La semaine dernière, les États‑Unis et l’Iran ont signé le Mémorandum d’Entente (MOU) afin de mettre fin formellement — du moins pour l’instant — à cette phase de plus de quatre mois de conflit entre les deux pays. Israël, partenaire des États‑Unis dès le début de la guerre, n’a pas pris part aux négociations de l’accord et n’en est pas signataire.
Une guerre inutile et désastreuse
Avant d’aborder directement l’accord, il convient toutefois de préciser que la guerre ne s’est manifestement pas déroulée comme les Américains ou les Israéliens l’avaient envisagé. Les Iraniens, malgré la perte de nombre de leurs plus hauts responsables politiques et militaires, y compris le Guide suprême Ali Khamenei, ne se sont pas laissés faire. Un autre groupe de dirigeants compétents et apparemment encore plus déterminé, dont Mujtaba Khamenei, fils de l’ancien Guide suprême assassiné, s’est rapidement substitué pour diriger la République islamique aux côtés d’une Garde révolutionnaire islamique (IRGC) considérablement renforcée.
Les avantages militaires tactiques des États‑Unis et d’Israël furent évidents dès le départ, les deux parties signalant des chiffres croissants de cibles iraniennes détruites. Néanmoins, les Iraniens ont répliqué par des attaques dévastatrices de missiles et de drones contre les installations et les actifs militaires américains dans la région, contre Israël lui‑même et contre tous les alliés du Golfe des États‑Unis, dont beaucoup ont subi d’importants dégâts.
La fermeture par l’Iran du Détroit d’Ormuz a bouleversé l’échiquier et a eu un impact majeur sur l’issue du conflit. Il semble que l’Iran n’eût pas réellement besoin d’armes nucléaires pour obliger le monde à écouter et à céder. Privé des quelque pourcentages d’or noir passant par le détroit — d’environ vingt pourcent — le monde — et en particulier le président américain de l’époque, Donald Trump — n’avait d’autre choix que de négocier avec l’Iran selon ses conditions.
Pour deux raisons, la décision d’entrer en guerre fut une erreur colossale de Trump et de son partenaire israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Premièrement, chaque exercice de simulation stratégique mené par le Département de la Défense, le Département d’État et la CIA au cours des vingt dernières années montrait que l’Iran fermerait le Détroit peu après le début de la guerre avec les États‑Unis. Donald Trump a choisi d’ignorer ce fait, ce que n’importe quel officier supérieur de l’armée américaine ou un diplomate expérimenté aurait inévitablement su. Deuxièmement, Trump et Netanyahu ont attaqué l’appareil et l’infrastructure militaires iraniens, qui, bien que plus fragiles que ceux de leurs adversaires, n’étaient pas la véritable vulnérabilité des dirigeants iraniens. Cette vulnérabilité résidait — et réside toujours — dans l’économie, affaiblie, inefficace, gangrenée par la corruption, frappée par l’inflation et contrainte par les sanctions. Presque toutes les manifestations anti‑régime des 10 à 15 dernières années ont ciblé l’état économique en déclin de l’Iran, le fardeau qu’il fait peser sur le peuple iranien et l’incapacité du gouvernement à redresser l’économie.
Une voie plus sage aurait consisté à viser la plus grande vulnérabilité de l’Iran, à intensifier les sanctions économiques et à s’appuyer sur les alliés et partenaires régionaux et mondiaux pour étendre ces sanctions et leur application. Aucun niveau d’exportations pétrolières contournant les sanctions illicites ni un soutien timide de la Russie ou de la Chine n’aura suffi à ranimer le cadavre économique iranien. Attaquer le point faible de l’adversaire est presque toujours une stratégie standard en guerre. Pourquoi les États‑Unis n’ont‑ils pas agi ainsi ?
La guerre fut un désastre pour l’Amérique et pour bien d’autres aussi. Le douloureux MOU qu’ils ont fini par signer ne fait que le démontrer.
