Dominique Barthier

Monde

Célébrer le 250e anniversaire des États‑Unis : deux visions de la liberté

Pour de nombreux Américains, le 250e anniversaire des États‑Unis fut une fête, mais comme tout jalon, il pouvait et devait aussi être l’occasion d’une réflexion. Le Jour de l’Indépendance célèbre l’annonce publique de la Déclaration d’Indépendance. Cette œuvre emblématique de l’écriture américaine a été essentiellement rédigée par le Père fondateur et ancien président Thomas Jefferson, mais il fut aussi épaulé par d’autres Pères fondateurs, tels que John Adams, Benjamin Franklin, Roger Sherman et probablement Thomas Paine. (Qu’on ne dise jamais qu’un travail d’excellence ne peut être réalisé que par un comité !) Ses principes élevés de liberté universelle et sa prose magnifique ont, pendant 250 ans, été le chant de la liberté, le défi lancé aux tyrans et l’inspiration pour les Américains et pour bien d’autres dans le monde.

L’idée centrale de liberté universelle — selon laquelle tous les êtres humains possèdent des droits inhérents que les gouvernements ont pour tâche de garantir — représente l’un des courants les plus forts de la culture politique américaine. Mais il existe aussi une deuxième expression américaine, très différente, du désir de liberté. Elle a existé aussi longtemps, et on peut la décrire brièvement par l’expression « liberté pour moi, mais pas pour autrui », ou, comme je l’appellerais, « liberté égoïste ».

L’histoire américaine regorge d’exemples où la liberté égoïste l’emporte sur la liberté universelle. L’exemple le plus flagrant est les près de 250 ans d’esclavage en tant que propriété humaine, commencé dès le début de la période coloniale et ne prenant fin qu’à la suite du sanglant embrasement de la guerre civile. Mais il existe d’autres exemples, tels que le sentier des Larmes et le traitement réservé aux Amérindiens, l’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et les lois Jim Crow, qui rappellent que la liberté universelle a souvent été une aspiration et non une garantie.

« Qu’est-ce pour l’esclave, le Quatorze Juillet ? »

Si la Déclaration d’Indépendance demeure l’expression la plus grandiose de la liberté universelle dans l’histoire des États‑Unis, alors, en contrepoint, le discours abolitionniste de Frederick Douglass « Qu’est-ce pour l’esclave, le Quatorze Juillet ? » représente l’accusation la plus puissante que fait la Déclaration de n’avoir pas vécu jusqu’à cet idéal.

Dans ce discours célèbre, Douglass expose avec force le conflit qui oppose ces conceptions mutuellement exclusives de la liberté. Mais il ne rejette pas les idéaux exprimés dans la Déclaration d’Indépendance. Au contraire, il soutient que la nation a trahi ses propres principes en reconnaissant la liberté pour certains tout en la refusant à des millions d’autres qui étaient réduits en esclavage.

Son discours soutenait que la promesse d’égalité des droits contenue dans la Déclaration était soit un engagement universel véritable, soit un slogan vide. Ce faisant, il inscrivait la lutte contre l’esclavage non comme une revendication de droits supplémentaires, mais comme une exigence que les États‑Unis se montrent fidèles à leur engagement proclamé envers la liberté universelle, plutôt que de poursuivre leur tradition de liberté égoïste.

Liberté universelle et liberté égoïste dans l’Amérique contemporaine

Alors que la vision d’abolition portée par Douglass finit par prévaloir, certes au prix fort, la tension entre liberté universelle et liberté égoïste se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Cette année, alors que les Américains célébraient leur anniversaire national, la liberté égoïste était de nouveau en pleine ascension dans le pays.

Ils vivent sous une administration dont les politiques ont cherché à restreindre l’immigration et l’asile, à limiter les protections des Américains transgenres, à réduire fortement les admissions de réfugiés, à éliminer de nombreuses initiatives de diversité et à redéfinir l’approche du gouvernement fédéral en matière de droits civiques. Les critiques soutiennent que ces mesures constituent une résurgence d’une tradition américaine de longue date : protéger les libertés et les privilèges de certains tout en restreignant les droits ou les opportunités des autres. Elles contrastent vivement avec le motto original des États‑Unis, e pluribus unum — « de plusieurs, un ».

Pour être juste, nombre de partisans de ces politiques avancent qu’elles poursuivent des objectifs légitimes tels que la sécurité des frontières, les droits des parents, la liberté religieuse ou d’autres intérêts publics malgré leurs effets disparates. D’autres estiment que les compromis qui en résultent sont à la fois acceptables et souhaitables.

Mais pour beaucoup de personnes qui continuent de porter l’idéal américain de liberté universelle, ce point bas de leur destinée est démoralisant. Les sondages montrent un déclin accéléré du patriotisme et de la fierté d’être Américain chez les adultes. Pourtant, plutôt que de se laisser abattre, ceux qui croient à l’égalité des idéaux contenus dans la Déclaration d’Indépendance devraient se rappeler que ce document n’était que la première étape.

La Crise américaine

La réaction des forces britanniques à la Déclaration d’Indépendance fut rapide et implacable. À peine cinq mois après sa signature, l’armée continentale fut contrainte de se replier à plusieurs reprises pour éviter l’anéantissement. C’est à ce moment-là, lorsque les choses semblaient les plus sombres, qu’apparut une troisième entrée dans le canon américain, particulièrement pertinente pour ce 14 juillet en particulier : The American Crisis de Thomas Paine.

Connu pour sa célèbre première ligne, « These are the times that try men’s souls », ce tract avait pour but de redonner du courage à ceux qui se battaient pour les principes de liberté universelle énoncés dans la Déclaration d’Indépendance.

Paine rappelait aux Américains que l’attachement à la liberté universelle n’est pas mis à l’épreuve lors des moments de triomphe, mais dans les périodes de découragement. Ses mots restent pertinents, car chaque génération doit décider si les promesses de la Déclaration appartiennent à tout le monde ou seulement à nous (et qui « nous » inclut).

La lutte entre liberté universelle et liberté égoïste ne prend pas fin avec l’indépendance, l’émancipation ou le mouvement des droits civiques. Elle renaît à chaque génération. Ainsi, lors du 250e anniversaire de l’Amérique, la question n’était pas seulement de savoir si nous célébrons la Déclaration d’Indépendance, mais si nous croyons encore en sa promesse pour chacun et chacune d’entre nous.

[Kaitlyn Diana a édité cet article.

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.