Les cercles stratégiques israéliens et occidentaux ont sans doute atteint leur point le plus crucial depuis la révolution islamique iranienne de 1979. Suite à la Guerre de Douze Jours de juin 2025, durant laquelle les États‑Unis et Israël ont exécuté des frappes de précision sur les sites nucléaires iraniens d’Isfahan et de Natanz, l’opération conjointe américo‑israélienne au début de 2026 a brisé l’échine du régime. Les morts confirmés du Guide suprême Ali Khamenei et de l’intégralité de la haute hiérarchie du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique lors d’une frappe chirurgicale ont plongé Téhéran dans une crise existentielle terminale. L’évaporation soudaine du Velayat-e Faqih a laissé un vide de pouvoir de 1,6 million de kilomètres carrés, déclenchant un débat frénétique à Washington et à Jérusalem: le monde occidental doit‑il superviser une transition contrôlée, ou permettre au vieil État perse de se fracturer en ses composantes?
Dans le vide de cette réalité post‑régime, un récit séduisant mais dangereux a de nouveau émergé des archives de la pensée stratégique des années 1980. Il s’agit de la conviction que les intérêts de sécurité à long terme de l’État d’Israël, des États‑Unis et de l’alliance occidentale étendue seraient servis par la balkanisation de l’État iranien, ou par sa division en micro‑États ethniques et sectaires. Cette logique est dangereusement contre‑productive et manquante de nuance, car Israël doit craindre une Iran fragmentée davantage qu’elle ne désire une telle dissolution.
La stratégie de fragmentation, rendue célèbre par Oded Yinon dans son article de 1982, représente une interprétation catastrophique de l’environnement sécuritaire de 2026. Bien que le démantèlement d’un gouvernement central hostile puisse supprimer une menace unifiée, le vide qui en résulte ne se limiterait pas à une collection d’entités étatiques bénignes et gérables. Au contraire, il déclencherait une bombe géopolitique qui ni les boucliers antimissiles ni les murs frontaliers ne sauraient contenir.
Les réalités difficiles de 2026 imposent que l’Iran fragmenté donnerait naissance à une constellation de seigneurs de la guerre nucléaires opérant en dehors de toute logique de dissuasion. Il ouvrirait aussi une super‑autoroute permettant à l’État islamique du Khurasan (EI‑K) et à Al‑Quaida de gagner l’accès à la Méditerranée. La fragmentation déstabilisera l’ancre clé de l’OTAN qu’est la Turquie par des flux de réfugiés ingérables, et livrera la ligne côtière stratégique de l’océan Indien à la République populaire de Chine par un Baloutchistan vassalisé. En outre, le paradigme opérationnel des Forces de défense israéliennes (FDI), qui repose sur une “domination de l’intelligence” face à un adversaire centralisé, deviendrait obsolète dans un paysage chaotique composé d’une cinquantaine de milices en guerre.
Par conséquent, le seul chemin viable vers la stabilité régionale n’est pas l’observation passive d’un effondrement étatique, mais une Smart Intervention coordonnée américo‑israélienne. Cette stratégie part de la réalité selon laquelle le régime iranien doit changer pour éviter l’alternative catastrophique d’un État défaillant et balkanisé. Contrairement au modèle des Blood Borders (frontières dessinées selon des lignes ethniques ou religieuses), une Smart Intervention met en œuvre une supériorité aérienne absolue, une paralysie numérique des mécanismes répressifs du IIRGC et une isolement légal rapide pour faciliter une transition qui préserve l’intégrité historique et institutionnelle de l’Iran. Un Iran unifié et laïque est une condition préalable au modèle des Accords Cyrus — un cadre de coopération stratégique qui transformerait un ex‑adversaire en un pilier de stabilité régionale. Le coût d’opportunité consistant à échanger un avenir potentiel d’allié contre un État défaillant garanti est une erreur qui hantera la sécurité mondiale pendant un siècle.
Le paradigme Yinon est un anachronisme stratégique en 2026
Le paradigme Yinon vient directement de l’article de février 1982 d’Oded Yinon, « Une stratégie pour Israël dans les années 1980 ». Yinon, ancien fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères israélien, soutenait que les États du Moyen‑Orient étaient fragiles — collés les uns aux autres par la répression — et que les décomposer en États plus petits sur les bases ethniques et religieuses était la seule voie pour assurer la survie d’Israël. La logique était simple: un voisinage occupé par ses propres guerres civiles serait trop distrait pour vous menacer.