Un accord très mauvais, sauf pour l’Iran
Les commentaires sur l’accord, surtout aux États‑Unis, ont été unanimement négatifs. « Le président Trump a perdu la guerre », selon la rédaction du New York Times. « De bonnes raisons d’être sceptique quant à une paix globale qui tienne, même si elle était conclue », selon le Council on Foreign Relations (CFR). « Cette issue, après des mois de destruction et de perturbation économique mondiale, représente le plus grand échec de politique étrangère des deux mandats de Trump », selon Foreign Affairs. Du Wall Street Journal, « une retraite stratégique qui n’atteint pas les objectifs de guerre de Trump ». De CNN, « Donald Trump s’est retiré sur des termes défavorables ». Et de The Economist, « L’Iran a perdu sa peur de la guerre ». Et bien d’autres encore, et souvent avec des critiques encore plus vives.
Aucun des objectifs que Trump avait cherchés au début de la guerre — bien sûr cible mouvante — n’a été atteint. Pas d’accord sur le programme nucléaire iranien. Pas de limites durables sur les missiles iranien, encore capables de semer le chaos en Israël, dans les États du Golfe et même dans des pays de l’OTAN comme la Turquie et la Grèce, et peut‑être dans des parties de l’Italie. Et pas de contraintes sur le soutien iranien à des proxies régionaux tels que le Hezbollah, le Hamas, les Houthis, plusieurs milices chiites en Irak et d’autres. Les sanctions pétrolières sont levées, une concession américaine majeure, et un fonds de développement de 300 milliards de dollars sera constitué pour aider l’Iran à se reconstruire. La seule concession iranienne qui ouvre le Golfe Persique — « l’Iran prendra des dispositions de bonne foi pour assurer la libre circulation des navires commerciaux sans frais pour 60 jours uniquement dans le Golfe Persique… », selon le libellé du MOU — est si fragile qu’on se demande comment les négociateurs américains ont pu l’accepter, étant donné que c’était la seule chose dont ils avaient besoin. La plupart des diplomates et négociateurs expérimentés y voient toutes sortes d’opportunités pour des manigances dans ce langage flou.
Pour être honnête, le MOU offre de nombreuses possibilités pour que les deux parties puissent contourner la plupart des obligations, engagements ou « meilleurs efforts » qui y figurent. Peut‑être, comme première déclaration d’intention, cela peut passer. Mais même cela est tiré par les cheveux. Les Iraniens revendiquent à juste titre une victoire avec le MOU, en mettant fin à la guerre et en survivant à l’assaut américain et israélien sans concessions réelles. Dans la guerre de volontés qui était devenue ce conflit, Donald Trump n’a pas seulement hésité, il a effectivement capitulé sur le champ de bataille.
Autres perdants aussi
Dans un sens plus large, toutefois, les dirigeants et le peuple iraniens se retrouvent dans une moins bonne position. Leur économie et leurs infrastructures — civiles comme militaires — ont subi des dégâts importants qui prendront des années et des milliards de dollars pour être réparés. À moins qu’Iran ne parvienne à intégrer son économie à celle du reste du monde, il n’ira pas bien loin, malgré le fonds de développement promis par les Américains. Ils feraient bien de se rappeler les nombreuses promesses que le président américain a faites à ses propres électeurs, sans parler des banques et des entreprises avec lesquelles il a traité au cours de sa carrière et qu’il n’a pas tenues.
Et ceux qui ne sont pas mentionnés dans le MOU, alors ? Israël est peut‑être le plus mal loti, en particulier Benjamin Netanyahu. Netanyahu avait choisi de monter à bord du train Trump, pour se retrouver ensuite laissé à quai et devoir expliquer au peuple israélien les liens de plus en plus fragiles de sa relation avec Donald Trump et l’alliance plus générale avec les États‑Unis. Tout au long de sa carrière professionnelle et politique, Trump s’est avéré un partenaire et un allié très éphémère et peu fiable. Comment Bibi et l’intelligence israélienne tant vantée n’avaient‑ils pas vu cela ?
Les Israéliens se retrouvent désormais à se demander où ils se situent par rapport à leur sécurité future et à leur alliance avec les États‑Unis, n’ayant pas été impliqués dans le processus de négociation du MOU. (Pour ajouter à l’insulte, Trump et le vice‑président Vance ont presque tout fait pour imputer à Netanyahu et à Israël la responsabilité de la guerre.) Les Israéliens font face à des menaces continues de la part du Hezbollah dans le sud du Liban et d’un Hamas faible mais néanmoins meurtrier à Gaza. Le MOU appelle à la cessation de toute action contre le Liban, ce qui signifie Hezbollah. Mais si ce dernier ne se conforme pas, les États‑Unis soutiendront‑ils le droit d’Israël à répondre ?
