Les collectivités à travers l’Union européenne font face à une crise de l’eau de plus en plus préoccupante, conséquence de plusieurs décennies de gestion déficiente des eaux souterraines, exacerbée par le changement climatique. Avec une proportion alarmante de milieux aquifères en mauvaise condition quantitative et près des deux tiers de l’eau potable provenant de réserves souterraines, l’Europe se trouve confrontée à une réalité sombre. Ses habitants tentent de s’adapter et de lutter contre ces pénuries, mais résoudre le problème des inégalités en matière d’eau ne pourra se faire que par des solutions politiques efficaces. Une enquête transfrontalière s’est penchée sur la déplétion des eaux souterraines en Roumanie, en Italie et en Allemagne, trois des pays de l’UE les plus gravement touchés par cette crise silencieuse.
Gestion calamiteuse et changement climatique
L’eau souterraine fournit environ deux tiers de l’eau potable en Europe et un quart de l’eau utilisée pour l’irrigation agricole. Pourtant, avec la progression du réchauffement du continent, les sécheresses sévères se répètent avec une fréquence accrue, en particulier dans le sud et le sud-est. Selon l’Observatoire européen de la sécheresse, la Roumanie du nord-est a été placée en alerte sécheresse d’avril à septembre 2024, tout comme certaines régions d’Italie, telles que la Sardaigne, ou l’État allemand de Brandebourg.
La sécheresse a un double effet sur les eaux souterraines : en réduisant leur recharge par les précipitations, et en augmentant la dépendance aux réserves souterraines pour répondre aux besoins domestiques et agricoles. Lors de longues périodes de sécheresse, la consommation d’eau grimpe. Par exemple, des données de l’Institut national de statistique roumain montrent qu’en 2020 et 2022 — années de sécheresse extrême — la consommation en eau a doublé par rapport à l’année plus humide de 2021.
Ce recul du niveau des eaux souterraines a également des répercussions sur les eaux de surface, puisqu’un grand nombre de rivières dépendent en partie de leurs nappes phréatiques, surtout lors des périodes sans précipitations importantes. Cristina Di Salvo, géologue environnementale à l’Institut national de recherche italien (CNR), met en garde : « Si le niveau de l’aquifère baisse, le ruisseau s’assèche. »
Les populations du village de Vânători-Neamț se souviennent de la dernière fois qu’elles ont bénéficié de l’eau courante, ce fut le 15 août 2024, lors de la visite du Premier ministre roumain dans un monastère voisin. La fourniture d’eau n’a été rétablie qu’à la mi-septembre après des précipitations, mais elles craignent que ces pénuries se reproduisent, surtout si les conditions de sécheresse s’installent plus tôt cette année. Beaucoup ont négligé leurs puits privés en pensant pouvoir compter sur le réseau central. Dans le voisinage, à Agapia, qui abrite 400 moniales, les coupures d’eau deviennent une routine depuis 2020. Les religieuses ont appris à stocker l’eau de pluie dans des barils : « Nous avons blessé la nature, et aujourd’hui la nature nous le rend bien », témoigne sœur Maria, une religieuse âgée qui gère le musée du monastère à Agapia.
Les pénuries d’eau persistent depuis 2020 dans le nord-est de la Roumanie, affectant gravement l’agriculture — élément moteur de l’économie locale. Près de 40 % des exploitations agricoles roumaines se trouvent dans cette région. Les autorités dénoncent une surexploitation agricole et appellent, en particulier, les petits exploitants à cesser l’irrigation intensive de leurs jardins potagers. Les agriculteurs montrent des champs de crops desséchés, sans avoir vu la moindre goutte d’eau depuis plusieurs mois en raison du sécheresse estivale de 2024. Certains imputent cela à la mauvaise gestion, d’autres prient Dieu. L’hydrologiste Ionuț Minea, spécialiste des vulnérabilités des aquifères dans la région, estime que la moitié du problème vient de la mauvaise gestion locale et de la surexploitation, le reste étant attribuable au changement climatique. La montée du niveau de vie en zone rurale a conduit plus de personnes à se raccorder aux réseaux centralisés ou à installer des pompes dans leurs puits, mettant davantage à mal les réserves. « Le niveau des eaux souterraines a chuté de jusqu’à 10 mètres dans certaines zones », prévient-il.
