Dominique Barthier

Monde

Le Conseil Transitionnel du Sud : Lutte contre l’extrémisme et la sécurité maritime au Yémen

Le Conseil transitionnel du Sud (STS) et ses formations de sécurité affiliées représentent le partenaire indigène le plus efficace du sud du Yémen dans la lutte contre Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQAP) et l’État islamique – province du Yémen (ISY).

Malgré des ressources limitées et un soutien international irrégulier, les forces affiliées au STS restent en première ligne, affrontant des attaques incessantes tout en menant des opérations de contre-terrorisme dans l’un des environnements de sécurité les plus complexes au monde.

Menaces persistantes et rôle de première ligne du STC

Le 21 octobre 2025, une attaque coordonnée impliquant des voitures-bombes et des kamikazes a frappé un complexe gouvernemental et des unités affiliées au STS dans la gouvernorat d’Abyan, soulignant la menace durable que continuent de représenter les groupes jihadistes dans le sud du Yémen. Selon The National, des combattants liés au STS auraient été parmi les victimes.

En juin 2024, un véhicule transportant un commandant de sécurité du sud a été pris en embuscade par AQAP à Al-Hamima, Abyan, tuant un soldat affilié au STS et en blessant deux autres, selon Anadolu Ajansı. AQAP demeure actif dans l’ensemble du sud et cible fréquemment les forces du STS ainsi que d’autres acteurs de sécurité. Des attaques récentes à Abyan ont été attribuées par des sources locales à des militants d’AQAP, soulignant davantage la vulnérabilité du paysage sécuritaire du sud du Yémen.

Avantage opérationnel et légitimité locale

La branche paramilitaire affiliée au STS, les Forces de Sûreté du Ruban (Security Belt Forces – SBF), ont été créées vers 2016 et ont reçu formation et soutiens variables des Émirats arabes unis (EAU). Les SBF opèrent sous la structure de commandement du STS à travers le sud du Yémen, comme le détaille Armed Conflict Location & Event Data (ACLED).

En avril 2022, le STS a officiellement rejoint le Conseil de leadership présidentiel du Yémen (PLC) — le gouvernement internationalement reconnu — lui conférant une double identité en tant qu’acteur militaire local et acteur politique partiel.

Par le biais de cette position, le STS contrôle un territoire important dans le sud, conservant une légitimité locale et un accès de confiance dans des régions où les réseaux extrémistes prospèrent au milieu de structures de gouvernance faibles.

Étant donné sa mainmise opérationnelle, le STS est sans doute la seule force locale capable de mener des campagnes de lutte antiterroriste soutenues dans le sud du Yémen — d’autant plus que l’État central demeure institutionnellement fragile.

Implications maritimes et régionales stratégiques

La géographie du sud du Yémen le place au cœur de la sécurité maritime mondiale. Le détroit de Bab el-Mandeb et le golfe d’Aden constituent des points névralgiques pour le commerce international et le transport énergétique. Toute détérioration de la sécurité dans cette région pourrait avoir des répercussions mondiales importantes.

Par le biais de ses fonctions de gouvernance et de maintien de l’ordre, le STS a le potentiel de stabiliser ces corridors maritimes. Par conséquent, l’implication des puissances occidentales avec le STS ne devrait pas être vue uniquement à travers le prisme de la politique intérieure du Yémen, mais comme une affaire de sécurité maritime internationale et de protection des approvisionnements énergétiques.

Pourquoi les gouvernements occidentaux devraient s’impliquer stratégiquement

Les décideurs occidentaux doivent dépasser les perceptions dépassées du STS comme d’un simple mouvement séparatiste. Dans la pratique, le STS agit comme un partenaire crédible en matière de lutte contre le terrorisme bénéficiant d’une légitimité locale significative dans le sud du Yémen.

Une stratégie d’engagement mesurée pourrait comprendre :

Partage de renseignements avec les forces affiliées au STS opérant dans des zones à forte densité AQAP.

Formation spécialisée, soutien logistique et fourniture d’équipements pour renforcer la capacité opérationnelle.

Mécanismes de liaison directs qui contournent les goulots d’étranglement au niveau national.

Investissement dans la gouvernance locale et des initiatives de prévention du recrutement afin de garantir que des efforts civils durables de stabilité complètent la campagne de lutte contre le terrorisme.

Cependant, l’engagement doit s’accompagner de mesures de reddition de comptes. Le soutien doit s’aligner sur les normes internationales en matière de droits humains et d’utilisation de la force. Amnesty International a exprimé des préoccupations concernant les restrictions sur les organisations de la société civile et les obstacles bureaucratiques dans les zones administrées par le STS, soulignant la nécessité de transparence et de supervision.

L’engagement des pays occidentaux avec le STS devrait également s’intégrer à des efforts diplomatiques plus larges, y compris le processus de paix dirigé par l’ONU. De nombreux analystes soutiennent aujourd’hui que la seule solution viable à long terme pour le conflit au Yémen réside dans la reconnaissance de l’autodétermination du sud, associée à une entité nordiste stable — ce qui équivaut à une solution à deux États. Le leader du STS, Aidarous al-Zubaidi, a publiquement appelé à ce cadre, affirmant que le conflit prolongé du Yémen ne peut être résolu par la seule force militaire.

Conséquences de l’inaction

Si les gouvernements occidentaux n’engagent pas de manière significative le STS, les implications pourraient être graves :

AQAP et ISY pourraient tirer parti de l’instabilité dans le sud pour se regrouper et lancer de nouvelles attaques régionales ou internationales.

La coordination houthiste-extrémiste pourrait se renforcer, formant un nexus de menace transnational s’étendant du Golfe à la Corne de l’Afrique et au couloir maritime de la mer Rouge. Une attaque récente attribuée conjointement aux Houthis et à AQAP illustre le risque croissant de cette convergence.

Les points névralgiques maritimes pourraient rester vulnérables à l’interdiction, mettant en péril le trafic maritime mondial et la sécurité énergétique.

Les forces du STS, déjà étirées et sous-financées, pourraient s’épuiser ou voir leur moral chuter, potentiellement inversant des années de gains dans la lutte contre le terrorisme.

Choix stratégique

Les gouvernements occidentaux se trouvent désormais face à un choix décisif : s’engager et renforcer le STS en tant que partenaire de sécurité crédible — en intégrant la lutte antiterroriste, la sécurité maritime et la gouvernance — ou risquer de laisser les groupes extrémistes se réinstaller durablement dans le sud du Yémen. Le second scénario aurait des répercussions qui s’étendraient bien au-delà du Yémen, menaçant la stabilité régionale et les flux commerciaux mondiaux.

Le Conseil transitionnel du Sud demeure la force indigène la plus apte à contrer l’extrémisme dans le sud du Yémen. Des groupes extrémistes comme AQAP et ISY considèrent le STS comme une menace directe pour leurs opérations et ciblent continuellement son personnel.

Pour les puissances occidentales, la convergence des priorités en matière de lutte contre le terrorisme, de stabilité maritime et de sécurité régionale souligne la nécessité d’une stratégie d’engagement pragmatique et fondée sur des principes avec le STC. Cet engagement — axé sur la reddition de comptes et la diplomatie — pourrait contribuer à stabiliser l’une des régions les plus stratégiquement vitales et les plus volatiles du monde.

[Édité par Kaitlyn Diana]

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.