Dominique Barthier

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Le plus grand parti d’Europe adopte des tactiques autoritaires : du bastion démocratique à l’alliance d’extrême droite

Autrefois bastion de l’unité européenne et défenseur de la démocratie centriste, le Parti populaire européen (PPE) traverse une transformation qui inquiète les observateurs. Fondeur dans la construction de l’Union européenne, ce parti est désormais soumis à un examen croissant pour des tactiques que les critiques assimilent à des tendances autoritaires qu’il affirme combattre.

L’écart entre ses valeurs proclamées et ses actes se creuse — non seulement au sein du parti mais aussi sur la scène européenne dans son ensemble. L’Europe stable et libérale issue de décennies de consensus et de l’État de droit semble, pour la première fois depuis des années, menacée par l’intérieur.

Défendre l’Europe — Un changement de priorités

Lors d’une conférence de presse en avril, le président du PPE, Manfred Weber, a déclaré que la mission centrale du parti n’était pas de défendre le centre politique, mais de combattre ce qu’il appelait les « populistes » et la « vague autoritaire » qui monte à travers l’Europe. Or, nombreux sont ceux qui se demandent désormais si le PPE n’est pas lui-même devenu partie prenante de cette même vague.

Des documents internes obtenus par Politico révèlent que le PPE a renforcé la discipline interne à un degré rappelant la loi martiale. S’appuyant sur une approche que le document décrit comme un « carotte-et-bâton », les eurodéputés qui dévient de la ligne du parti risquent tout, allant de la perte de temps de parole à la privation de postes parlementaires clés. Des votes manqués ou des commentaires non sanctionnés peuvent coûter leur carrière politique au sein du PPE. La loyauté envers le Groupe et la ligne du Groupe est présentée comme le principal chemin d’influence, affirme le document. Le parti discipline de plus en plus ses membres, les accusant d’entraver la démocratie, tandis que beaucoup estiment que cette méthode étouffe la liberté d’expression et le pluralisme.

Ciblage des ONG : transparence ou courtiser l’extrême droite ?

Plus saisissante encore est la campagne accrue du PPE contre les organisations non gouvernementales (ONG) qui bénéficient du financement du budget de l’UE. Le parti exprime des préoccupations concernant la transparence et le risque que ces organisations fassent pression sur la Commission européenne de manière peu divulguée.

Cependant, les critiques soutiennent que le véritable objectif est de réduire le rôle de la société civile et de séduire le soutien des factions d’extrême droite — des forces dont l’influence croît à travers l’Europe. « Il s’agit d’une campagne inquiétante visant à restreindre l’espace démocratique », a déclaré Valérie Hayer, leader du groupe Renew Europe. Iratxe García, présidente du groupe des Socialistes et Démocrates, a décrit les actions du PPE comme faisant partie d’un effort plus large visant à renverser les protections environnementales, les droits LGBTQ+ et les libertés civiles fondamentales.

Notamment, cette initiative anti-ONG est née d’une collaboration avec Patriots for Europe, un nouveau bloc d’extrême droite au Parlement européen. Selon Politico, une part importante du PPE a soutenu l’idée, reflétant une tendance plus large. Alors que les partis d’extrême droite gagnent en popularité en Italie, en Allemagne, en France et en Hongrie, le PPE y voit un avantage stratégique en s’alignant sur eux. Mais le prix d’un tel alignement pourrait être lourd.

Échos de Trump à Bruxelles

Certaines voix voient dans les efforts du PPE un écho européen des attaques du président américain Donald Trump contre les ONG aux États‑Unis. Le député européen vert allemand Daniel Freund a qualifié cette tendance de « Trumpification du PPE », arguant que les attaques contre les ONG ne constituent qu’un élément d’une radicalisation plus large de l’agenda du parti. Cet agenda comprend le soutien à des amendements proposés par des parlementaires d’extrême droite et le recul par rapport à des alliés centristes de longue date.

Les enjeux sont élevés. Le professeur Daniel Kelemen de l’Université Georgetown a qualifié cela de « la danse la plus dangereuse de la politique européenne », avertissant que « les forces anti-démocratiques ne peuvent triompher que lorsque les centristes acceptent de vendre leurs principes pour le pouvoir ».

Un exemple saisissant remonte à 2023, lorsque le PPE n’a pas réussi à bloquer la loi phare sur la restauration de la nature. Les ONG ont mobilisé l’opinion publique et obtenu l’adoption de la mesure, humiliant le PPE. Cette défaite a marqué un tournant : le parti est passé du compromis à l’affrontement pur et simple — ciblant notamment ceux qui avaient aidé à faire adopter le texte.

L’Europe à la croisée des chemins

Les défenseurs et chercheurs de la société civile affirment que la menace est réelle. Selon l’organisme de surveillance de l’UE, la plupart des ONG enregistrées dans le système de transparence de l’UE sont classées comme à but non lucratif, les exonérant de certaines obligations de transparence financière. Bien que cela mette en évidence certaines lacunes des règles, cela ne justifie pas des répressions autoritaires.

En Slovaquie et en Hongrie, des lois ont déjà été adoptées pour limiter le financement et les activités des ONG. À présent, une rhétorique similaire arrive à Bruxelles, démontrant une fois de plus comment le PPE semble imiter le glissement autoritaire observé en Europe centrale et orientale — en plein cœur même de l’UE.

Le parti affirme qu’il exige simplement plus de transparence. Mais derrière ce langage, beaucoup perçoivent une attaque plus large contre la société civile, défendue par des figures comme Monika Hohlmeier, députée européenne allemande et proche alliée de Weber, qui a mené l’initiative de réexaminer les contrats entre la Commission européenne et les ONG, invoquant une « supervision inefficace ».

Un chemin périlleux

Ces dernières années, le PPE s’est retrouvé à un carrefour crucial, partagé entre son rôle historique d’unificateur de l’Europe et son alignement croissant sur des factions d’extrême droite. Le 19 juin 2025, le PPE a pris une nouvelle étape controversée en formant un groupe de travail avec des alliés d’extrême droite pour scruter le financement des organisations non gouvernementales (ONG). Cette initiative, dirigée par le chef du PPE, Manfred Weber, marque un nouvel embrassement des positions d’extrême droite, une évolution qui a suscité des inquiétudes sur l’orientation future du parti.

Des groupes progressistes et libéraux ont rejeté la décision, signe d’une fracture croissante au sein du Parlement européen. En privilégiant le gain politique à court terme, le PPE met en péril sa crédibilité et compromet les idéaux mêmes sur lesquels le projet européen a été construit, sapant les principes de compromis et de diversité des idées.

[Kaitlyn Diana a édité cet article.

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.