Dominique Barthier

Europe

Comprendre les nouvelles routes de l’énergie

La stratégie européenne Global Gateway, destinée à financer des projets d’infrastructures à l’échelle mondiale, et l’accord des pays du G7 visant à lancer un programme similaire constituent, pour la Chine, une réponse occidentale à l’investissement international déjà mené sur près d’une décennie par l’initiative « Ceinture et Route » (BRI). Mais au-delà d’un simple moyen d’accroître l’influence et le commerce, la BRI sert aussi à consolider la sécurité sociale et économique de la Chine. Ce projet colossal et ambitieux met en évidence trois axes géopolitiques majeurs du XXIe siècle: l’accès à l’énergie comme verrou, la technologie comme Source de puissance, et l’importance croissante des points de connexion.

Le président chinois Xi Jinping, dès son arrivée au pouvoir en 2013, a cherché à répondre à la politique américaine « pivot vers l’Asie » de Barack Obama et à transformer en avantage la crise économique que l’Occident tentait de maîtriser depuis 2008. Xi est venu avec un plan en trois volets: apaiser les frontières pour réduire l’influence américaine en Asie en renforçant les liens entre Pékin et ses voisins proches, offrir des débouchés pour absorber l’excès de production chinoise et, lors du rééquilibrage du développement, sécuriser les voies stratégiques qui desservent le pays. Ainsi est née la Nouvelle Route de la Soie.

Ce plan a été officiellement dévoilé lors d’un discours à Nur-Sultan (anciennement Astana) en septembre 2013. Pour raviver l’esprit des caravanes qui traversaient jadis l’Asie centrale, Xi proposa une alliance stratégique entre la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan, incluant d’importants investissements dans les routes, les chemins de fer et les infrastructures énergétiques. Un mois plus tard, Xi appela à renforcer les relations entre la Chine et l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en vue du développement de l’Initiative des Routes Maritimes de la Soie du XXIe siècle. En mars 2015, la Commission nationale du développement et de la réforme publia des documents relatifs à l’initiative en mettant l’accent sur une approche gagnant-gagnant sous le titre officiel One Belt, One Road (Une Ceinture, Une Route). Le nom One Belt, One Road fut rapidement remplacé par celui de Initiative Ceinture et Route car le projet prévoit un réseau bien plus vaste qu’une seule route.

Le cœur de la nouvelle approche des Routes de la Soie visait surtout à insuffler une dynamique aux régions occidentales de la Chine qui demeuraient sous-développées. (2) Le pilier central de la BRI est Xinjiang, destiné à devenir un grand centre énergétique servant de porte d’entrée pour les hydrocarbures venus d’Asie centrale. Xinjiang, situé à environ 3 000 kilomètres à l’ouest de Pékin, couvre une superficie d’environ 1,6 million de kilomètres carrés et est entouré de hautes montagnes et de vastes paysages désertiques. Historiquement, cette région n’a pas été sous l’influence des Han et abrite des Ouïghours parlant des langues turciques. Les demandes d’autonomie accrues des Ouïghours à Xinjiang ont provoqué une répression brutale du régime communiste: among others, assimilation forcée, stérilisation et camps de rééducation.

Xinjiang est sur le point de devenir un grand centre énergétique, servant de porte d’entrée pour les hydrocarbures venus d’Asie centrale.

La cartographie des Routes de la Soie 

Le vaste réseau BRI s’étend jusqu’en Eurasie et se ramifie aussi en Afrique, en Amérique et même dans l’Arctique. Pékin, cependant, ajustait sans cesse les sections du tracé selon son agenda politique, ce qui rend difficile l’ébauche d’un itinéraire exhaustif. Certains pays se sont retirés du projet. Par exemple, l’Australie a quitté le programme en avril 2021, en raison de préoccupations concernant l’espionnage chinois et la corruption politique. (3)

Quoiqu’il en soit, certaines trajectoires restent cruciales pour Pékin. Suivant l’ancienne Route de la Soie, l’itinéraire Xi’an–Duisbourg, qui traverse Xinjiang, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Turkménistan, l’Iran et la Turquie, achemine des biens manufacturés vers l’Europe et, en sens inverse, des matières premières et de l’énergie vers la Chine, représentant l’un des exemples les plus accomplis de ce réseau.