Des images illustrent la dégradation des sources. Ionuț Minea, par exemple, est en train de remplir un puits asséché avec l’eau d’un réservoir local installé par les autorités. La situation devient critique : si la gestion n’est pas améliorée, ces réserves risquent de disparaître pour de bon.
Réseaux défectueux et fuite de ressources
En Italie, dans plusieurs régions, le changement climatique met en évidence les conséquences de décennies de gestion inefficace de l’eau. Partout, des populations subissent des pénuries même lorsque des eaux souterraines restent disponibles, et ces interruptions ne sont plus saisonnières, mais permanentes, même en hiver.
Le début décembre 2024 offre un exemple frappant : sous un ciel gris, les chênes, bouleaux et eaux abondantes au pied des imposantes falaises calcaires créent une atmosphère humide. Pourtant, dans la région du massif de la Majella, en Abruzzes, un des réservoirs majeurs d’eau du centre de l’Italie, près de 130 000 foyers dans 69 communes, dépendant de sources naturelles, subissent des coupures d’eau quotidiennes depuis juin. Si ce phénomène n’est pas inédit, c’est la première fois qu’il perdure à ce rythme durant l’hiver.
En Abruzzes, 96,6 % de l’eau provient des aquifères souterrains, en raison de la richesse de ses nappes carbonatées capables de stocker de grandes quantités d’eau. Toutefois, les inefficacités dans leur gestion posent problème. Sergio Rusi, professeur associé en hydrogeologie à l’université G. d’Annunzio de Chieti-Pescara, explique : « La ressource est là, c’est la gestion qui pose problème, surtout en raison des enjeux politiques. » La répartition de l’eau souterraine dans la péninsule n’est pas homogène, mais tous s’accordent pour dire que la gestion doit s’adapter à la réalité du terrain. Cristina Di Salvo, du CNR, souligne : « Plus que le changement climatique, c’est la gestion qui fait défaut. Il manque des réseaux de surveillance permettant de comparer les données dans le temps et d’estimer précisément les réserves quantitatives. »
Les infrastructures hydrauliques italiennes datent majoritairement de plus de 30 ans. La multiplication des gestionnaires, publics et privés, complexifie davantage la tâche. Dans la province de Chieti, en particulier, le taux de fuite des canalisations dépasse 60 %, bien au-delà de la moyenne nationale de 42 %. La société SASI, responsable de la distribution dans 87 communes, attribue ces coupures à la nature. Sur un grand écran de ses bureaux à Lanciano, à mi-chemin entre le massif de la Majella et la mer Adriatique, Fabrizio Talone montre l’évolution du débit du principal point de sortie, la source Verde. Son débit est passé de plus de 2000 litres par seconde en juin 2017 à moins de 900 en octobre 2024 ; la norme étant de 1200 litres par seconde.
Selon les experts, même avec ce débit minimal, la quantité d’eau disponible, notamment via des puits d’urgence, suffirait à couvrir les besoins des 40 communes alimentées par la source Verde. Pourtant, les coupures d’eau, principalement lors des soirs et des nuits, persistent depuis plusieurs mois. « C’est une véritable torture », déplore Vittoria Camboni, professeure de littérature à Ortona, vice-présidente de l’association Acqua Nostra. De nombreux habitants, également dans d’autres petits villages, attribuent ces difficultés à une mauvaise gestion, notamment à SASI ou aux autorités. Ils doivent souvent faire face à des coûts imprévus pour augmenter la pression de l’eau ou acheter de l’eau en bouteille, ce qui rend leur vie quotidienne encore plus compliquée.
