Dominique Barthier

Europe

L’échec du réalisme : place à un nouvel idéalisme

Les autocrates démolissent l’ordre mondial. Leurs ambitions impérialistes se dissimulent derrière un réalisme géopolitique qui prêche la loi de la jungle. Le « néo-idéalisme » peut-il rendre les forces démocratiques plus résilientes ?

L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, a surpris bon nombre d’observateurs en Europe occidentale, moi y compris. Mais des avertissements nous avaient été adressés. Des responsables politiques et des analystes d’Europe centrale et orientale avaient averti pendant des années sur la résurgence de l’impérialisme russe et sur la détermination de Poutine à démolir tout l’édifice des règles et des institutions censées assurer la paix en Europe en faveur d’une « Eurasie » dominée par la Russie. Nous aurions dû mieux écouter les avertissements de nos alliés de l’est.

Les gouvernements d’Europe centrale et orientale furent aussi les premiers à fournir des armes à l’Ukraine pour se défendre contre l’agression russe, alors que le reste de l’Europe et les États‑Unis pensaient que Kiev n’avait aucune chance de résister. Aujourd’hui encore, à l’échelle de leur PIB, les États baltes et la Pologne figurent parmi les plus importants donateurs de l’Ukraine dans son combat pour survivre en tant qu’État indépendant et démocratique.

Pendant 35 ans, depuis la chute du mur de Berlin, nous, Européens de l’Ouest, avons fait des leçons à l’Europe centrale et orientale. Nous leur avons dit ce qu’ils devaient faire pour devenir et rester des membres responsables de l’OTAN et de l’Union européenne. Il est temps d’inverser les perspectives : qu’avons-nous à apprendre d’eux ?

Bien sûr, je ne parle pas de Viktor Orban, un complice de Poutine. Je fais référence à des figures comme Kaja Kallas, ancienne première ministre estonienne et aujourd’hui responsable de la politique étrangère de l’UE. Elle et d’autres responsables issus d’Europe centrale et orientale tissent leur soutien sans faille à l’Ukraine dans un récit plus large visant à défendre la démocratie, les droits humains, l’état de droit international et les sacrifices que nous devons consentir pour les assurer. Ils soulignent que si nous laissons Poutine obtenir ce qu’il veut en Ukraine, la paix ne tiendra pas. Il nous faudra alors nous préparer à de nouvelles guerres d’expansion, menées à la fois par le régime de Poutine et par d’autres autocrates qui se sentiraient pousser des ailes face à l’indifférence des démocraties à se défendre mutuellement.

Des responsables comme Kallas sont parfois présentés comme les champions d’un nouvel idéalisme en géopolitique. Le terme « néo-idéalisme » a été forgé par l’expert en sécurité Benjamin Tallis en 2022. Le néo-idéalisme, selon lui, est « une approche moralement fondée de la géopolitique, ancrée dans le pouvoir des valeurs perçues comme des idéaux à atteindre : les droits humains et les libertés fondamentales, le libéralisme social et culturel, la gouvernance démocratique ; l’autodétermination des sociétés démocratiques ; et peut‑être surtout, le droit des citoyens d’avoir un avenir porteur d’espoir ».

Banqueroute morale

Le néo-idéalisme s’oppose au réalisme, une tradition largement développée en théorie des relations internationales et centrée sur la rivalité entre grandes puissances. Pour accroître ou maintenir leur puissance, ces puissances poursuivent des sphères d’influence. Les pays plus petits qui se trouvent dans ces sphères en deviennent des pions peuplant l’échiquier géopolitique. Leur sort importe peu : ce sont des États-nations satellites d’une grande puissance ou des États-tampon entre deux puissances. Ce que veulent les citoyens de ces pays n’a aucune importance. Les réalistes aiment citer l’historien athénien Thucydide : « Les forts font ce qui leur convient et les faibles souffrent ce qu’ils doivent ».