Pour la région, l’Asie centrale se trouve au cœur de la sécurité énergétique et des considérations géopolitiques; elle est un endroit où s’étendent les tentacules des influences russe, pakistanaise et celles de pays d’Asie du Sud et du Sud-Est comme le Myanmar, le Bangladesh, le Laos et le Cambodge qui se montrent plus ou moins réceptifs à Pékin. En mer, le corridor Thonon–Athènes (Port de Venise–Shanghai) constitue une liaison critique entre les routes maritimes et les ports qui facilient le commerce.

Toutes les voies convergent vers la Région autonome ouïghoure du Xinjiang, qui jouera, selon les plans, le rôle d’épicentre logistique entre l’Asie centrale et la Chine. Le Xinjiang partage des frontières avec l’Afghanistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Inde, la Mongolie, le Pakistan, la Russie et le Tadjikistan, ce qui en fait le passage le plus stratégique pour l’expansion chinoise vers l’intérieur de l’Asie. Depuis les années 1990, la Chine a développé plusieurs postes-frontières et a tissé des réseaux ferroviaires reliant le Xinjiang aux pays voisins. Des « villes jumelles », comme Korgas (Chine) et Horgos (Kazakhstan), jouent un rôle clé dans ce dispositif.

Ces nouveaux corridors visent à créer une série de grands ports le long d’un “joyau” logistique, permettant d’accroître les possibilités pour Pékin d’utiliser ses partenaires autant pour les échanges commerciaux que pour des bases militaires éventuelles. Afin d’éviter d’alarmer les partenaires, les infrastructures associées à ce projet se voient confiées à des entreprises d’État comme la China Communications Construction Company. 

Entre 2013 et 2015, une moyenne d’une soixantaine de pays ont adhéré à la BRI. En 2020, ce nombre s’élevait à près de 130. Pékin cherche à attirer autant que possible le maximum d’Etats, même si certains restent incontournables: le Pakistan, le Kazakhstan et le Myanmar. 

Le Pakistan est fier de participer à ce projet. En 2015, un corridor économique reliant le port de Gwadar au sud et le Xinjiang au nord s’est vu allouer un budget de 46 milliards de dollars. Le port en eau profonde de Gwadar revêt une importance stratégique majeure: il offre une façade militaire potentielle à la Chine et, compte tenu de sa proximité avec le Golfe Persique, il facilite l’acheminement de ressources énergétiques du Moyen-Orient vers le Xinjiang. Un terminal LPG et un pipeline pétrolier reliés à une raffinerie alimenteraient le Xinjiang en pétrole brut, et le projet permettrait d’acheminer vers ce dernier des hydrocarbures en provenance du Golfe et du Pakistan.

Parmi les grands hydrocarbures, la part de marché du Kazakhstan est largement prédominante dans les investissements de Pékin en Asie centrale: environ 70%. L’économie kazakhe repose essentiellement sur l’exportation de pétrole et de gaz — et, dans une moindre mesure, sur l’uranium — qui représente une part significative des ressources mondiales. Ce pays vaste et peu peuplé est traversé par peu de réseaux de transport, mais une partie des pipelines et des gazoducs essentiels relie la région à la Chine.

Le Myanmar renforce la sécurité énergétique de la Chine en ouvrant des corridors reliant le port de Sittwe à l’est du pays au port de Kunming en Chine, élargissant ainsi les routes énergétiques de Pékin. Par ailleurs, Pékin s’est aussi engagé dans l’emprise stratégique des Coco Islands (île Coco) au large du littoral nord du Myanmar; après les troubles survenus, le régime birman en place aurait été davantage sous contrôle de Pékin, renforçant la coopération militaire et la résilience des routes d’approvisionnement.

Recherche énergétique 

La croissance économique soutenue qui caractérise la Chine au cours des dernières décennies s’appuie sur une demande énergétique en forte progression, notamment alimentée par des prix artificiellement bas et par un immense appétit pour l’énergie. Face à l’abondance relative du charbon dans son territoire — malgré des gisements situés loin des grandes agglomérations et principalement en Sinkiang, dans le Shaanxi et en Mongolie intérieure — la Chine s’est attachée à importer de grandes quantités de charbon depuis 2009, et ce, jusqu’en 2020 (environ 304 millions de tonnes). (6)

Le régime communiste, pour maintenir l’élan de sa croissance et soutenir les industries à forte intensité énergétique — ciment, acier, verre — n’éprouve aucune hésitation à déployer des financements colossaux et des projets d’infrastructure parfois démesurés. Dans ce cadre, la sécurité d’approvisionnement en énergie devient une condition essentielle pour l’économie et le maintien du pouvoir. 

Le régime communiste demeure fondé sur un pacte social soutenu par une forte croissance.