Le manque d’eau impacte aussi les familles où certains membres ont besoin d’une assistance particulière. Livia Poeta, mère de 57 ans d’un adolescent atteint du syndrome de Down, témoigne : « La perte d’eau a bouleversé la scolarité de mon fils. Nous lui avons appris à tirer la chasse, mais depuis les coupures, il a perdu cette habitude. » La pénurie d’eau remet également en question la vie quotidienne, la santé et l’éducation des plus vulnérables.
En janvier 2025, Vittoria Camboni et une quarantaine de citoyens ont déposé une plainte officielle auprès de SASI pour dénoncer la souffrance causée par ces coupures. Ils réclament des mesures concrètes pour remédier à cette situation et une compensation aux dommages subis. En attendant, ils espèrent une conciliation par l’Autorité de régulation de l’énergie, des réseaux et de l’environnement (ARERA), faute de quoi ils envisagent une action judiciaire.
Après une conférence de presse en mars 2025, où SASI annonce la fin des coupures planifiées liées à la source Verde, certains communes continuent cependant de subir des coupures quotidiennes en soirée. La priorité, selon les spécialistes, doit être de réduire les pertes dans le réseau. Pour cela, des équipements de surveillance du débit et des pressions ont été récemment financés, pour localiser précisément les fuites. Par ailleurs, la société SASI bénéficie d’un budget de plus de 52 millions d’euros grâce au PNRR du ministère des Infrastructures, destiné à améliorer la gestion de la ressource sur la source Verde, avec une échéance fixée à la fin mars 2026.
Vittoria Camboni, épouse de cette lutte collective, supervise également une action en justice sur Facebook, rassemblant quelque 1 600 membres. Dans son appartement d’Ortona, elle raconte que chaque jour, elle reçoit des messages de personnes épuisées par ces coupures. Elle souhaite poursuivre la lutte, mais la fatigue se fait sentir, au point qu’elle envisage de quitter l’Abruzzes pour retourner en Sardaigne, sa terre natale, dès que son fils sera indépendant.
Pressions multiples et gestion à la croisée des chemins
La gestion, la maintenance et la rénovation des infrastructures hydrauliques sont des défis cruciaux à l’échelle européenne, souligne Fanny Frick-Trzebitzky, responsable d’une équipe de recherche à l’ISOE de Francfort. Elle insiste sur le fait que cette gestion doit couvrir l’ensemble du cycle de renouvellement, d’extraction et de rejet, en intégrant le changement climatique. Étant donné la lenteur de la recharge des aquifères, des solutions doivent être mises en œuvre dès maintenant. « Si un changement climatique violent entraîne une baisse durable des niveaux, il n’y aura pas moyen de revenir en arrière », avertit-elle.
Le changement climatique ne se traduit pas seulement par une augmentation des sécheresses, mais aussi par davantage de pluies diluviennes. Après de longues périodes sèches, les sols restent souvent compactés, ce qui limite leur capacité à absorber l’eau. L’eau de pluie, incapable d’infiltrer le sol, s’écoule alors en surface, aggravant le risque d’inondations éclair et diminuant la recharge des nappes phréatiques.
Parmi les enjeux majeurs, l’utilisation agricole des eaux souterraines. En Europe, celles-ci représentent environ un quart de l’eau utilisée pour l’irrigation, selon l’Agence européenne de l’environnement (AEE). Face aux sécheresses récurrentes qui épuisent aussi bien les réserves de surface que celles des aquifères, les agriculteurs augmentent la pression sur ces dernières. Cela peut entraîner des phénomènes comme l’intrusion saline, qui a rendu de l’eau souterraine impropres à la consommation dans certaines zones, à l’image de Muravera, en Sardaigne, où la salinisation a fortement compromis l’accès à une eau potable.
L’intrusion saline est un phénomène naturel, fréquent dans les zones côtières. Cependant, l’activité humaine accentue ces intrusions, comme à Muravera, où plusieurs facteurs se combinent : changements climatiques, construction de barrages, systèmes de défense contre les inondations, ou encore exploitation touristique et agricole. La ville de Muravera, qui compte 5 000 habitants, dépend exclusivement de puits. Jusqu’à l’année précédente, les agriculteurs utilisaient eux aussi cette ressource, mais une nouvelle distribution souterraine, puisant en partie dans la rivière Flumendosa, a été mise en place. Certains exploitants ont déjà adopté ce nouvel approvisionnement, d’autres attendent encore de revenir à l’utilisation exclusive des puits.