Concrètement, cette vision réaliste signifie que des nations entières se voient refuser le droit de choisir démocratiquement leur avenir, ou leurs alliés. Le politologue réaliste John Mearsheimer, par exemple, reproche aux États‑Unis et à leurs alliés européens d’avoir soutenu les invasions russes de l’Ukraine en 2014 et 2022. Il soutient que l’Occident n’aurait pas dû pousser l’Ukraine à adhérer à l’OTAN et préconise de faire de l’Ukraine « un pays neutre ». Le fait que, depuis le début de l’invasion russe en 2014, une majorité d’Ukraïniennes et d’Ukrainiens souhaite rejoindre l’OTAN ne porte, à ses yeux, aucun poids.

Le cadre réaliste ne se contente pas de passer sous silence les aspirations : il méconnaît aussi l’action des pays plus faibles ou moins puissants. Maria Mälksoo, politologue estonienne, souligne que la partie faible ne subit pas son destin sans réagir ; les Ukrainiens ont étonné le monde par leur résistance face à l’agresseur. Les pays d’Europe centrale et orientale au sein de l’OTAN et de l’UE ont aussi démontré qu’ils n’étaient pas des pions sans capacité de penser par eux-mêmes. En prenant les devants pour soutenir l’Ukraine, ils ont consolidé une autorité morale. Kallas doit son poste à la tête de la politique étrangère de l’UE à ce rôle.

Le pouvoir fait droit – c’est ce à quoi aboutit le réalisme des grandes puissances.

La manière dont la Russie mène la guerre est aussi difficile à expliquer à travers le prisme réaliste. Si l’objectif de Poutine était de transformer l’Ukraine en État-tampon, pourquoi y a-t-il des indices d’intention génocidaire ? La chercheuse ukrainienne Kseniya Oksamytna pointe du doigt le massacre de Bucha, en mars 2022, qui a impliqué des viols systématiques de filles et de femmes afin de « prévenir la naissance d’enfants ukrainiens », comme preuve que la guerre ne vise pas la neutralité de l’Ukraine entre l’Est et l’Ouest. Confrontés à une puissance meurtrière qui cherche à effacer leur identité au nom d’une culture russe prétendument supérieure, les Ukrainiens cherchent logiquement la protection des alliés.

Le pouvoir fait droit – c’est ce à quoi aboutit le réalisme des grandes puissances. Mälksoo invite ses homologues réalistes « à sonder le poids moral de demander à un autre État de servir de zone tampon ». Pour Tallis, ce type de réalisme équivaut à une « banqueroute morale ».

L’impérialisme de Trump

Le réalisme influence également les capitals occidentales. L’admiration pour les grandes puissances explique en partie pourquoi les gouvernements européens occidentaux et l’administration Biden sont restés sourds aux appels de Kallas et d’autres néo-idéalistes à accorder à l’Ukraine un soutien militaire suffisant non seulement pour survivre, mais pour gagner.

À la Maison‑Blanche, Donald Trump a porté le réalisme des grandes puissances à un autre niveau. Il prend ouvertement le parti de l’agresseur, blâmant l’Ukraine pour la guerre. Après tout, les faibles doivent supporter plutôt que résister. Trump fait pression sur Kiev pour qu’elle cède des territoires à la Russie et des ressources naturelles aux États‑Unis, tout en refusant de donner des garanties de sécurité aux Ukrainiens, et encore moins leur accorder l’adhésion à l’OTAN. Un « accord de paix » dans de telles conditions serait un prélude à une nouvelle agressivité russe à l’avenir. Il risquerait aussi de déstabiliser la jeune démocratie ukrainienne.

Trump a déjà infligé des coups durs à l’ordre international fondé sur le droit en affichant des prétentions territoriales sur le Groenland, le canal de Panama et le Canada, et en préconisant le nettoyage ethnique et la prise de Gaza par les États-Unis. Pour Poutine, l’impérialisme de Trump constitue une incitation à s’emparer de territoires au-delà de l’Ukraine. Les actes de sabotage de la Russie dans la mer Baltique pourraient, par exemple, préfigurer une agression contre les États baltes.

Pour en rajouter, Trump et son administration remettent en cause la promesse centrale de l’OTAN (« une attaque contre l’un est une attaque contre tous »), détestent l’UE et soutiennent des partis d’extrême droite qui veulent paralyser la coopération européenne. L’équipe Trump fait le travail pour Poutine.