Si, dans une certaine mesure, l’ampleur de la BRI est présentée comme un outil pour atténuer les surproductions, la réalité est que le dispositif dépend fortement de quelques goulots d’étranglement sur les routes énergétiques existantes, rendant l’enjeu géostratégique de l’énergie absolument central. À titre d’exemple, la Malacca Strait, lieu de passages maritimes contrôlé par des alliés américains et vital en raison du transit de navires vers Singapour, solutionne les réserves énergétiques mondiales. En cas de conflit entre les États‑Unis et la Chine, l’embargo sur le détroit de Malacca pourrait paralyser Pékin.

Par conséquent, l’importation d’énergie par Xinjiang et les flux en provenance de l’Asie centrale constituent l’élément-clé de la BRI. Pékin cherche à sécuriser notamment le tracé d’Atasu (Kazakhstan) à Alashankou (Xinjiang) et le gazoduc qui relie le Turkménistan à Shanghai via Horgos. Le gazoduc qui connecte déjà le Turkménistan à Shanghai par Horgos fournit à la Chine environ 55 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, en provenance d’Ouzbékistan, du Turkménistan et du Kazakhstan. Avec la BRI, cette ligne d’énergie se déploie dans tout le Centre et l’Asie, élevant le corridor énergétique à environ 9 000 kilomètres, depuis la mer Caspienne jusqu’aux côtes chinoises. 

Rendre les Routes de la Soie plus vertes 

Les énergies renouvelables trouvent aussi leur place au sein de la BRI, mais selon une logique différente de celle des combustibles fossiles. Pékin souhaite sécuriser l’approvisionnement énergétique tout en exportant des technologies propres et avancées.

La Chine a toujours été une puissance scientifique majeure et, après une longue période de stagnation dans la seconde moitié du XXe siècle, elle a entamé, à partir des années 1970, une reforme de son système d’innovation. L’obligation pour des entreprises étrangères opérant en Chine de s’associer à des partenaires locaux a largement renforcé ce rôle d’« origine d’innovation ». Le président Hu Jintao (2003-2013) fut le premier dirigeant chinois à suivre une politique d’innovation nationale ouverte. Le plan Made in China 2025 formulé par Xi Jinping en 2015 visait à positionner le pays à l’avant-garde des secteurs high-tech mondiaux, notamment dans les technologies vertes et numériques.

Depuis l’Accord de Paris en 2017 et malgré l’élévation des questions liées au retrait des États‑Unis sous l’administration précédente, la Chine s’est présentée comme le champion environnemental. Le 22 septembre 2020, Xi a promis un objectif de neutralité carbone d’ici 2060 et, l’année suivante, a étendu cet engagement en annonçant la fin des investissements dans les centrales à charbon à l’étranger et le renforcement du soutien pour les pays en développement dans le déploiement d’énergies propres et faibles en carbone (7). Cette posture visait non seulement à accroître sa part dans les marchés de haute valeur, mais aussi à faire pression sur les acteurs occidentaux autour des questions relatives aux droits humains et au climat. En 2016, la Chine détenait une part dominante dans des secteurs tels que les métaux des terres rares, renforçant encore son positionnement sur les chaînes de production et d’innovation mondiales, facteur clé de sa puissance. (8) 

Tous ces éléments convergent vers l’idée d’une BRI verte: favoriser l’exportation de technologies et de solutions énergétiques propres, soutenues par une présence chinoise renforcée dans des secteurs comme l’éolien, les batteries et le photovoltaïque. Avec un marché en expansion, les Routes de la Soie pourraient devenir une passerelle pour diffuser les technologies d’énergie verte développées en Chine vers le reste du monde. Aujourd’hui, des projets renouvelables, comme HydroChina Dawood Wind Energy au Pakistan, démontrent que ces ambitions se matérialisent déjà sur le terrain. 

La politique s’immisce dans les affaires 

Malgré toutes ces forces et l’appui politique sans réserve de Pékin, la BRI présente de nombreuses vulnérabilités qui pourraient bouleverser la stratégie. La première, et sans conteste la plus dangereuse, réside dans l’image même de la Chine sur la scène internationale.