Les enjeux liés à l’eau dans ces régions sont aussi exacerbés par la priorité donnée à certains usages. Alors que les habitants subissent des coupures ou en redoutent l’arrivée prochaine, certains industriels bénéficient de privilégies. C’est notamment le cas à Baruth, dans le Land de Brandebourg, une des régions allemandes les plus arides.
Au sein d’un parc industriel proche de la ville, une cheminée fumante perce les bâtiments. À une heure de route au sud de Berlin, une confrontation se joue autour de l’accès à l’eau en période de pénurie. La société Wabau, spécialiste de la mise en bouteille d’eau minérale depuis les années 1990 dans cette région, a été achetée en 2023 par Red Bull, qui a en même temps une large part dans la production de la société Rauch.
Wabau puise la totalité de son eau potable dans des aquifères. Après la vente de sa majorité à Red Bull, certains habitants craignent désormais une pénurie d’eau. La société dispose d’une licence d’exploitation de 2,5 millions de mètres cubes par an, dont 92 % sont réservés aux besoins de Red Bull, le reste alimentant la population locale. La société prévoit aussi d’agrandir ses installations, ce qui augmentera sa demande en eau. Ce projet d’expansion soulève des critiques, notamment environnementales, car il implique la déforestation sur une surface d’environ 17 hectares, dont certains en zone de protection. Les opposants estiment que cela aggrave la dégradation écologique, tandis que les partisans évoquent la création d’emplois.
Au-delà de l’usine, un espace de loisir et de résidences secondaires se dessine entre des pins rouges. En décembre 2024, l’association Radeland Siedlung e.V. a lancé une pétition contre cette extension, dénonçant « l’oubli des intérêts citoyens et la mise en danger des ressources communes au profit de profits privés ». Lukas W., membre de cette organisation, critique la stratégie des autorités : « Le peu d’eau qui nous reste est maintenant commercialisé en bouteilles, dans des emballages non respectueux de l’environnement. »
Dans la ville, Frank Zierath, à la tête du fournisseur local d’eau, montre une carte des aquifères, assurant que le service à Baruth peut perdurer des siècles. Mais il ne peut fournir de chiffres précis concernant la quantité d’eau souterraine disponible, car les contrats signés avec Red Bull restent secrets.
La région de Brandebourg devient de plus en plus sèche. La nappe phréatique descend, et les incendies de forêt se multiplient, ce qui accroît la consommation en eau. « Quand on ouvre le robinet, l’eau coule », explique Michael Rippl-Bauermeister, éleveur de forêts à Baruth. Mais il observe chaque jour que la nature souffre : chênes mourants, ruisseaux qui se tarissent. Il caresse l’écorce rugueuse d’un vieux chêne à ses branches dépourvues de feuilles : « La forêt que nous connaissons aujourd’hui n’existera plus demain. Je serai heureux si quelques arbres subsistent. »
Inégalités dans l’accès à l’eau
L’exploitation excessive des eaux souterraines a des effets dévastateurs sur les écosystèmes. L’experte en gestion de l’eau, Frick-Trzebitzky, alerte : un prélèvement massif affaiblit la forêt, les arbres perdent leur humidité et deviennent plus vulnérables aux maladies et aux parasites. Elle souligne que l’eau souterraine n’est pas seulement une ressource, mais aussi un écosystème, abritant de nombreuses organismes qui participent à la filtration et à l’entretien de la qualité de l’eau. Lorsque ces niveaux chutent brutalement, ces écosystèmes fragiles risquent de s’effondrer, ce qui impacte leur santé, leur accessibilité et leur qualité.
