Dominique Barthier

Etats-Unis

Le monde doit agir pour sauver les innocents du Darfour et éviter un nouveau massacre

La guerre civile dévastatrice qui sévit au Soudan a pris une tournure encore plus sombre lorsque les Forces de soutien rapide (RSF) ont pris El Fasher, dernier grand bastion des Forces armées soudanaises (SAF) dans le Darfour, déclenchant des rapports d’exécutions massives, de nettoyages ethniques et d’empoisonnements sommaires. La chute de la ville a piégé plus de 260 000 civils, les exposant à la faim et à la violence, rappelant les atrocités du génocide du Darfour de 2003 lorsque les milices Janjaweed se livraient à une spirale meurtrière.

El Fasher sous siège

Depuis mai 2024, El Fasher, capitale du Darfour du Nord, est assiégée par les RSF. Le bombardement intensif des SAF et les conditions de famine ont créé un véritable cauchemar pour les habitants, mettant en danger leur vie. En s’emparant de la ville, les RSF contrôlent désormais presque l’ensemble du Darfour.

Des images satellitaires analysées par le Humanitarian Research Lab (HRL) de l’Université Yale apportent des preuves glaçantes de tueries de masse. Selon le HRL, « ces observations concordent avec des rapports d’exécutions… et des personnes qui tentent de fuir la ville sont tuées ».

Le Bureau des droits de l’homme des Nations unies (Binuh) a également signalé des atrocités visant des civils non armés. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré :

Le risque de violations et d’atrocités à grande échelle, motivées par des considérations ethniques, à El Fasher s’accroît chaque jour. Des mesures urgentes et concrètes doivent être prises sans délai pour protéger les civils à El Fasher et assurer des corridors de fuite sûrs pour ceux qui recherchent une sécurité relative.

Mohamed Hamdan Dagalo dirige les RSF et est l’héritier des milices Janjaweed responsables de plus de 300 000 morts. La guerre au Soudan, qui fait rage depuis 2023, a vu des viols répétés, l’incendie de villages et des massacres ethniques dans l’Ouest du Darfour. Cette lutte de pouvoir meurtrière a plongé 30 millions de Soudanais dans l’urgence humanitaire.

Amnesty International a tenté de progresser dans la résolution de la crise et l’acheminement d’aide vers les civils. Elle a exigé que les RSF cessent leurs attaques et permettent l’ouverture de corridors humanitaires. L’ONU a adopté une approche différente, appelant à mettre la pression sur les Émirats arabes unis (EAU) — un soutien des RSF qui fournit des drones et des armes. Malheureusement, la réponse timide de la communauté internationale et son manque d’intérêt pour cette région signifient qu’aucune aide ni pression ne se manifestent.

Le rôle des Émirats arabes unis

Les Émirats arabes unis se positionnent comme un acteur clé dans cette crise dévastatrice, tout en étant accusés d’avoir prolongé le conflit et d’avoir aggravé les atrocités sur le terrain. On les accuse d’avoir facilité les horreurs des RSF, notamment les massacres et les nettoyages ethniques qui ont eu lieu à El Geneina, chez les Masalit, les Zaghawa et à El Fasher.

Abou Dabi avait injecté des milliards dans l’agriculture, l’exploitation minière et le secteur maritime au Soudan, dans l’espoir d’ouvrir une passerelle vers les ressources africaines et de servir d’obstacle face à des rivaux régionaux comme la Turquie et le Qatar. Mais à l’éclatement du conflit en 2023 entre les RSF et les SAF, les Émirats ont pris le parti des premiers. Le chef des RSF, Hemedti, contrôle des mines d’or clés pour lesquelles les EAU portent un intérêt. Le conflit s’est transformé en une guerre par procuration, l’Arabie saoudite soutenant les SAF pour équilibrer l’influence des Émirats autour de la mer Rouge.

Des panels de l’ONU et des rapports d’intelligence fuite révèlent des centaines de vols cargo effectués depuis les EAU vers le Tchad et la Somalie, d’où des armes — y compris des drones, des munitions et des véhicules blindés — seraient ensuite transférées au Soudan. Les EAU seraient également accusés d’avoir recruté des mercenaires colombiens pour épauler les combats.

Cependant, les Émirats ont rejeté ces accusations comme « politiquement motivées » et ont même annulé des réunions au Royaume-Uni suite aux critiques de l’ONU. Les EAU avaient aussi contesté, plus tôt cette année, l’affaire de complicité de génocide présentée contre eux par le Soudan devant la Cour internationale de justice (CIJ). En mai, Khartoum a rompu ses liens avec les Émirats.

Un appel à l’action internationale

Aujourd’hui, alors que les RSF consolident leur emprise sur d’immenses zones du territoire, plus de 260 000 civils font face à un génocide imminent. Amnesty International, l’ONU et d’autres organisations appellent à un cessez-le-feu immédiat, sous supervision de la communauté internationale. Elles exigent l’ouverture rapide de corridors d’aide afin de délivrer nourriture, médicaments et carburant.

Les Émirats arabes unis doivent être tenus responsables de leur complicité dans ce génocide. Les actifs des raffineries d’or des RSF devraient être gelés, et l’Union européenne et les États-Unis devraient imposer des sanctions secondaires aux entreprises impliquées avec les RSF.

La « Quad » américaine-saoudienne-émiratie-égyptienne devrait s’employer à imposer une trêve humanitaire de 90 jours, un cessez-le-feu national et un chemin vers des négociations. La communauté internationale doit renvoyer les RSF devant la Cour pénale internationale pour génocide, et soutenir le recours du Soudan devant la CIJ contre les Émirats pour leur complicité dans le génocide. L’ONU doit aussi dépêcher une mission de constatation des faits pour documenter les crimes d’El Fasher afin de les utiliser dans les poursuites.

Le Tchad, la Libye et la Somalie peuvent aider en fermant leurs frontières et en empêchant les vols en provenance des EAU d’atterrir dans la région. Il serait également utile d’imposer une zone d’interdiction de vol pour prévenir de telles activités. Au Royaume-Uni, par exemple, des parlementaires devraient demander l’arrêt des ventes d’armes aux Émirats arabes unis.

La chute d’El Fasher ne signifie pas nécessairement une défaite. Elle doit plutôt être perçue comme un appel vibrant à la communauté internationale pour agir. Le silence équivaut à la complicité et — même si hier était le moment d’agir — il n’est pas encore trop tard pour sauver ces civils dont les vies sont en danger imminent.

[Kaitlyn Diana a édité cet article.

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.