Dominique Barthier

Etats-Unis

Sommet Trump-Xi sur la Chine : l’inéluctable réalité de la déférence

Washington a passé des décennies à présenter la Chine comme un « adversaire quasi équivalent », laissant entendre que la primauté américaine restait intacte. Cela a tenu un temps, mais cela est désormais officiellement obsolète, car la Chine concourt efficacement avec les États‑Unis sur presque tous les indicateurs. Par exemple, en termes de pouvoir d’achat, l’économie chinoise a déjà dépassé celle des États‑Unis, et sa capacité de construction navale a été estimée jusqu’à 230 fois supérieure à celle des États‑Unis. Elle a imposé sa domination dans les chaînes de valeur des minéraux critiques qui sous-tendent la fabrication moderne, la défense et la transition énergétique. La Chine a démontré que, comme seul pair des États‑Unis, elle dispose de l’échelle, de la résilience, des ressources et des contre-mesures pour absorber la punition et la rendre au centuple.

La question la plus profonde est que la rivalité entre pairs ne peut pas être gérée avec les outils conçus pour les puissances moindres. Un pays dépourvu de la puissance nécessaire pour résister à la pression peut être sanctionné et isolé avec succès. Pas le deuxième plus grand économie du monde, l’usine du monde et le quasi-monopole fournisseur des matières qui font fonctionner la base militaire et industrielle américaine. Chaque instrument que le président américain Donald Trump a cherché à déployer contre la Chine s’est heurté à ce plafond. C’est la raison principale pour laquelle Trump a mené une offensive de charme sur Beijing.

Les limites des tarifs et de la pression économique

La théorie de Trump était simple: augmenter les tarifs jusqu’à ce que Pékin plie, mais la Chine ne s’est pas pliée. Au lieu de cela, elle a répliqué méthodiquement — par des contre-tarifs sur les exportations agricoles américaines qui ont comprimé la base rurale de Trump et des restrictions d’octroi de licences pour les terres rares qui ont brièvement menacé d’arrêter la fabrication automobile et la défense américaines.

La Chine contrôle environ 90% de l’offre mondiale d’aimants permanents fabriqués à partir de terres rares. Lorsque Pékin a activé ce levier quasi immédiatement, les initiés de Washington ont rapporté que Trump a fait machine arrière en à peine un après-midi, reconnaissant l’étendue de l’influence chinoise. Les entreprises qui s’efforcent de se diversifier loin de la Chine constatent que la diversification implique presque toujours des entreprises chinoises, qui dominent l’investissement manufacturier à travers l’Asie du Sud-Est. La Chine n’est pas un simple maillon de la chaîne d’approvisionnement mondiale; dans de nombreux secteurs, elle est la chaîne.

Lorsque, plus tôt cette année, la Cour suprême des États‑Unis a jugé inconstitutionnel l’autorité d’urgence sur les tarifs que Trump avait invoquée, l’instrument qu’il utilisait pour faire peser une pression large et flexible sur pratiquement tous les partenaires commerciaux américains s’est évaporé. Trump est arrivé à Pékin non pas comme l’homme qui aurait brisé l’économie chinoise, mais comme celui dont l’arme juridique principale avait été rendue sans objet par sa propre Cour suprême.

La guerre contre l’Iran et l’érosion de l’influence américaine

Si le fiasco tarifaire avait réduit l’influence de Trump, la guerre en Iran érode l’aura restante de dominance. L’Iran n’a pas capitulé. Le détroit n’est pas rouvert. Le conflit en cours a laissé les États‑Unis plus faibles, plus distraits et plus limités en ressources que ce qu’ils pouvaient être, selon les regards chinois.

Trump est arrivé à Pékin clairement en nécessitant l’aide du président Xi Jinping sur l’Iran, ainsi que sa patience sur le volet commercial. En bref, Trump s’est mis dans une impasse impossible, et seul Xi peut le sortir du trou qu’il s’est creusé lui-même. Mais il est reparti sans accord sur les terres rares, sans résolution tarifaire et sans aucun signe de coopération iranienne. À la place, il a obtenu des engagements sur les soja (relancés), un engagement apparemment à long terme d’acheter des aéronefs Boeing et une photo au Temple du Ciel.

Tout cela pointe vers une conclusion que ni l’un ni l’autre côté ne peut réellement faire politiquement, mais que les faits imposent: les États‑Unis et la Chine n’ont pas d’alternative réaliste à une coexistence fonctionnelle. Le climat, l’intelligence artificielle, la sécurité alimentaire et la stabilité financière figurent parmi les domaines où les deux pays restent indispensables. Un véritable découplage — celui qui mettrait fin au levier structurel de la Chine — exigerait de reconstruire les chaînes de fabrication mondiale et l’approvisionnement en ressources critiques depuis le début, sur des décennies. Or cela n’arrivera tout simplement pas. Alors que l’Amérique et le monde dormaient, Pékin a sécurisé des fournitures de minéraux critiques dans le monde entier. Le monde a fait de la Chine le centre névralgique de la fabrication mondiale, et c’est là qu’elle demeurera pour un avenir proche.

L’inévitabilité de la coexistence

Lorsque les États‑Unis et la Chine entrent en collision, les ondes de choc se propagent simultanément dans toutes les chaînes d’approvisionnement, tous les marchés énergétiques et tous les systèmes financiers. La coexistence compétitive, dans laquelle la Chine et les États‑Unis optimisent leurs avantages comparatifs tout en préservant l’interdépendance économique que ninguno ne peut se permettre de rompre, semble la seule voie viable pour l’avenir.

[Daniel Wagner est PDG de Country Risk Solutions et auteur de 5 livres sur la Chine.]

[Kaitlyn Diana a édité ce texte.]

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.