance nécessaire pour maintenir l’ordre et une certaine stabilité pendant un temps. Il pourrait préserver des éléments pratiques de la structure institutionnelle et travailler avec eux. Mais comme il existe des degrés variés de gouvernance efficace parmi les survivants du régime, il est incertain s’ils pourraient conserver le pouvoir ou s’ils seraient suffisamment tolérés par les Américains pour mettre fin à la guerre.
Chaque jour qui passe sans que le conflit ne se termine accroît l’incertitude sur la manière et le moment où la guerre prendra fin et ce à quoi ressemblera cette fin. Tel est le caractère d’une guerre sans objectifs clairs. Une telle guerre risque de devenir dangereusement ouverte, soumise aux caprices et aux biais du président qui la dirige. Ou un bourbier, pour reprendre l’expression d’une précédente guerre d’appoint américaine.
[Kaitlyn Diana a édité cet article.]

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