Des rumeurs sur la démission du ministre de la Défense du Soudan, Hassan Dawood Kabron, nommé en juin, ont commencé par un simple murmure. Son absence lors d’une réunion du Conseil de sécurité et de défense qu’il préside a alimenté ces spéculations. Il n’est pas établi s’il s’est effectivement retiré; mais s’il l’a fait, l’impact pourrait être plus important que ce que son profil public modeste laisserait supposer.
Dawood et les Forces armées soudanaises
Dawood a gagné en importance au sein des Forces armées soudanaises (FAS) non pas grâce à une ambition personnelle ou à un charisme politique, mais parce qu’il était l’un des rares cadres supérieurs peu liés aux réseaux islamistes du pays. Ces réseaux restent étroitement connectés à l’ère de l’ancien président Omar el‑Béchir, écarté après le soulèvement de 2019, mais ils exercent désormais une influence renouvelée à mesure que la guerre contre les RSF s’intensifie. Leur retour a transformé les FAS de l’intérieur, notamment sur les plans stratégique et idéologique.
Depuis longtemps, deux grandes tendances coexistent au sein de l’armée soudanaise. L’une est constituée d’officiers institutionalistes, qui considèrent l’armée comme une institution nationale devant demeurer professionnelle, structurée et relativement détachée des débats idéologiques.
L’autre tendance regroupe des officiers et des chefs de milices islamistes dont les loyautés remontent à l’époque d’Omar el‑Béchir — des reliquats de l’ancien parti au pouvoir, le Parti du Congrès National (PCN), affilié aux Frères musulmans. Ces éléments du mouvement islamiste du pays estiment que le conflit offre une opportunité de reconquérir une influence longtemps perdue. À mesure que la guerre se développe, ce groupe s’est affirmé de plus en plus.
Possible bascule des dynamiques de pouvoir militaires
Une éventuelle démission de Dawood pourrait marquer un tournant significatif dans cette lutte de pouvoir interne. Les institutionnalistes pourraient perdre une nouvelle figure majeure capable de contrecarrer les ambitions des hardliners islamistes, donnant ainsi davantage de marge de manœuvre à ceux qui plaident pour la prolongation du conflit. Des personnalités comme Ahmed Haroun, Ali Ahmed Karti et Malik Agar — le Vice‑Président du Conseil souverain de transition — demeurent extrêmement influents dans l’ombre.
Leur rejet initial de l’initiative Quad du 12 septembre n’a pas surpris, surtout après la déclaration conjointe du Quad appelant à freiner l’expansion des groupes islamistes extrémistes et des dirigeants affiliés aux Frères musulmans.
Ce déplacement interne ne se limiterait pas au Soudan; il aurait des répercussions régionales plus larges. Puisque la guerre s’est profondément inscrite dans les stratégies des pays voisins et des puissances du Golfe, chaque acteur cherche désormais à imposer ses propres résultats. Les membres du Quad ont mené des efforts diplomatiques en faveur de cessez-le-feu, d’aide humanitaire et de cadres de paix. Toutefois, les préoccupations des membres du Quad s’étendent également à la stabilité de la mer Rouge, à l’avenir de l’islam politique et à l’équilibre des influences dans la région.
À cet égard, une direction du SAF plus dominée par des courants islamistes pourrait rendre le travail du Quad nettement plus ardu. Les officiers les plus fermes se montrent en général méfiants vis-à-vis de toute médiation extérieure et repoussent souvent les compromis qui pourraient diluer leur emprise. Il se pourrait donc que, avec le retrait de Dawood et la consolidation du contrôle par les hardliners, l’armée soudanaise devienne moins réceptive aux propositions de paix formulées par les États‑Unis et à celles portées par d’autres acteurs. Cela placerait les membres du Quad dans une position délicate, entre le désir d’un Soudan stable et une profonde méfiance à l’égard des courants politiques islamistes.
Implications régionales et défis diplomatiques
Une présence islamiste renforcée au sein des FAS pourrait nourrir la crainte que le Soudan évolue dans une direction opposée à ses priorités régionales à long terme. En parallèle, les membres du Quad ne peuvent pas se dérober à leur responsabilité et ne peuvent pas laisser d’autres acteurs comme l’Iran, le Qatar ou la Turquie accroître leur influence et leur présence physique via Port-Soudan.
L’Égypte et les États‑Unis s’emploient activement à des médiations et pourraient eux aussi être confrontés à des défis similaires. Le Caire soutient une armée soudanaise forte et semble apporter un soutien militaire sans être entraîné dans des divisions idéologiques. Washington a renoué le dialogue diplomatique, mais une direction du SAF guidée par des acteurs idéologiques sera plus difficile à influencer par des pressions ou des négociations classiques.
Pour le Soudan, une démission confirmée de Dawood exacerbuerait l’incertitude à un moment déjà précaire. Le conflit est devenu la pire crise humanitaire au monde, et chaque changement à la tête militaire influence les perspectives d’un cessez-le-feu. Une influence islamiste renforcée au sein du SAF pourrait rendre le conflit encore plus insoluble, réduire davantage les chances de compromis et accroître les souffrances des civils pris dans les combats.
Dans un conflit où les lignes de front se déplacent et où les alliances politiques évoluent, la démission d’un ministre peut sembler un événement mineur. Or, parfois, les changements les plus importants ne se produisent pas sur le champ de bataille mais dans les rééquilibrages plus calmes à l’intérieur des institutions qui tiennent — ou échouent à tenir — un pays ensemble. L’absence de Dawood, si elle se confirme, pourrait être l’un de ces moments.
[Kaitlyn Diana a édité cet article.