Mais tenter d’appliquer une théorie de 1982 à la réalité de 2026 est une immense erreur. La région n’a pas seulement changé: elle obéit à des règles complètement différentes à présent. Yinon partait du principe que la fragmentation de grands États créerait des micro‑États faibles et contenus qui ne pourraient pas nuire. L’histoire récente a démontré exactement le contraire: lorsque l’autorité centrale a cédé en Iraq après 2003, nous n’avons pas assisté à une partition pacifique; nous avons vu l’État islamique balayer les frontières. Lorsque la Syrie s’est fragmentée en 2011, cela n’a pas créé un tampon sûr pour Israël. Au contraire, cela a créé un vide chaotique que l’IIRGC a utilisé pour placer des missiles avancés juste au bord du Golan. En 2026, le chaos n’enracine pas les menaces — il les incubate.
L’erreur la plus grave dans l’application de la logique de Yinon à l’Iran est de la traiter comme un État artificiel, similaire à l’Iraq ou la Syrie. L’Iraq et la Syrie étaient des créations modernes, assemblées par les puissances coloniales à partir de morceaux ottomans différents. Lorsqu’ils se sont effondrés après 2003 et 2011, ils se sont fissurés le long de lignes que les dictateurs avaient simplement dissimulées. L’Iran est différent. C’est un État civilisationnel, fort de milliers d’années d’histoire partagée.
Bien qu’il compte de nombreuses communautés ethniques — Perses, Azeris, Kurdes, Arabes, Baloutches, Loriens — le concept d’Iran-zamin (la Terre d’Iran) crée une loyauté qui va au‑delà des différences ethniques. Les stratégistes occidentaux sous‑estiment souvent cet effet de « ralliement autour du drapeau ». Tenter d’imposer le séparatisme de l’extérieur se retourne généralement contre eux; il offre au régime une excuse parfaite pour affirmer que les étrangers veulent dépecer la patrie. Pendant les protestations de 2025–2026 à travers Téhéran, Ispahan et Tabriz, les chants « Nous sommes tous ensemble » ont recouvert toutes les voix séparatistes. Même avec l’économie en ruines et une répression politique élevée, les Iraniens souhaitent récupérer leur pays, pas le dissoudre.
Pourquoi la fragmentation nuit à Israël
Le plan Yinon a vu le jour à une époque de guerre conventionnelle État contre État, où la menace principale consistait en une colonne blindée arabe massée à la frontière. Dans ce contexte, découper une grande armée en milices plus petites et en querelles internes avait du sens. La guerre en 2026, toutefois, se définit par une intelligence de précision, une suprématie cybernétique et une défense aérienne intégrée. Les plans de « Momentum » d’Israël et les stratégies de défense qui en découlent reposent sur une ciblage précis et fondé sur les données des centres de gravité ennemis. Comme l’ont souligné des analystes de défense israéliens, la supériorité de l’IDF est maximisée contre un acteur étatique qui a des actifs à perdre et une hiérarchie à atteindre.
Traiter avec « 50 milices » dans un territoire balkanisé supprime les cibles. Il n’existe plus de serveur central à pirater, aucun commandant en chef à dissuader et aucune économie à sanctionner. L’ennemi devient une hydre à têtes multiples, invisible et immunisée contre les points de pression que Israël a passées des décennies à maîtriser. La stratégie des années 1980 supposait que le chaos cible l’ennemi; la réalité de 2026 est que le chaos cible l’ordre mondial, les marchés énergétiques et les régimes de non‑prolifération dont dépend l’Occident.
La variable la plus effrayante dans l’équation de la fragmentation iranienne est le statut de son programme nucléaire. Contrairement au Libye dénucléarisée ou aux programmes naissants du passé, l’Iran en 2026 possède une infrastructure nucléaire mature, dispersée et profondément renforcée. Suite à la Guerre de Douze Jours de juin 2025, les frappes israéliennes et américaines ont fragilisé une partie de cette infrastructure sans éradiquer la connaissance technique ni l’ensemble des stocks de matières fissiles. L’AIEA a rapporté une perte critique de la « continuité des connaissances » concernant la production d’enrichisseurs et les stocks d’uranium enrichi.