En l’absence de réponses rapides et efficaces des autorités, les populations vulnérables trouvent leurs propres solutions. En pleine saison estivale 2024, 167 localités rurales ou semi-rurales de Roumanie du nord-est ont connu des restrictions d’eau. Près de la moitié de la population n’est pas raccordée à un réseau centralisé, dépendant uniquement de puits privés, dont plus de 4 300 ont séché d’ici fin juillet.
Une nouvelle fois, l’attention se tourne sur la nécessité d’une action collective et de militantisme pour faire face à ces enjeux. « Pour échapper à l’abandon, il faut de l’activisme et une réelle implication politique », résume Frick-Trzebitzky. Sans cela, ces villages éloignés continueront à voir leur environnement et leur mode de vie se dégrader.
Les collines verdoyantes sont désormais jaunies, et les villageois doivent tirer l’eau avec des charrettes ou des tracteurs. À Coștiugeni, dans le Botoșani, Paul,vrier saisonnier en Hollande pendant une partie de l’année, parcourt les puits abandonnés pour collecter de l’eau gratuitement, ne facturant que le carburant. « Les éleveurs de moutons sont désespérés », confie-t-il.
Certaines communautés ont reçu une aide ponctuelle de pompiers ou des solutions improvisées comme des bassines ou des tonneaux recueillant l’eau de pluie. Mais sans système centralisé de captage, ces mesures restent temporaires. Amber Wutich, anthropologue à l’Université d’État d’Arizona, qualifie cette situation d’« autogestion », ou auto-alimentation, où les populations, en l’absence de réponse publique, construisent leur propre système social et hydraulique. Elle met en garde : « L’autogestion peut renforcer l’abandon par l’État, car elle justifie le désinvestissement. Pour sortir de cette spirale, il faut un engagement politique fort. »
Ce n’est pas une crise que les habitants peuvent résoudre seuls. Bien que la Directive-cadre sur l’eau de l’UE encadre la gestion et favorise des avancées réglementaires, toutes les données disponibles indiquent que ses objectifs ne seront pas atteints d’ici 2027. Frick-Trzebitzky rappelle que chaque région présente des caractéristiques distinctes, imposant une gestion adaptée à chaque territoire, combinant action locale et coordination régionale. La priorité, estime-t-elle, doit être d’assurer que l’eau de pluie pénètre dans le sol plutôt que de s’écouler en surface, ce qui est crucial pour la recharge des nappes phréatiques.
Elle souligne également que certaines régions privilégient encore des transferts longs de l’eau, une solution qui, si elle peut apporter un soulagement ponctuel, déplace le problème ailleurs. La gestion de l’eau doit s’accompagner de structures décisionnelles plus souples et participatives, telles que des conseils de gestion de l’eau où acteurs locaux et experts travaillent ensemble pour équilibrer les usages.
De retour à Vânători-Neamț, le garde de sécurité regarde son compteur, désespéré. « On active toutes les pompes à 6 heures, mais elles s’arrêtent toutes après un quart d’heure. Il n’y a tout simplement pas assez d’eau. » La pénurie ne concerne cependant pas tout le monde de la même façon.
À Târgu Neamț, à seulement dix minutes de route, la crise est invisible. Au coucher du soleil, la ville bat de ses plus belles couleurs, et une large pelouse fleurie accueille deux femmes âgées discutant sur un banc. Une d’elles remarque : « On a eu de l’eau tout l’été ». Mais elle ajoute, résignée : « Si l’eau coule et que personne ne limite la consommation, chacun en prend à sa guise. »
Amber Wutich insiste : l’accès à l’eau est toujours encadré par un système social. « Si l’on veut une répartition plus équitable, il faut s’attaquer aux causes politiques et sociales, pas seulement à l’infrastructure. » La contrastée image de villages assoiffés dans des régions où coule encore l’eau librement traduit une crise profonde d’inégalités. Celle-ci risque de se généraliser rapidement dans toute l’Europe si aucune action résolue n’est engagée.
*Certaines personnes interviewées ont préféré préserver leur anonymat par crainte de représailles liées à leur prise de parole sur la gestion locale des ressources en eau souterraine.
*Cette enquête a été réalisée avec le soutien de Journalismfund Europe.
