Les producteurs vidéo de Fair Observer, Rohan Khattar Singh, et Sophia Hamilton, porte-parole de Young Voices, abordent la résurgence de la violence politique aux États-Unis, principalement à travers des raids agressifs menés par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Leur échange suit la manière dont l’application des lois en matière d’immigration, l’élargissement de la surveillance, l’effondrement du dialogue et l’approfondissement de l’hostilité partisane ont donné naissance à un écosystème unique et inflammable. Hamilton soutient que l’Amérique entre dans une période durant laquelle la méfiance envers les institutions, la rhétorique punitive et la pression des réseaux sociaux minent à la fois les libertés civiques et la sécurité publique.
Les raids notoires de l’ICE
Khattar Singh commence par les raids qui ont suscité les réactions publiques les plus vives. Hamilton explique que la question divise les Américains en deux camps : ceux qui souhaitent que les immigrés sans-papiers soient « expulsés par tous les moyens nécessaires » et ceux qui perçoivent ces raids comme illégaux et arbitraires. Le tournant est venu lorsque des agents fédéraux ont commencé à arrêter des travailleurs journaliers en plein jour, devant des magasins Home Depot à Los Angeles — et non les criminels que le gouvernement disait viser à l’origine.
L’apparence des agents a intensifié la peur du public : beaucoup portaient des masques, des identifications dissimulées ou ressemblaient, comme le décrit Hamilton, à des « hommes au hasard dans la rue ». Lorsque le président américain Donald Trump a déployé la Garde nationale et des Marines, malgré les objections des autorités étatiques et locales californiennes, les manifestations ont explosé. Une colère similaire a éclaté dans d’autres villes, amplifiée par la diffusion virale de vidéos montrant un raid à l’usine du constructeur Hyundai en Géorgie, où des travailleurs sud-coréens ont été arrêtés et expulsés.
Cette réaction a forcé l’ICE à devenir moins fréquent et plus discret. Les raids se poursuivent, dit-elle, mais avec beaucoup moins de publicité.
Khattar Singh et Hamilton s’interrogent ensuite sur un problème plus profond : un système d’immigration légal si lent et onéreux que les candidats potentiels attendent des années, alors qu’il demeure relativement facile d’entrer illégalement dans le pays. Hamilton souligne que les délinquants violents n’ont pas leur place sur le sol américain, mais les tactiques actuelles de guérilla visent aussi des non-criminels, déportant parfois des personnes vers des pays auxquels elles n’ont que peu de liens. L’écart entre les objectifs affichés et les résultats réels alimente la peur et la méfiance du public.
Une surveillance qui s’intensifie en Amérique
Khattar Singh passe à une seconde tendance : le durcissement du contrôle des frontières américaines. Les téléphones, les publications sur les réseaux sociaux et les mèmes politiques sont désormais cités comme motifs de refus de visa, y compris une affaire dans laquelle un voyageur aurait été interdit après que des agents ont découvert un mème représentant le vice‑président américain JD Vance.
Cela a déclenché une inquiétude majeure, selon laquelle les États‑Unis dérivent vers un modèle de surveillance lourd, davantage associé à des États autoritaires. Cependant, elle estime que la dimension du secteur privé est tout aussi préoccupante. Les Américains ont cédé le contrôle de leurs données personnelles à des plateformes technologiques, ce qui facilite l’accès des autorités à ces informations, même indirectement. Hamilton note que beaucoup de gens « ne pensent pas vraiment à la sécurité de leurs données », ou supposent qu’elle est déjà tellement compromise que la vie privée ne semble plus récupérable.
Les normes relatives à la liberté d’expression se dégradent, argue-t-elle, parallèlement à ces tendances. Les Américains passent d’un soutien à l’expression lorsque celle-ci cadre avec leurs opinions à des hésitations lorsqu’elle diverge de leurs vues. Cette division crée un terrain propice à des tentations de censure des deux côtés, à gauche comme à droite.
La polarisation en Amérique
Hamilton et Khattar Singh analysent ensuite pourquoi ce va‑et‑vient politique s’est intensifié. En prenant la Virginie comme exemple, Hamilton met en évidence la manière dont les dynamiques fédérales peuvent triompher de l’identité partisane. La Virginie, avec une population importante de fonctionnaires fédéraux, a connu des pertes d’emplois et des mois de travail sans rémunération lors de la longue fermeture du gouvernement — qui a duré du 1er octobre au 12 novembre; elle se souvient que des électeurs ont conclu « je le comprends tout à fait » en votant contre le parti au pouvoir.
Ce schéma de va‑et‑vient reflète un cycle national : de Trump à Joe Biden, puis de nouveau Trump. À chaque basculement, l’élaboration de politiques à long terme devient plus difficile. Hamilton soutient que la continuité réside désormais dans l’État administratif — la vaste bureaucratie d’officiels non élus qui édictent des milliers de règlements chaque année, tandis que le Congrès n’adopte qu’une poignée de lois. Elle décrit ce système comme « gigantesque » et « bouffé par l’intendance », et avertit que déléguer autant de pouvoir à des agences que les électeurs n’ont pas élues éloigne le gouvernement de la reddition de comptes démocratique.
Le résultat, selon elle, est un pays gouverné par du personnel permanent, alors que les dirigeants élus se transmettent le pouvoir tous les quelques années — une structure qui exacerbe la polarisation plutôt que de la modérer.
La politique sur les campus universitaires
La discussion se clôt sur le lieu où la polarisation est devenue mortelle. L’assassinat de l’activiste conservateur Charlie Kirk sur un campus universitaire aurait dû constituer une prise de conscience nationale, déclare Hamilton. À la place, beaucoup de gens l’ont célébré, y compris des éducateurs qui ont ensuite perdu leur emploi. Pour elle, cela prouve que la haine politique s’est mêlée à la culture de la performance sur les réseaux sociaux.
Elle se souvient avoir vu des membres du Congrès rechercher des « moments pièges » sur les réseaux sociaux pendant les auditions plutôt que d’écouter les experts — un comportement que les étudiants finissent par reproduire. Sur les campus, cette dynamique engendre davantage d’hostilité que de dialogue, avec des codes de parole, des désinvitations et des tests d’adhésion idéologique qui resserrent l’espace du débat ouvert.
Hamilton affirme que les universités doivent commencer par traiter « toutes les formes de parole comme égales », indépendamment de l’idéologie. Réprimer l’un ou l’autre camp, prévient-elle, nourrit le ressentiment et peut conduire à la violence. Elle rejette aussi l’idée selon laquelle la parole serait violence en soi ; les mots peuvent mener à la violence, mais le désaccord n’est pas nuisible. Mettre fin à des amitiés ou à des camarades de classe en raison de divergences politiques, tendance qu’elle observe chez les jeunes de tous les horizons, ne fait qu’approfondir le fossé et freiner la croissance personnelle.
[ Lee Thompson-Kolar a édité ce texte. ]
Les opinions exprimées dans cet article/ce vidéo sont propres à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale de Fair Observer.
Le post FO° Talks: America on Edge: ICE Raids, Campus Killings and the Rise of Political Violence est paru en premier sur Fair Observer.
