Une ouverture diplomatique fragile a émergé entre Washington et Téhéran, plaçant le Pakistan une fois de plus dans la position délicate de maintenir ouverte une voie de dialogue entre deux adversaires qui ne se contentent pas de diverger sur les résultats mais négocient souvent à partir de systèmes politiques, de cultures stratégiques et d’approches du temps différentes. Cela rend la médiation difficile dès le départ. Le défi n’est pas seulement de réunir les parties autour de la table. Il est de les y maintenir alors que la pression, les signaux militaires et la gestion de crise se déploient autour des pourparlers.
Ayant travaillé, de manière bilatérale et multilatérale, avec des diplomates des États‑Unis, d’Iran et du Pakistan entre 2004 et 2021, j’ai appris que les négociations échouent souvent non pas seulement parce que les parties diffèrent sur le fond, mais parce que chacune apporte dans la pièce ses propres peurs, incitations, habitudes et horloges politiques. Mon service diplomatique m’a enseigné une leçon simple : lorsque l’urgence croise la patience stratégique, lorsque la démocratie affronte la logique de la théocratie et lorsque les deux camps évoluent entourés d’acteurs prêts à miner les processus de paix, même une médiation habile devient extraordinairement difficile.
Négocier selon des calendriers différents
Le Pakistan se retrouve aujourd’hui entre deux cultures de négociation profondément différentes. L’Iran négocie avec patience, avec deliberation et avec un horizon stratégique à long terme. Son système mêle institutions républicaines et cléricales de manière à privilégier la continuité idéologique et une autorité à couches successives. Cette structure permet aux décideurs d’absorber la pression, de faire durer les délais et d’étendre les pourparlers.
Les États‑Unis, en revanche, négocient généralement selon un style plus gestionnaire. Ils recherchent des délais, une structure, des livrables et des progrès visibles. Cet instinct est affûté par la reddition de comptes démocratique, le contrôle des médias, la fragmentation bureaucratique et le turnover politique. À Washington, le temps n’est guère neutre. Il est façonné par les élections, la pression du Congrès, l’opinion publique et la nécessité de démontrer que la diplomatie produit des résultats. En ce sens, le temps et la légitimité domestique sont au cœur du marchandage diplomatique.
Ces différences façonnent la façon dont chaque camp définit la gravité, le compromis et le succès. Ce que Washington pourrait voir comme un retard inutile, Téhéran peut le considérer comme une discipline d’État. Ce que l’Iran peut interpréter comme l’impatience américaine, Washington peut le voir comme une résolution pratique des problèmes. Il ne s’agit pas de simples divergences de style. Elles reflètent des hypothèses plus profondes sur la légitimité, l’influence et la survie politique. Lorsque de telles approches entrent en collision, la négociation elle‑même devient partie du différend plutôt que le seul moyen de le résoudre, un défi récurrent dans une pratique efficace de médiation.
Les événements récents rendent cette tension visible. Le moment actuel a été présenté comme celui où la pression a créé un espace diplomatique, tandis que des informations récentes indiquent qu’lran demeure ouvert aux discussions au Pakistan uniquement si Washington abandonne les menaces et les négociations « destinées à la reddition ». Le Pakistan, quant à lui, a décrit son rôle comme celui de soutenir une diplomatie de cessez-le-feu et des pourparlers relancés à Islamabad. Pourtant, la cohabitation d’un signal coercitif et d’une approche diplomatique continue de brouiller la frontière entre négociation et pression, d’autant plus que les perturbations maritimes et l’escalade régionale placent les enjeux économiques et sécuritaires mondiaux dans la salle diplomatique.
Sous le président américain Donald Trump, ce décalage est devenu plus aigu. Son style public demeure transactionnel, commercial et rapide : aller droit au but, conclure l’accord et démontrer des résultats. Cette approche privilégie l’immédiateté, la visibilité et l’effet de levier. Mais l’Iran ne négocie pas selon cet esprit. Les messages des responsables iraniens et porte‑paroles officiels insistent sur la dignité, la résistance à la coercition et le refus de céder sous la contrainte, tout en avertissant qu’un accord précipité sous pression pourrait être préjudiciable sur le long terme. Le résultat n’est pas simplement un désaccord sur les termes. C’est une mésalignment plus profond sur la manière dont chaque partie comprend le temps, la pression et le compromis.
