Dominique Barthier

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Les voies navigables façonneront l’avenir du Moyen-Orient

La bataille pour le contrôle du détroit d’Hormuz s’inscrit dans un puzzle géopolitique dont, une fois assemblé, émergera la carte politique de l’après-guerre du Moyen-Orient et de la corne de l’Afrique ainsi que leur architecture de sécurité régionale. Il en ira de même pour la lutte visant le contrôle de la voie maritime de Bab al-Mandab, de l’autre côté de la péninsule du Golfe.

Si la bataille pour l’ouverture du détroit se joue sur le terrain des blocus navals, des missiles, des drones et des avions de combat, l’arsenal utilisé pour sécuriser la navigation libre dans Bab al-Mandab s’appuie sur des aéroports, des ports, des oléoducs, des routes et des voies ferrées.

À plus long terme, les luttes pour le contrôle des passages maritimes ne concernent pas seulement la navigation mais aussi la diversification des risques. Une multitude de projets d’oléoducs et de ports prévus pour être achevés au cours des deux à trois prochaines années détourneront jusqu’à 60 % des 20 millions de barils qui transitaient quotidiennement par le détroit d’Hormuz avant le conflit vers des itinéraires alternatifs. Ils créeront aussi une nouvelle panoplie de vulnérabilités.

Pour autant, la bataille pour le contrôle des voies maritimes est au cœur de la stratégie plus affirmée récemment mise en œuvre par l’Arabie saoudite, destinée à inverser la donne vis-à-vis de l’Iran. Au centre de cette stratégie figure la signature d’un pacte de défense mutuelle avec la Turquie, membre de l’OTAN, et le Pakistan, puissance nucléaire et principal médiateur entre les États-Unis et l’Iran. Le pacte prévoit qu’une attaque contre l’un équivaut à une attaque contre tous.

Une nouvelle dynamique de puissance régionale

L’objectif du pacte est sans équivoque, même si les responsables assurent qu’il ne vise aucun pays en particulier et reconnaissent voir Israël comme le principal destabilisateur de la région, aux côtés de la République islamique et des Houthis au Yémen.

« L’alliance incline l’équilibre des forces contre l’Iran. La Turquie et le Pakistan sont devenus des États de confrontation plutôt que de simples spectateurs. Une force dotée d’une profondeur stratégique, de capacités militaires supérieures, 400 millions de personnes — soit quatre fois la population de l’Iran — et plus de 1 400 kilomètres de frontières terrestres qui bordent l’Iran », a déclaré Abdulrahman Al-Rashed, chroniqueur saoudien éminent proche des voix les plus bellicistes de la pensée officielle saoudienne.

« L’alliance Riyadh-Ankara-Islamabad vise à instaurer un équilibre qui dissuade l’Iran d’envisager d’avancer vers le Golfe, tout en ciblant la Jordanie, la Syrie et le Yémen. Étendre le champ de la guerre coûtera cher à la direction iranienne », a ajouté M. Al-Rashed.

M. Al-Rashed n’a pas mentionné que l’accord réaffirme l’idée de plus en plus répandue d’un Grand Moyen-Orient qui s’étend jusqu’en Asie du Sud, privant Israël de son statut de seul État nucléaire de la région.

La fin de la détente ?

Tout aussi important, le positionnement de l’accord par M. Al-Rashed marque la fin des efforts prévisibles de la région, avant la guerre, visant à geler leurs différends avec l’Iran au profit d’un éventuel axe de coopération. Au lieu de cela, ce pacte tripartite semble annoncer un retour à la fin des années 2010 et au début des années 2020, lorsque les États du Golfe et l’Iran mettaient en avant leurs différends et formeraient des blocs régionaux informels.

L’Arabie saoudite a annoncé, quelques jours seulement avant la signature, la création d’une coalition maritime dirigée par l’Arabie saoudite et composée de 14 pays pour protéger la navigation dans la mer Rouge. Outre la Turquie et le Pakistan, la coalition comprend l’Égypte, le Bangladesh, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, la Jordanie, le Soudan, Djibouti, la Somalie, le Yémen et les Comores. L’absence est marquée des États-Unis et de l’Europe, qui dépendent du Bab al-Mandab et de la mer Rouge pour 40 % de leur commerce. L’optimisme de M. Al-Rashed quant à ce pacte tripartite reste à être mis à l’épreuve.

Pour donner suite à cela, le pacte élargit un accord de défense bilatéral saoudo-pakistanais signé l’année dernière pour y inclure la Turquie.

Des troupes pakistanaises, des systèmes de défense aérienne et des avions de combat ont déjà été acheminés vers des bases dans le royaume, près de la frontière saoudo-yéménite. Cependant, en signe des limites de l’accord, les Pakistanais ne devraient pas participer aux opérations sur le côté yéménite de la frontière.

Limitations du pacte et réalités régionales

De même, la Turquie et le Pakistan feront preuve de prudence face à toute confrontation avec l’Iran. Les importations de gaz en provenance d’Iran représentaient jusqu’à 13 % du mix énergétique turc dans le cadre d’un accord de 25 ans qui arrive à expiration cette année. Tant la Turquie que l’Iran sont restés silencieux sur une éventuelle reconduction de l’accord.

De plus, les frontières terrestres partagées par la Turquie, le Pakistan et l’Iran, que M. Al-Rashed avait présentées comme un atout, pourraient s’avérer un couteau à double tranchant. Les musulmans chiites représentent environ un quart de la population du Pakistan. Les militants baloches, qui revendiquent une plus grande autonomie, voire l’indépendance, sillonnent la frontière de 909 kilomètres séparant la province pakistanaise du Baloutchistan de la Sistan-et-Baloutchistan iranienne. Les militants attaquent par intermittence des cibles en Iran depuis le territoire pakistanais.

Enfin, tout comme l’Irak, l’Azerbaïdjan ou l’Arménie, la Turquie et le Pakistan seront tout aussi peu enclins à fermer leurs ports au trafic iranien et à fermer leurs frontières terrestres avec l’Iran pour satisfaire les priorités économiques plutôt que militaires affichées par le président américain Donald Trump afin d’obliger la République islamique à retourner à la table des négociations selon ses conditions.

« Les voisins de l’Iran ne franchiront pas le pas tant que leurs efforts diplomatiques et leurs engagements économiques continueront à offrir un moyen de maîtriser l’insécurité créée par l’oscillation de l’administration Trump entre appels à un accord et menaces de frappes aériennes catastrophiques », a déclaré l’analyste iranien Esfandyar Batmanghelidj.

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Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.