Depuis l’accession de Xi Jinping au pouvoir, la Chine a vu évoluer sa diplomatie traditionnelle, longtemps fondée sur la retenue, vers une « diplomatie du politique héroïque », où les diplomates chinois rivalisent pour faire monter le nationalisme et ne reculent plus face à ceux qui critiquent la République populaire. Bien que cette approche puisse séduire une partie du public national, elle peut se révéler néfaste à l’étranger. Selon le Pew Research Center, en 2020, dans 14 pays interrogés, 74 % des répondants avaient une vision négative de la Chine. (9)

Les répercussions de cette diplomatie se font aussi sentir chez Pékin. En avril 2020, l’Australie a demandé une enquête indépendante sur l’origine du COVID-19. En réaction, la Chine a suspendu ses importations de charbon australien, provoquant des pénuries d’électricité en plein hiver. Face à cette situation, la Chine a dû accroître ses achats auprès du Pakistan, or Islamabad n’avait pas la capacité d’assurer l’approvisionnement nécessaire. Le Pakistan a alors été amené à importer davantage de charbon auprès d’Australie pour répondre à la demande, au détriment de l’objectif initial. En somme, l’affaiblissement de la confiance mutuelle peut compromettre l’objectif fondamental de la BRI: exporter des technologies vertes en direction de l’Europe et d’ailleurs.

La perte de souveraineté est une préoccupation majeure pour les économies en développement. À Hambantota, Sri Lanka, la construction du port s’est avérée coûteuse — environ 350 millions de dollars — et s’est retrouvée largement financée par la China Exim Bank. Toutefois, la disproportion entre les capacités du port et Colombo a conduit le pays à se trouver en difficulté financière et à devoir entamer des négociations avec Pékin sur la restructuration de sa dette. En juillet 2017, les autorités sri-lankaises ont été amenées à céder la gestion du port pour 99 ans et à effacer une partie de la dette; l’International Monetary Fund (FMI) a exprimé des réserves en 2018 face à la viabilité des prêts chinois, compte tenu des taux d’intérêt pouvant atteindre 7 %. (10) Les Européens, pour leur part, se sont montrés divisés: la Grèce avec le port du Pirée et l’Italie, engagée via les ports de Gênes et de Trieste, dépendaient des investissements chinois et adhéraient à la BRI; l’Europe du Nord, et particulièrement l’Allemagne, redoutaient une dépendance économique excessive vis-à-vis Pékin et restaient critiques. La France, après de multiples provocations dans le cadre culturel et universitaire par l’ambassade chinoise à Paris, a dû réviser son ton et son analyse. Tout progrès doit tenir compte du fait que la Chine aspire à l’isolement, tout en s’imposant comme une superpuissance sans alliés solides. Le poids de Moscou et le rôle de la Russie dans le cadre de l’Eurasian Economic Union (EAU), annoncée en 2015 et présentée par Vladimir Poutine comme le précurseur d’un nouveau « Grand Chemin de la Soie », montrent que la Chine cherche aussi à établir des rapports complexes avec les grandes puissances régionales pour sécuriser ses intérêts en Asie et dans l’espace post-soviétique.

Très peu de pays partagent une véritable similitude idéologique avec la Chine. Le Vietnam, après la guerre de 1979 contre la Chine, a largement coupé ses liens avec Pékin et s’est détourné aussi bien de la BRI que des prêts chinois. La Corée du Nord demeure imprévisible, mais demeure, sur le plan stratégique, incontournable pour la sécurité de la frontière chinoise nord-est. Alors que le charbon continue d’alimenter l’industrie chinoise, les faiblesses structurelles de la production et des infrastructures limitent les échanges avec le pays et réduisent sa valeur commerciale. La Corée du Nord exporte environ 83 % de son commerce vers la Chine, ce qui ne représente qu’un chiffre d’affaires d’environ 2,8 milliards de dollars. Les estimations situent le PIB de la Corée du Nord à environ 1,5 % de celui de la Chine — son voisin du sud.

Parmi les États proches de Pékin, les motivations restent économiques, nationales ou personnelles. Les évolutions récentes, avec le rétablissement des relations diplomatiques par certains États qui avaient reconnu Taïwan et qui se sont rapprochés de Pékin, dénotent une conduite pragmatique plutôt qu’une adhésion idéologique. En même temps, le soft power chinois demeure faible. Malgré les efforts incessants de Xi, le « rêve chinois » semble rencontrer des obstacles intrinsèques à son échelle et à son intangibilité.

Un autre facteur qui complique la situation est l’emprise du Parti communiste et les luttes internes entre factions bureaucratiques qui retiennent les décisions critiques. Sous couvert de lutter contre la corruption, des factions rivales se livrent à des purges qui déstabilisent les ministères clés. Avant toute chose, les nominations privilégient la fidélité à Xi plutôt que le mérite, ce qui peut à nouveau faire de la Chine son pire adversaire.