Dans un scénario où l’État central à Téhéran s’effondre, le contrôle de ces actifs stratégiques s’évanouirait. Le danger qui en découlerait serait celui du « seigneur de la guerre nucléaire »: des commandants locaux, des dirigeants de factions du IIRGC ou des milices séparatistes prendraient le contrôle de sites nucléaires comme Natanz, Fordow ou Esfahan pour les utiliser comme levier ou source de revenus. Graham Allison, figure majeure de l’étude du terrorisme nucléaire, a longtemps averti que le problème des « outils nucléaires lâches » — le vol ou la vente de matières utilisables dans des armes — représente la « catastrophe ultime évitable ». Dans un Iran fragmenté, les barrières à ce vol seraient inexistantes.
Un Iran fragmenté laisserait des sites nucléaires critiques dans des territoires contestés ou sous le contrôle de seigneurs de guerre locaux qui considèrent ces actifs comme l’assurance ultime ou comme une source de richesses immenses. Le tableau suivant détaille les risques spécifiques associés à des installations clés dans un scénario de fragmentation:
| Installation | Emplacement | Fonction | Risque dans le scénario de fragmentation | Conséquences potentielles |
| Natanz (FEP) | Iran central | Enrichissement de l’uranium (centrifugeuses IR‑6) | Élevé | Vol des centrifugeuses avancées; pillage des stocks d’UF6/UEU pour la vente sur le marché noir. |
| Fordow (FFEP) | Qom (Nord‑Centre) | Enrichissement profond enterré | Extrême | Site durci pouvant devenir un « État‑bunker » pour une faction voyou cherchant une rupture indépendante. |
| Esfahan (UCF) | Iran central | Conversion de l’uranium (yellowcake vers UF6) | Modéré | Grands volumes de matière brute (UF6) susceptibles d’être volés et transportés vers d’autres acteurs voyous. |
| Bushehr | Côte du Golfe | Réacteur à eau légère | Élevé | Sabotage radiologique (« bombe sale »; menace environnementale pour les États du Golfe). |
| Parchin | À proximité de Téhéran | R&D en militarisation | Critique | Prolifération de conceptions de ogives et de technologies de détonation vers des groupes terroristes. |
L’éclatement de l’Union soviétique offre un parallèle historique glaçant, mais le scénario iranien de 2026 présente des dangers uniques. L’effondrement soviétique s’est produit dans un contexte de réduction des menaces coordonnée avec les États‑Unis; un effondrement iranien se produirait probablement au milieu d’une guerre civile et d’un fort sentiment anti‑occidental. Des éléments rebelles du IIRGC, confrontés à la perte de leurs privilèges étatiques, auraient un immense intérêt financier à vendre l’uranium enrichi ou les conceptions d’armes au plus offrant — qu’il s’agisse d’une organisation terroriste comme Al‑Qaïda ou d’un acteur étatique cherchant une voie rapide vers l’arme.
David Albright, de l’Institut pour la science et la sécurité internationale, note que dans un État de chaos interne, le gouvernement perdrait la capacité de protéger les actifs nucléaires. Théoriquement, cela crée une possibilité pour que des acteurs non étatiques fabriquent des dispositifs nucléaires rudimentaires. La nature cloisonnée du programme iranien, conçue pour résister aux bombardements aériens, rend paradoxalement plus difficile sa sécurisation lors d’un effondrement civil. Il n’existe pas d “interrupteur” central pour désactiver le programme. À l’inverse, un Iran balkanisé crée plusieurs entités nucléaires seuil. Israël échangerait alors en pratique un État à seuil nucléaire contre cinq ou six entités imprévisibles possédant des matières nucléaires, dont aucune ne peut être dissuadée par des menaces diplomatiques ou militaires traditionnelles. En outre, la surveillance de l’AIEA repose sur la coopération d’un gouvernement hôte souverain. Sans ce cadre juridique et logistique, la communauté internationale serait aveugle.