Le Pakistan au milieu
Le Pakistan n’est pas un simple spectateur insignifiant de cette dynamique. Son expérience domestique et régionale l’a familiarisé avec des négociations prolongées, une flexibilité tactique et un positionnement par étapes. Parallèlement, sa pratique diplomatique l’a conduit à interroger des processus structurés axés sur les résultats. Cela confère au Pakistan un avantage comparatif en tant que médiateur : il peut comprendre l’urgence sans rejeter la patience, et la patience sans abandonner le progrès.
C’est là la véritable ouverture du Pakistan. Il peut, du moins en théorie, faire la jonction entre des cultures de négociation qui se parlent souvent sans s’écouter. Ce rôle devient d’autant plus crucial lorsque la médiation doit gérer à la fois une désescalade régionale et la diplomatie nucléaire, et lorsque chaque partie craint que le compromis ne soit interprété comme une faiblesse.
Mais l’utilité du Pakistan ne doit pas être confondue avec un levier décisif. Il peut faciliter, interpréter et ordonnancer les étapes, mais il ne peut imposer la confiance ni garantir la conformité des parties dont les incitations centrales restent décalées. Cette distinction est importante car la médiation peut ouvrir une voie, mais seules les parties elles‑mêmes peuvent décider si cette voie devient un processus sérieux.
Pourtant le style seul ne suffit pas à déterminer le succès. Comme je l’ai constaté dans mes recherches doctorales en cours à l’Université de Colombo, le problème plus profond réside dans l’incompatibilité des intérêts et des incitations. Là où chaque partie croit que le compromis affaiblira sa sécurité, sa légitimité, son levier ou son positionnement idéologique, les négociations deviennent structurellement fragiles. C’est pourquoi le problème n’est pas seulement communicationnel. Il est structurel. Dans de tels contextes, même des processus bien conçus peinent à tenir, car la logique sous‑jacente de la participation demeure instable, ce qui est aussi reconnu dans les guides sur la médiation efficace.
C’est ici que les dynamiques de saboteurs deviennent décisives. La littérature sur les problèmes de saboteurs dans les processus de paix montre que des acteurs qui perçoivent un processus de paix comme une menace pour leur pouvoir, leur vision du monde ou leurs intérêts œuvrent souvent à le miner. Ils peuvent le faire publiquement ou discrètement, de l’intérieur même du processus ou de l’extérieur. Dans le cas présent, les saboteurs ne se cantonnent pas aux marges. Ils sont intégrés à l’environnement même des négociations.
Les parties elles‑mêmes peuvent agir comme saboteurs totaux ou partiels, rejetant le compromis de façon catégorique ou sapant sélectivement des dispositions qui les contraignent. Leurs alliés peuvent faire de même, soutenant les discussions tant que les résultats protègent leurs intérêts ou préservent leur influence. Même des actions en dehors de la salle de négociations — signaux militaires, pression économique, confrontation maritime ou messages publics — peuvent devenir un comportement saboteur lorsqu’elles modifient les incitations ou érodent la confiance. Des reportages récents sur des saisies, des tactiques de pression et l’incertitude entourant les discussions de suivi illustrent à quel point un processus peut se destabiliser avant même sa mise en œuvre.
C’est précisément là que réside le défi du Pakistan. Il doit médiatiser non seulement entre l’urgence américaine et la patience iranienne, mais aussi entre les logiques politiques démocratique et théocratique, des incitations incompatibles et un comportement saboteur actif. Ce n’est pas une médiation conventionnelle. C’est une médiation sous contrainte structurelle. Le progrès dans une dimension peut déclencher une résistance dans une autre. Aucun médiateur, aussi expérimenté soit‑il, ne peut réussir si la structure du négociation privilégie le retard, la défection ou le signal coercitif plus que le compromis, une limitation reconnue par les principes de conception des processus de médiation.
Concevoir une paix plus durable
Mon expérience diplomatique de 2004 à 2021, mise en regard avec mes recherches doctorales en cours, met en évidence plusieurs leçons pratiques pour cette trajectoire américaine‑Iran particulièrement délicate.
Premièrement, les incitations doivent être réalignées. Pour Washington, le respect iranien doit produire des changements concrets et vérifiables qui puissent être expliqués sur le plan domestique comme des progrès plutôt que comme des concessions. Pour Téhéran, le respect doit apporter des gains crédibles — qu’il s’agisse d’un allègement des sanctions, d’assurances de sécurité, d’un accès à des avoirs gelés ou de la reconnaissance de la dignité de l’Iran — qui ne paraissent pas comme une reddition sous pression. En même temps, le non‑respect doit comporter des coûts exécutables. Si l’Iran croit pouvoir retarder sans conséquence, ou si les États‑Unis pensent pouvoir intensifier la pression sans compromettre les discussions, le processus récompensera le comportement qu’il cherche à prévenir, contredisant la logique d’une médiation efficace.