Enfin, – formellement privé mais en réalité soutenu par l’État – les entreprises qui participent à ces gisements d’énergie et d’infrastructures craignent les subventions, même si leur participation est perçue comme essentielle pour rester compétitives. Les coûts de construction des ports, des pipelines et des raffineries restent extrêmement élevés; les estimations évoquent des besoins d’investissement qui pourraient osciller entre 4000 milliards et 26 000 milliards de dollars.

La tentation d’attirer des investisseurs étrangers tout en cachant les mécanismes de financement derrière un rideau d’État demeure grande, mais les partenaires potentiels restent souvent réticents, craignant les risques politiques et économiques. Le financement a d’ailleurs commencé à ralentir: entre 2014 et 2015, les flux annuels de prêts de 150 milliards de dollars ont chuté, passant en 2017-2018 sous la barre des 100 milliards. (11)

Le Japon, traditionnel partenaire des États‑Unis et proche allié de l’Inde, s’est clairement opposé à la Nouvelle Route de la Soie. En 2015, Tokyo a dévoilé, en collaboration avec la Banque asiatique de développement (BAD), une stratégie indo-pacifique axée sur des investissements dans les infrastructures de qualité. Le programme « Partenariat pour des infrastructures de qualité » prévoit d’augmenter les capacités de production électrique et les projets d’énergies renouvelables en Asie et en Afrique, notamment grâce à des partenariats public-privé. À partir de 2019, les financements du programme ont presque doublé pour atteindre environ 200 milliards de dollars. (12) Pour se dissocier d’un récit de “Made in China” et renforcer la compétitivité, le Japon met en avant ses compétences technologiques et son savoir‑faire en matière d’infrastructures. En 2017, l’ancien Premier ministre japonais Abe et le Premier ministre indien Modi ont inauguré la première ligne de train à grande vitesse en Inde, financée à 80 % par des fonds japonais.

La Nouvelle Route de la Soie demeure stratégique pour l’indépendance et la croissance de la Chine. Alors que Pékin cherche à accroître son influence régionale et mondiale, il tente aussi de diversifier ses sources d’énergie. Toutefois, l’initiative se heurte à des défis variés: un financement coûteux, des partenaires inquiets, des failles politiques et la concurrence de projets alternatifs. Le risque de voir naître une révision et un éventuel abandon des grandes ambitions demeure, et l’avenir de la BRI reste incertain face à ces contraintes.

KAYNAKLAR: 

(1) ASEAN brings together 10 countries: Brunei, Cambodia, Indonesia, Laos, Malaysia, Myanmar, the Philippines, Singapore, Thailand, and Vietnam. 

(2) Éric de La Maisonneuve (2018). « Une ceinture, une route » ou le versant chinois de la mondialisation ». Revue Défense Nationale, 810(2018/5), pp. 81-88. 

(3) Emmanuel Véron & Emmanuel Lincot (2021). « L’Australie face à la Chine : la montée des tensions », The Conversation. 18 March 2021. 

(4) Kevin Merigot (2019). « ‘Collier de perles’ et bases à usage logistique dual ». Geostrategia. 7 February 2019. 

(5) Alain Cariou (2018). « Les corridors centrasiatiques des nouvelles routes de la soie : un nouveau destin continental pour la Chine ». L’Espace géographique 47(1), pp. 19-34. 

(6) “China’s coal consumption seen rising in 2021, imports steady”. Reuters. 3 March 2021. 

(7) Vincent Ni (2021). « ’Betting on a low-carbon future’: pourquoi la Chine met fin aux investissements étrangers dans le charbon ». The Guardian. 22 September 2021. 

(8) Laura Silver, Kat Delvin & Christine Huang (2020). « Unfavorable Views of China Reach Historic Highs in Many Countries ». Pew Research Center. 6 October 2020. 

(9) Speech by Christine Lagarde in Beijing in the framework of the forum “New Silk Roads”, April 2018. See also: Florine Maureau (2021). « Le piège de la dette chinoise se referme sur les intérêts français ». Portail de l’Intelligence Économique. 25 March 2021. 

(10) Données du site The Belt and Road Monitor du groupe RWR Advisory. 

(11) Julie Babin (2019). « La Stratégie Indo-Pacifique libre et ouverte, un contre-projet japonais aux Nouvelles routes de la soie ? ». Groupe d’études et de recherche sur l’Asie contemporaine. September 2019. 

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.