Ensuite, il faut compter les États du Golfe, tous gravement touchés par le conflit. Bien que beaucoup de dégâts soient réparables, cela coûtera des milliards de dollars et prendra du temps, surtout au Qatar, dont la principale installation LNG a été mise hors ligne. Et ces pays auraient été inclus comme contributeurs potentiels au fonds de développement du MOU destiné à l’Iran. Ont‑ils été consultés ? Tous ces États avaient placé leur sécurité dans les mains de l’Amérique. Il est légitime de se demander désormais ce que cela leur a rapporté.
Les États‑Unis ont perdu bien plus que les bases dans la région qui ont été endommagées. Treize Américains sont morts pendant la guerre. Leur stock d’armes, déjà faible au début du conflit, est aujourd’hui gravement épuisé et prendra des années à être reconstruit. Le futur de l’Ukraine et de Taïwan peut‑il compter sur les États‑Unis pour intervenir davantage ? L’OTAN et les alliés américains en Asie posent des questions similaires.
Et après 60 jours ?
Le compte à rebours de 60 jours du MOU est lancé. Les deux parties doivent maintenant trouver un moyen de trancher les questions essentielles : pour les États‑Unis, neutraliser la capacité nucléaire iranienne ; et pour l’Iran, alléger les sanctions et lever le gel d’actifs représentant plus de 25 milliards de dollars détenus dans des banques étrangères. Il existe des dizaines d’autres questions tout aussi complexes, et peu de chances qu’elles soient réglées en à peine 60 jours. Il a fallu plus de deux ans à l’époque pour négocier et signer le Plan d’action conjoint global (JCPOA) en 2015 (les États‑Unis s’en étant retirés en 2018). Ce MOU, sur deux pages, n’a rien à voir avec le JCPOA qui totalisait 159 pages. Et il est difficile de croire que les résultats de ces négociations seront aussi complets et détaillés que le JCPOA.
Les États‑Unis sont tombés dans le piège classique des « grandes puissances », croyant qu’une guerre rapide, utilisant des armes de précision et de puissance écrasante, pourrait atteindre ses objectifs en Iran en peu de temps. Au contraire, ils se sont retrouvés engagés dans une guerre où leur adversaire est prêt à tout risquer et tout souffrir pour survivre. Trump a largement sous‑estimé la détermination idéologique de la République islamique; c’est‑à‑dire sauver la révolution islamique avant tout. En bien des aspects, cela ressemblait à une guerre du Vietnam à l’ère moderne. Après tout, comment une armée de troisième rang pouvait‑elle rivaliser avec la puissance incomparable des États‑Unis ? Kissinger posait déjà cette question sur le Vietnam avant le début des discussions avec Hanoï.
Trump a lancé une guerre qu’il était incapable de finir avec le prix, les ressources matérielles et le temps qu’elle exigeaient. De plus, il a dû faire face à des pressions politiques rarement rencontrées par les dirigeants iraniens et par le corps des Gardiens de la Révolution. Téhéran connaissait tout cela et s’y était préparé; Trump, lui, ne le voyait pas ou n’écoutait pas ceux qui tentaient de le conseiller avant le déclenchement de la guerre.
Le Moyen‑Orient et l’économie mondiale ont été profondément transformés. Un semblant d’équilibre et de stabilité économique pourrait réapparaître. Les marchés pétroliers s’ajusteront probablement, mais à des prix plus élevés pour les importateurs et les consommateurs. Mais cela ne ressemblera pas à ce qu’il était le 27 février 2026. Sous Donald Trump, l’Amérique fragilise le monde qu’elle s’était efforcée de bâtir durant plus de quatre‑vingts années. Son image et son prestige sur la scène internationale en ont énormément pâti. Et tout cela à cause d’une guerre inutile.
[ Cheyenne Torres a édité cet article.