Domination du renseignement vs. le chaos des milices
L’architecture sécuritaire israélienne au milieu des années 2020 a évolué vers une priorité: la domination du renseignement — la capacité à pénétrer en profondeur les réseaux numériques et de communication de ses adversaires. Cette doctrine a été vérifiée lors du conflit de 2025, où Israël a mené avec succès des frappes chirurgicales contre les dirigeants du Hezbollah et ciblé des hubs logistiques iraniens clés. Les opérations comme l’assassinat de dirigeants du Hamas en Iran ou la disruption des réseaux du IIRGC reposent sur l’existence d’une structure adverse: une colonne vertébrale numérique à pirater, une hiérarchie à cartographier et une chaîne de commandement à perturber.
Un Iran unifié, malgré son hostilité, est une entité connue dotée d’un système nerveux centralisé. L’Unité 8200 de l’IDF et le Mossad excellent dans l’infiltration de ces systèmes centralisés. Ils peuvent suivre les ordres émanant de Téhéran vers des proxys au Liban ou en Syrie. La dissuasion est possible parce qu’il existe une adresse pour le courrier retourné; lorsque l’Iran menace Tel‑Aviv, le régime comprend le coût. La dissuasion stratégique repose sur le concept de « adresse de retour ». Quand le régime iranien agit — via un essai de missile ou une attaque par procuration — Israël sait où envoyer le message, qu’il soit diplomatique ou kinetic. L’instinct de survie du régime téhérien fournit un levier pour la dissuasion; les dirigeants attachent leur pouvoir, leur économie et leurs actifs stratégiques à leur continuité.
La balkanisation brise cet avantage. Remplacer un régime centralisé par cinquante milices, seigneurs de guerre et groupes séparatistes ethniques crée un environnement de renseignement caractérisé par du « bruit » et de l’opacité. Pirater le ministère de la Défense d’un État est un défi fondamentalement différent du suivi des radios portatives et des applications de messagerie cryptées de dizaines de chefs de milices indépendants dans les montagnes du Zagros.
Dans un scénario de guerre civile, la collecte du renseignement souffre d’un grave manque de signal par rapport au bruit. À mesure que le volume des menaces se multiplie, la qualité du renseignement se dégrade, rendant extrêmement difficile de distinguer les véritables menaces du bavardage de fond. Cette chaos aggrave le problème de l’« adresse », minant une théorie de la dissuasion qui repose sur un acteur rationnel qui valorise sa survie et met des actifs en péril. Parce qu’un chef de milice au Baloutchistan ou au Kurdistan fracturé peut ne pas valoriser les infrastructures ou la stabilité de la même façon qu’un État, Israël ne peut pas dissuader efficacement un groupe qui n’a rien à perdre.
En conséquence, cette dynamique crée une consommation de ressources écrasante, nécessitant une vaste capacité opérationnelle pour surveiller un Iran fragmenté. Au lieu de se concentrer sur un programme nucléaire unique ou sur un général du Qods militaire, les services israéliens d’intelligence seraient forcés de surveiller des menaces simultanées provenant de multiples vecteurs — y compris des « armes nucléaires lâches » potentielles, des raids transfrontaliers, des flux de réfugiés et de nouvelles alliances proxy.
L’argument selon lequel Israël bénéficie de voisins « faibles » est une relique d’un conflit conventionnel. À l’ère de la guerre hybride et du terrorisme asymétrique, des voisins faibles créent des refuges pour des groupes beaucoup plus difficiles à vaincre que des armées régulières. Le chaos en Libye post‑Gaddafi, qui a déstabilisé l’ensemble de la région du Sahel, sert d’avertissement brutal. L’intérêt stratégique d’Israël réside dans une Iran déminéralisée, non nucléaire, mais laïque et fonctionnelle — et non dans une Somalie sur le littoral de la Caspienne.
La Turquie, l’OTAN et l’arme des réfugiés
Pour la Turquie, allié crucial de l’OTAN et porte d’accès à l’aile sud‑est de l’Europe, la perspective d’une fragmentation iranienne n’est pas vue comme une opportunité mais comme une menace existentielle. En 2026, la Turquie accueille déjà environ 3,3 millions de réfugiés syriens, une réalité démographique qui a mis à rude épreuve son tissu social, son économie et sa stabilité politique. L’économie turque, bien que montrant des signes de reprise avec une inflation autour de 30 % au début de 2026, demeure fragile et très sensible aux chocs externes.