Le mépris de Trump pour le droit international, son « bromance » avec le criminel de guerre Poutine, l’effondrement rapide de la démocratie constitutionnelle américaine – peu ou pas de choses dans les liens transatlantiques restent intacts. L’Europe se retrouve désormais seule. Cela ne devrait pas surprendre, mais c’est tout de même une pilule amère à avaler, surtout pour les Européens d’Europe centrale et orientale.

Pendant des décennies, l’OTAN dirigée par les États‑Unis a été l’assurance contre la Russie. Trump est aujourd’hui un cas d’école pour les néo-idéalistes : s’ils commencent à embrasser son autorité, à minimiser son impérialisme et son autoritarisme, et à sacrifier les chances de survie de l’Ukraine pour une maigre lueur d’espoir qu’il honorera les garanties de sécurité entre les partenaires de l’OTAN, que restera-t-il de la politique fondée sur les valeurs ?

Certains néo-idéalistes prennent acte de la rupture transatlantique. Si l’Ukraine refuse un accord injuste entre Trump et Poutine, l’UE la soutiendra, a promis Kallas. Elle œuvre pour doubler l’aide militaire européenne à l’Ukraine. Après l’embuscade de Zelensky et de son vice‑président dans le Bureau ovale en février, Kallas a conclu que « le monde libre a besoin d’un nouveau leader ». Pour sa part, Zelensky – que Tallis présente comme la figure emblématique du néo-idéalisme – a affirmé qu’il était temps de disposer d’une armée européenne unifiée. « L’Europe a tout ce qu’il faut. L’Europe doit simplement se rassembler et agir de manière à ce que personne ne puisse dire “non” à l’Europe, la dominer ou la traiter comme un maillon faible. »

L’Europe doit agir vite pour renforcer sa défense, en suivant l’exemple de la Pologne et des États baltes et en tirant les leçons du théâtre ukrainien. Le plan ReArm Europe/Readiness 2030, présenté par la Commission européenne, constitue une étape dans cette direction. L’Europe doit aussi commencer à développer une dissuasion nucléaire indépendante, par exemple en transformant les arsenaux nucléaires français et britannique en une clairure européenne. Sinon, elle restera vulnérable au chantage nucléaire de Poutine.

Depuis que nous ne pouvons plus compter sur la protection américaine, il est plus vrai que jamais que l’Ukraine est la première ligne de défense contre l’impérialisme de Poutine. « La voie de la victoire ukrainienne existe toujours », écrivaient l’an dernier un groupe de penseurs (néo-idéalistes), d’élus (verts) et d’anciens militaires, juste avant la réélection de Trump. « En exploitant les nouvelles technologies militaires, nous pouvons exploiter rapidement la capacité industrielle de l’Europe pour donner à l’Ukraine les moyens de neutraliser la machine de guerre russe ».

Maintenant que nous ne pouvons plus compter sur la protection des États‑Unis, il est plus vrai que jamais que l’Ukraine est la première ligne de défense contre l’impérialisme de Poutine.

Démocratie vs autocratie

À mesure que les États‑Unis, sous Trump, basculent de la sphère démocratique à la sphère autocratique, leurs anciens alliés traditionnels – l’UE, le Royaume‑Uni, le Canada, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie – se rapprochent les uns des autres. Leur coordination pour une force internationale de sécurité en faveur de l’Ukraine en cas de cessez‑le‑feu pourrait préparer le terrain à une alliance occidentale dépourvue des États‑Unis. « Ils devraient redéfinir leur image et leur mission, trouver des principes communs pour une coopération plus étroite », affirme Teun Janssen, conseiller politique étrangère du parti Volt au Parlement européen. « Peut-être aboutiront‑ils à quelque chose qui ressemble à du néo-idéalisme, avec son accent sur la démocratie et l’État de droit. »

Un tel club de démocraties serait plus fort face à Trump, Poutine et Xi s’il trouvait des partenaires dans le Sud global et pluriel. Les gouvernements de pays comme l’Inde et le Brésil, cependant, ne veulent pas être entraînés dans une lutte entre autocratie et démocratie. Ils font des affaires avec la Russie ou la Chine tout aussi facilement qu’avec l’UE. Un rapprochement a davantage de chances si l’on ne met pas l’accent sur la démocratie mais sur l’État de droit international.

