Dans les heures qui ont suivi minuit, le 3 janvier, des forces américaines ont pris d’assaut un complexe militaire situé à Caracas et ont capturé le président du Venezuela, Nicolás Maduro. Quelques heures plus tard, depuis son domaine de Mar-a-Lago, le président des États-Unis, Donald Trump, a écarté l’opposition démocratique vénézuélienne et affirmé que les États‑Unis « géreraient le pays jusqu’à la transition ».
Ainsi commença ce que les forces américaines ont baptisé « Opération Résolution Absolue ». Le nom évoque une issue finale; la stratégie se présente comme une relique d’un siècle passé. Le prétexte initial — une « opération de maintien de l’ordre » — s’est dissipé dès la conférence de presse, lorsque la remarque finale de Trump a dévoilé le véritable objectif: « nous allons extraire une quantité considérable de richesses du sous-sol ». L’administration a depuis précisé qu’un objectif principal de ce protectorat est d’extraire le pétrole vénézuélien en tant que « remboursement » des investissements américains antérieurs à l’ascension de l’ancien président Hugo Chávez à la fin des années 1990.
Le contexte géopolitique
Cette intervention intervient à un moment charnière où le pouvoir mondial des États‑Unis est en déclin, et où la Chine est devenue le premier partenaire commercial de la majeure partie de l’Amérique du Sud. Bien que diminuée, la puissance militaire américaine demeure largement dominante dans l’hémisphère occidental, au point de pouvoir intervenir unilatéralement dans des pays pour poursuivre ses intérêts restreints. Le Venezuela, qui abrite les plus grandes réserves pétrolières mondiales, représente une cible stratégique.
Cette intervention unilatérale envoie un message clair à Pékin: cet hémisphère demeure une sphère d’influence américaine, où Washington peut encore intervenir seul pour sécuriser des ressources et exclure les rivaux. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a condamné l’attaque américaine, la qualifiant d’« acte hégémonique » qui compromet la paix en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Le Corollaire Trump : faire renaître la Doctrine Monroe
En moins de 24 heures, le monde a assisté à ce que l’on pourrait appeler le « Corollaire Trump » dans toute sa clarté: l’usage de la force militaire à l’étranger pour sécuriser des ressources sous l’étendard de « l’Amérique d’abord ». Il ne s’agit pas d’une nouvelle doctrine, mais d’un vieux principe réchauffé — une réaffirmation d’une recette impériale vieille d’un siècle qui considère l’Amérique latine, comme l’appelle Trump, « notre région d’origine », comme une arrière-cour destinée à l’extraction.
En substance, Trump réactive la Doctrine Monroe, qui a façonné la politique étatsunienne envers l’Amérique latine au cours des XIXe et XXe siècles. Cette doctrine envisageait que les intérêts des États‑Unis dans la région seraient poursuivis à tout prix, y compris par le contrôle des ressources naturelles de la région.
Le dispositif politique envisagé suit un script colonial tout aussi cynique. Le secrétaire d’État Marco Rubio s’est dit prêt à coopérer avec Delcy Rodríguez — une chaviste convaincue qui fut ministre des Affaires étrangères sous l’ère Chávez — afin d’assurer une « transition stable ». Cela révèle le but final envisagé: un arrangement géré où les figures clés de l’ancien régime sont conservées pour faciliter le contrôle et l’exploitation des ressources, tandis que les véritables forces démocratiques du Venezuela restent marginalisées. Il s’agit d’une manipulation du régime, non d’une restauration démocratique.
Les parallèles avec les interventions passées sautent aux yeux. La dernière intervention unilatérale des États‑Unis dans la région remonte au Panama en 1989, lorsque des troupes américaines capturèrent le président de facto, le général Manuel Noriega, et le transférèrent vers les États‑Unis pour être jugé pour trafic de drogue — un scénario qui se répète aujourd’hui avec Maduro.
Portées plus larges
Les conséquences de cette action résonnent bien au-delà des frontières du Venezuela et menacent la stabilité sur plusieurs plans.
L’intervention ranime le spectre de la diplomatie par canons en Amérique latine. Le message adressé à Cuba et au Nicaragua — des gouvernements de gauche longtemps dépendants du pétrole vénézuélien — est sans équivoque: vous pourriez être les prochains. Cela ravive les craintes et l’instabilité dans toute la région, qui demeure sur le qui‑vive, hantée par les ombres des interventions passées des États‑Unis. La rhétorique rappelle la justification traditionnelle de l’embargo contre Cuba: récupérer des actifs après l’expropriation de propriétés américaines.
Plus encore, cette action brouille irrémédiablement le mince voile d’un ordre international fondé sur des règles. En renversant un gouvernement de manière unilatérale et en saisissant ses ressources dans ce qu’il présente comme « sa région d’origine », les États‑Unis ne violent pas seulement une norme: ils anéantissent le principe même d’égalité souveraine. Sur quel fond raisonnable pourraient-ils alors s’opposer à une mission de « maintien de la paix » russe en Moldova ou à un blocus chinois de Taïwan? L’autorité morale, autrefois consentie, ne peut être retrouvée. Washington perd immédiatement sa voix pour condamner l’agression en Ukraine ou l’instabilité dans le détroit de Taïwan.
Cette agression arrive à une époque de fragmentation mondiale profonde, lorsque l’action collective est désespérément nécessaire mais de plus en plus impossible. Trump affirme se distancier de ses prédécesseurs, mais ses « bottes au sol » au Venezuela s’inscrivent dans un chemin déjà tracé — le même chemin qui a conduit à des quagmes prolongées en Irak et en Afghanistan, créant des États fragiles plutôt que des démocraties.
L’avenir probable
Le calme inquiétant qui règne à Caracas suggère que des figures clés du régime se disent prêtes à négocier une transition — selon les termes des États‑Unis. D’après les déclarations de Trump, la transition dirigée par les États‑Unis au Venezuela n’hésitera pas à s’emparer de ces figures au service de l’extraction du pétrole vénézuélien. Pendant ce temps, Corina Machado — la principale opposante à Maduro et lauréate du Prix Nobel de la Paix en 2025 — et Edmundo González — le président élu lors des élections de 2024 — pourraient être exclus du jeu.
La recette est tragiquement familière: un slogan noble, une invasion expéditive, une ressource lucrative et une élite locale malléable. Tous les ingrédients d’un désastre de longue durée sont réunis. La seule chose « absolue » dans cette opération est la certitude qu’elle laissera le Venezuela davantage dévasté et le monde divisé de manière encore plus périlleuse.
Ce n’est pas de l’art d’État; c’est un impérialisme éreinté et brutal, réemballé pour une ère nouvelle.