Un effondrement de l’État iranien déclencherait une vague de réfugiés d’ampleur biblique. L’Iran compte plus de 90 millions d’habitants. La déstabilisation de ses centres urbains — Téhéran, Mashhad, Ispahan — enverrait des millions de personnes vers l’ouest en direction de la frontière turque. Les services de renseignement turcs et l’Académie nationale du renseignement ont identifié ce flux potentiel comme un risque majeur de sécurité nationale. Contrairement à la crise syrienne, qui a été gérée avec une aide internationale importante et une montée progressive, un effondrement iranien pourrait être brutal et écrasant. Le coût d’intégrer ou de gérer des millions de réfugiés supplémentaires détruirait la reprise économique turque. L’inflation du logement, la concurrence pour l’emploi et la pression sur les services sociaux seraient susceptibles d’embraser des troubles civils en Turquie même.
Au‑delà de la migration, la fragmentation de l’Iran réactiverait inévitablement la « Question kurde » avec une intensité explosive. Un Kurdistan iranien indépendant ou autonome (Rojhelat) serait perçu par Ankara comme une menace intolérable à son intégrité territoriale, craignant que cela n’encourage le PKK et des mouvements séparatistes à l’intérieur des frontières turques.
Les précédents historiques montrent que la Turquie ne resterait pas inactive. L’armée turque lancerait probablement des interventions transfrontalières pour établir des « zones tampons » ou démanteler des micro‑États kurdes, à l’instar de ses opérations en Syrie et en Irak du Nord. Cela placerait une armée membre de l’OTAN en conflit direct avec diverses factions iraniennes et groupes kurdes. Un tel conflit serait un cauchemar diplomatique pour l’alliance OTAN. Il détournerait les ressources militaires turques du voisinage de la mer Noire et de la Méditerranée, affaiblirait la cohésion du bloc sud de l’alliance et pourrait attirer les États‑Unis dans un bourbier de maintien de la paix pour prévenir une guerre entre ses Kurdes et son partenaire traité (la Turquie). La stabilité de la frontière turco‑iranienne — qui est restée largement inchangée depuis le traité de Zuhab en 1639 — est une colonne vertébrale de l’ordre régional. Son retrait ouvrirait la porte au chaos que l’OTAN est loin d’être équipé pour gérer.
Le vide et la résurgence terroriste
L’adage « la nature a horreur du vide » n’a jamais été aussi pertinent que dans le paysage du terrorisme transnational. L’effondrement de l’autorité centrale en Iran créerait un vide de pouvoir s’étendant des Zagros au Hindu Kush, un vaste espace sans gouvernance idéal pour la résurgence des groupes djihadistes. En 2026, EI‑K a déjà démontré sa létalité croissante et son ambition. Des attaques comme l’attentat de Kerman au début de 2024 et les frappes ultérieures à Chiraz ont mis en évidence la capacité du groupe à pénétrer profondément dans le territoire iranien.
Le IIRGC et les services iraniens de renseignement n’agissent pas par souci de sécurité mondiale. Ils s’engagent plutôt dans une répression calculée des réseaux rivaux extrémistes comme EI‑K afin de protéger leur propre hégémonie. Leurs activités le long de la frontière afghane et au sein des cellules salafistes ne relèvent pas tant de la contre‑terrorisme que de la monopolisation du militantisme régional. Bien que le régime présente ces opérations comme un service rendu à l’intérêt mondial, elles constituent fondamentalement des rivalités inter‑terroristes — une « guerre des territoires » entre les proxies soutenus par l’État et EI‑K.
La propagande d’EI‑K dépeint déjà le régime iranien comme des adversaires apostats. Par conséquent, un Iran fragmenté serait exploité comme une « victoire divine » pour absorber les réseaux radicaux existants. Une implantation dans l’est de l’Iran ne ferait que remplacer un architecte du terrorisme par un autre, rapprochant EI‑K géographiquement de la péninsule Arabique et de l’Europe, en utilisant les mêmes hubs logistiques que le régime iranien a passées des décennies à perfectionner pour son exportation mondiale de la terreur.