La diplomatie ukrainienne en a déjà tiré une leçon. « Le message de Kiev a été que soutenir l’Ukraine, c’est se placer non pas dans un camp “occidental” mais dans la Charte des Nations unies », remarque le chercheur polono-mexicain Ivan Kłyszcz. Dans un discours prononcé à l’ONU en septembre dernier, Zelensky a mis en évidence les violations russes du droit des peuples à l’autodétermination et l’interdiction de la violence entre États. « Le monde a déjà connu des guerres coloniales et des complots des grandes puissances au détriment des plus petits. Chaque pays — y compris la Chine, le Brésil, les pays européens, les nations africaines et du Moyen‑Orient — comprend pourquoi cela doit rester dans le passé. »

Pour approfondir les partenariats avec les démocraties du monde entier, les démocraties occidentales devront rassembler leurs forces autour de leur demande d’un rôle plus grand au Conseil de sécurité de l’ONU, au FMI et à la Banque mondiale. Sauver ces institutions de la « wrecking ball » de Trump exigera des coalitions élargies.

Il est d’autant plus important d’éviter les doubles standards. La réponse tiède — ou même complice — de nombreux gouvernements européens à la violence génocidaire d’Israël à Gaza a affaibli leur crédibilité dans le Sud. Les vies des Ukrainiens comptent-elles plus que celles des Arabes ? Cette approche sélective du droit international et du droit humanitaire facilite pour les gouvernements du Sud global la relativisation de l’impérialisme russe et leur rapprochement avec Poutine. Les doubles standards européens, par conséquent, nuisent aussi à l’Ukraine, le pays dont les néo-idéalistes se disent si soucieux de l’avenir.

Dans un monde confronté non seulement à des enjeux géopolitiques mais aussi à des crises écologiques, coopérer avec des autocraties est parfois nécessaire. La Chine, par exemple, demeure un partenaire indispensable dans la lutte contre le changement climatique – surtout maintenant que Trump refait son retour sur la scène internationale et semble sortir à nouveau de l’Accord de Paris. La Realpolitik n’est pas toujours évitable, mais le néo-idéalisme peut guider notre approche des autocrates du Sud global en nous poussant à regarder au-delà des gouvernements. Même dans les pays dirigés par des dictateurs, il existe de nombreuses personnes qui aspirent à la démocratie. Comment faire entendre leur voix ? Et s’il venait à s’ensuivre une percée démocratique, comment aider les institutions démocratiques à s’enraciner ?

Nous devons voir la promotion de la démocratie comme une composante de la politique de sécurité, d’autant plus que la démocratie offre les meilleures chances de paix et d’avenir durable. Cette idée devrait imprégner les politiques commerciales et de développement de l’UE et de ses États membres. Si nous devons importer une énergie propre comme l’hydrogène vert issus de pays riches en soleil ou en vent pour décarboner nos industries lourdes, allons-nous commercer avec l’Arabie saoudite autocratique ou avec la Namibie démocratique ?

Nous devons voir la promotion de la démocratie comme une composante de la sécurité, surtout parce que la démocratie offre les meilleures chances de paix et d’avenir durable.

Un avenir porteur d’espoir

Un élément crucial du néo-idéalisme, selon Tallis, est le « droit à un avenir porteur d’espoir ». Les démocraties doivent démontrer à la fois leur supériorité matérielle et leur supériorité morale pour remporter la compétition systémique face aux autocraties. Mais la promesse d’un progrès matériel est-elle encore tenable à l’ère des disruptions écologiques ?