Deuxièmement, la séquence compte. Des concessions anticipées, surtout lorsqu’elles sont offertes sous la menace ou sans obligations réciproques, donnent souvent des ailes aux saboteurs et approfondissent la méfiance. Une approche plus durable s’appuierait sur une réciprocité par étapes : des gestes limités assortis de concessions limitées, chacun lié à la vérification avant le début de la phase suivante. Dans un contexte où l’Iran privilégie la patience stratégique et où les États‑Unis exigent des progrès visibles, la séquence devient le pont entre l’endurance et l’urgence. Elle permet à Téhéran d’évoluer sans paraître humilié, tout en offrant à Washington des résultats mesurables qui peuvent soutenir le soutien politique chez eux. L’ancienne diplomatie nucléaire avait suivi cette logique par étapes et par engagements réciproques, avec des allègements de sanctions progressifs après vérification.
Troisièmement, la vérification et l’application doivent être intégrées dès le départ, et non improvisées après une annonce politique. Dans la diplomatie États‑Unis–Iran, l’ambiguïté peut aider les parties à entrer dans les pourparlers, mais une ambiguïté non maîtrisée peut détruire la mise en œuvre. Le processus doit donc prévoir des repères clairs, une surveillance crédible et des conséquences convenues en cas de violations ou de retards. Cela est particulièrement crucial lorsque les questions relatives au matériel nucléaire, aux inspections et à l’accès demeurent centrales pour la confiance, comme en témoignent les inquiétudes persistantes concernant la surveillance et la vérification.
Quatrièmement, la gestion des saboteurs doit être explicite. Dans ce cas, les saboteurs ne sont pas seulement des groupes armés, des factions ultra‑orthodoxes ou des rivaux régionaux. Ils peuvent également inclure des acteurs politiques domestiques, des États alliés, des milieux bureaucratiques, des récits médiatiques et des réseaux de politiques qui tirent profit de l’escalade ou de la méfiance. Les processus durables n’impliquent pas une confiance innée. Ils anticipent les résistances et s’organisent autour d’elles, conformément à la théorie de la gestion des saboteurs et aux meilleures pratiques de médiation.
Pour le Pakistan, cela signifie que la médiation ne peut pas se limiter à convoquer des réunions ou à transmettre des messages. Son rôle le plus utile est d’aider à concevoir un processus dans lequel les deux parties voient une plus grande valeur à rester engagées plutôt que de retarder, d’escalader ou de blâmer l’autre. Le Pakistan ne peut pas fabriquer la confiance, effacer des décennies d’hostilité, ni réconcilier démocratie et théocratie uniquement par son savoir‑faire diplomatique. Il ne faut pas non plus confondre son utilité avec un levier décisif. Il peut faciliter, interpréter et ordonner les étapes, mais il ne peut imposer la conformité lorsque les incitations essentielles restent décalées. Sa tâche est d’aider à synchroniser le tempo avec le fond : donner à l’Iran suffisamment d’espace politique pour avancer sans humiliation, tout en donnant aux États‑Unis des progrès mesurables pour rester engagés.
Le grand test, donc, n’est pas de savoir si les discussions reprennent, mais si elles sont structurées pour survivre aux pressions qui suivront inévitablement. Un processus qui récompense le retard tactique, la pression unilatérale ou les victoires symboliques risquera de s’effondrer sous ses propres contradictions. Un processus qui lie la dignité à la réciprocité, l’urgence à la vérification et la médiation à la gestion des saboteurs est plus susceptible de durer.
En fin de compte, la médiation du Pakistan peut encore s’avérer utile, mais la diplomatie ne peut réussir lorsque des incitations incompatibles demeurent non abordées et que le comportement des saboteurs demeure hors de contrôle. Le vrai test est de savoir si Washington et Téhéran peuvent passer d’une négociation performative à une diplomatie disciplinée et exécutoire. La tâche du Pakistan est d’aider à rendre ce changement possible, tout en reconnaissant qu’aucun médiateur ne peut se substituer à la volonté politique.
[Kaitlyn Diana edited this piece.]

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