De même, la direction d’Al‑Qaïda, dont une grande partie a été hébergée ou placée en résidence surveillée en Iran, serait libérée. Un Iran chaotique offrirait une passerelle reliant les théâtres djihadistes d’Asie du Sud (Afghanistan/Pakistan) au Levant (Syrie/Iraq). Cette « Haie du Djihad » faciliterait le déplacement des combattants, des fonds et de l’expertise. Le Homeland Threat Assessment du DHS américain et d’autres rapports de renseignement avertissent que la menace provenant de ces groupes demeure dynamique et persistante. Un Iran balkanisé ne serait pas une catastrophe humanitaire locale; ce serait un incubateur de sécurité mondiale pour la prochaine génération de terrorisme transnational, nécessitant une nouvelle intervention militaire occidentale dans un théâtre beaucoup plus vaste et complexe que l’Afghanistan et l’Iraq réunis.
Le corridor du Baloutchistan et l’État‑vassal chinois
L’un des scénarios de fragmentation souvent avancés par les partisans de la balkanisation est l’indépendance du Baloutchistan — une vaste région riche en ressources, s’étendant sur le sud‑est de l’Iran et le sud‑ouest du Pakistan. L’argument soutient qu’un Baloutchistan indépendant pourrait être un allié pro‑occidental qui freine le pouvoir iranien. En réalité, les dynamiques géopolitiques de 2026 suggèrent qu’un Baloutchistan indépendant finirait inévitablement dans l’orbite de la République populaire de Chine, devenant un vassal stratégique plutôt qu’un avant‑poste occidental.
Le Belt and Road Initiative (BRI) de la Chine dépend fortement du Corridor économique Chine‑Pakistan (CPEC), dont le joyau est le port de Gwadar, dans le Baloutchistan pakistanais. Pékin a investi des dizaines de milliards de dollars dans les infrastructures de cette région pour sécuriser une voie d’énergie directe du Golfe persique vers la Chine occidentale, contournant le fragile détroit de Malacca. En cas d’indépendance du Baloutistan (fusionnant les territoires baloutes iraniens et pakistanais), le nouvel État serait économiquement démuni et avide de patronage. L’Occident, géographiquement éloigné et politiquement hésitant à s’engager avec une confédération tribale probablement instable, serait dépassé par Pékin. La Chine, avec ses infrastructures existantes et ses coffres bien garnis, interviendrait comme principal mécène.
La Chine, utilisant une « diplomatie de l’étau de la dette », chercherait probablement à obtenir des baux à long terme sur des ports et des droits miniers en échange d’une stabilisation économique immédiate. La sécession du Baloutistan provoquerait probablement la désintégration totale de l’État pakistanais, qui demeure fondamentalement dépendant des vastes ressources gazières et minières de la province pour sa survie. Une telle chute — impliquant une nation nucléaire de 240 millions d’habitants — crée un vide sécuritaire qui dépasse les menaces régionales existantes et invite l’opportunisme chinois sans contrôle.
La Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN), sous couvert de stabiliser un nouvel État, établirait probablement une base navale permanente dans l’océan Indien, encerclant efficacement l’Inde et exerçant un étau direct sur les voies maritimes européennes et occidentales. De plus, ce basculement géopolitique accorderait à l’industrie chinoise un contrôle exclusif sur les reserves massives de cuivre, or et gaz de la région. Cela verrouillerait systématiquement les intérêts occidentaux en dehors d’une chaîne d’approvisionnement mondiale cruciale et scellerait une nouvelle ère d’hégémonie des ressources.
Le détroit d’Hormuz et le pouls énergétique mondial
Le détroit d’Hormuz demeure le goulot d’étranglement énergétique le plus critique du monde, avec environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide qui transite quotidiennement par ses eaux étroites. L’état actuel du détroit n’est pas celui d’une « sécurité » mais d’une crise d’otage régionale précaire maintenue par le régime iranien. La marine du IIRGC n’adopte pas une posture d’« harcèlement » selon une doctrine navale standard. Elle pratique le terrorisme maritime et l’extorsion sanctionnés par l’État, utilisant sa proximité avec le détroit comme outil principal de chantage géopolitique. Bien que le IIRGC opère au sein d’une hiérarchie, ses actions ne sont pas « rationnelles » au sens défensif. Elles constituent plutôt les attaques agressives d’un acteur prédateur qui instrumentalise les chaînes d’approvisionnement mondiale en énergie pour assurer la survie de son propre régime.