Un nombre croissant de scientifiques du climat et de l’environnement avertissent que la poursuite de la croissance économique dans les pays riches ne peut être conciliée avec une planète vivable. Si l’écologie contre-attaque aussi fortement contre l’économie que le PIB croît se retrouvent à stagner, la résilience des démocraties sera mise à rude épreuve, peut‑être plus encore qu’aujourd’hui. Il semble donc sage de redéfinir un « avenir porteur d’espoir » : privilégier l’amélioration du bien‑être plutôt que la seule croissance économique.

Cette idée reçoit le soutien de Tomas Tomilinas, député lituanien et co-fondateur du parti progressiste vert Union des Démocrates pour la Lituanie, partenaire mineur de la coalition au pouvoir dans le pays. « Étant donné que nous nous sommes trop focalisés sur les choses matérielles, nous avons perdu de vue qui nous sommes et ce que nous défendons. Je vois le néo-idéalisme comme un moyen de reconnecter l’Europe sur la base des valeurs et de reconstruire une narration commune. La guerre en Europe rend nécessaire un retour à une compréhension romantique de notre identité européenne et offre une occasion de le faire. »

Teun Janssen de Volt souligne que Trump convoque aussi une notion romantique du passé. L’expression « destin manifeste » prononcée lors de son discours d’entrée en fonction renvoie à l’idée du XIXe siècle selon laquelle les États‑Unis seraient destinés par Dieu à étendre leur territoire. En puisant dans cette tradition expansionniste et suprématiste blanche, Trump sait vendre ses projets d’annexion à la foule isolationniste MAGA. Pendant ce temps, Poutine rêve d’un Empire russe renaissant.

À l’opposé, un récit européen néo-idéaliste ne doit pas embellir le passé. Les guerres mondiales, l’Holocauste, l’oppression totalitaire et l’exploitation coloniale ne peuvent être passés sous silence. Nous pouvons, toutefois, nous inspirer des moments de résistance, de libération ou de réconciliation, et des leçons apprises à la dure : privilégier la coopération entre démocraties plutôt que la politique des grandes puissances autocratiques ; la force du droit plutôt que le droit des plus forts ; des « sphères d’intégration » volontaires (Tallis) plutôt que des sphères d’influence ; les droits humains et l’inclusion plutôt que la déshumanisation et l’exclusion. Le néo-idéalisme peut nous aider à redécouvrir les idéaux qui ont présidé à la création de l’UE et de l’ordre international fondé sur des règles. Ce récit doit porter sur une puissance douce et une puissance dure à la fois. Et sur un avenir porteur d’espoir pour des personnes ici et maintenant qui ne doit pas imposer de difficultés à des personnes ailleurs et plus tard. Dans ce domaine, le néo-idéalisme pourrait être enrichi d’une perspective verte afin de mieux intégrer le respect des plafonds planétaires et la lutte contre les injustices mondiales.

Éprouvée aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur par les autocrates et par l’extrême droite, l’UE a plus que jamais besoin d’une déclaration de mission fondée sur les valeurs pour paraître aussi unie que possible, éviter de se laisser entraîner par un transactionalisme à la Trump et trouver des alliés. Un tel récit peut gagner du terrain alors que la Russie, la Chine et les États‑Unis intensifient leur agressivité envers l’Europe — ou que leur statut de grandes puissances décline.

Le déclin de la Russie a commencé il y a longtemps, et la Chine n’est plus le miracle de croissance qu’elle fut autrefois. Même les États‑Unis ne sont pas immunisés contre la décadence. Le recours à l’érosion de l’État de droit, au démantèlement du gouvernement fédéral, à une corruption sans précédent, à l’intimidation de la presse, à la censure scientifique, au racisme affiché, à la diabolisation des migrants, à l’effacement des personnes transgenres, à la redistribution des richesses des pauvres vers les riches, au déni de la crise climatique, à la trahison des alliés, à la perte de prestige international, à la guerre commerciale : Trump n’est pas seulement en train de démolir l’ordre mondial, il détruit aussi son pays. Thucydide offre un précédent : lorsque Athènes, corrompue par « des ambitions privées et des intérêts privés », devient impériale à outrance, les cités alliées se retournent contre elle, menant finalement à sa chute.

Une version antérieure de cet essai a été publiée en néerlandais le 24 février 2025

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.