Dans un Iran fragmenté, la côte nord du détroit — l’ensemble de la ligne côtière stratégique — tomberait sous le contrôle de puissances locales rivales ou de réseaux de pirates. La somalisation du détroit d’Hormuz serait une catastrophe économique pour l’Occident et pour l’économie mondiale.
Sans une flotte nationale pour faire respecter l’ordre (ou au moins pour offrir un point unique de responsabilité), la piraterie et l’extorsion deviendraient le modèle économique principal des milices côtières. Au‑delà du danger physique immédiat, les coûts économiques et stratégiques d’un Golfe persan sans État se traduiraient par une prime de risque permanente et cripante sur les marchés de l’énergie. L’effondrement d’un appareil de sécurité centralisé — même prédateur — ferait exploser les primes d’assurance des risques de guerre, les portant à des niveaux prohibitifs, bien au‑delà des hausses déjà observées lors des périodes de volatilité antérieures.
Cette instabilité institutionnelle introduirait une prime de risque considérable et permanente dans les marchés de l’énergie, poussant potentiellement les prix du pétrole au‑dessus de 150 dollars le baril et déclenchant des pressions récessives mondiales comparables aux chocs pétroliers des années 1970. Par conséquent, les États‑Unis et leurs alliés seraient engagés dans une mission de police maritime à haut débit, perpétuelle et coûteuse. Pour prévenir l’anarchie maritime totale, les marines occidentales devraient maintenir une présence à haut tempo pour contrer les vagues incessantes de chalands suicides et de drones lancés depuis une côte sans gouvernance. Cette « mission de constabulary sans fin » épuiserait non seulement les finances occidentales mais étendrait aussi gravement les ressources navales, détournant des atouts vitaux des zones Indo‑Pacifique et autres priorités stratégiques.
Le coût d’opportunité de la paix
L’autre alternative à ce paysage dystopique de fragmentation est les Accords Cyrus — une vision stratégique proposée par des dirigeants iraniens en exil et soutenue par divers groupes d’opposition pour une transition vers un Iran laïc, démocratique et unifié. Cette feuille de route rejette fondamentalement l’idée que l’Iran soit naturellement hostile à l’Occident ou à Israël. Elle avance que l’hostilité est fonction du régime, et non de la nation.
Les Accords Cyrus proposent:
- Reconnaissance immédiate d’Israël. Un Iran post‑théocratique normaliserait ses relations avec Israël, s’appuyant sur les usages qui prévalaient avant 1979.
- Expansion des Accords d’Abraham. Cela inclut l’intégration de l’Iran dans l’architecture de sécurité régionale émergente aux côtés de l’Arabie Saoudite, des Émirats arabes unis et d’Israël.
- Fin des ambitions militaires nucléaires. Un Iran démocratique reviendrait à une conformité totale avec les normes de non‑prolifération en échange d’une réintégration économique et d’un accès à la technologie nucléaire civile.
- Stabilité énergétique. L’Iran reprendrait son rôle de fournisseur d’énergie fiable pour l’Europe et l’Occident. Cela réduirait l’influence de la Russie sur les marchés énergétiques mondiaux.
Une Iran unifiée et démocratique répondrait aux intérêts occidentaux de façons qu’une Iran fragmentée ne pourrait jamais faire. La Doctrinaire Périphérie pourrait renaître. Historiquement, la sécurité d’Israël s’est renforcée grâce à des liens avec des puissances régionales non arabes (Turquie, Iran). Restaurer cet axe bouleverserait fondamentalement l’équilibre des pouvoirs au Moyen‑Orient, isolant les fronts radicaux arabes réfractaires et créant un bloc redoutable contre l’extrémisme. Une armée d’État iranien capable, épurée de ses éléments idéologiques, serait le rempart le plus efficace contre EI‑K et contre le trafic de drogue en provenance d’Afghanistan. Par ailleurs, la reconstruction de l’Iran — dont les coûts estimés varient de 400 millions à 500 milliards de dollars selon les évaluations du conflit de douze jours — représenterait la plus grande opportunité économique de la région, stimulant la croissance des entreprises européennes et nord‑américaines dans les secteurs des marchés publics, de la technologie et de l’énergie. Une Iran balkanisée n’offre pas ce genre de marché, mais seulement des factures d’aide humanitaire.
[Cheyenne Torres edited this piece.]
