Dominique Barthier

Monde

La guerre au Moyen-Orient pourrait enfin pousser l’Indonésie vers les énergies renouvelables

La guerre qui se déploie désormais entre les États‑Unis, Israël et l’Iran secoue déjà les marchés énergétiques mondiaux. Des frappes de missiles, des attaques par drones et la perturbation des courants maritimes ont ébranlé le golfe Persique, l’une des artères les plus cruciales du commerce pétrolier planétaire. Le détroit d’Ormuz, point par où transite une part significative du pétrole mondial, a connu de fortes perturbations depuis le début du conflit.

Les répercussions économiques sont immédiates. Les cours du pétrole ont bondi, les marchés intégrant le risque d’interruptions de l’approvisionnement et d’une instabilité prolongée. Les analystes avertissent qu’un conflit prolongé pourrait faire franchir le pétrole au-delà des 100 dollars le baril et intensifier l’inflation dans les économies dépendantes des importations.

Pour l’Indonésie, la guerre représente un danger clair. Le pays reste fortement tributaire du pétrole brut importé et des carburants raffinés. Quand les prix mondiaux grimpent, le fardeau budgétaire s’alourdit par les subventions à l’essence et par des factures d’importation plus élevées. Pourtant, les crises créent souvent des opportunités de changement structurel. Le choc pétrolier actuel pourrait devenir un catalyseur permettant à l’Indonésie d’accélérer une transition énergétique longtemps repoussée.

Une crise pétrolière mondiale ne doit pas être traitée uniquement comme une urgence à court terme. Elle doit aussi être envisagée comme un levier pour accélérer le passage à des systèmes énergétiques plus propres et plus résilients. L’Indonésie, comme le reste du monde, doit investir dans ce changement dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Expansion des énergies renouvelables

L’étape la plus immédiate est l’électrification. Les secteurs des transports et de la logistique en Indonésie restent profondément dépendants du diesel. Camions, bus et flottes de livraison consomment des volumes importants de pétrole importé. Électrifier ces systèmes permettrait de réduire l’exposition à la volatilité du pétrole mondial. Des bus électriques pour les transports urbains, des corridors de fret électriques pour la logistique et des deux-roues électriques pour la mobilité urbaine pourraient faire diminuer sensiblement la demande de pétrole. Quand l’électricité provient de plus en plus de sources renouvelables, les avantages économiques se multiplient.

Le secteur électrique revêt également une importance majeure. De nombreuses régions en Indonésie dépendent encore de générateurs à moteur diesel, notamment sur les îles éloignées. Cette production d’électricité au diesel est coûteuse et repose fortement sur la logistique des carburants. Remplacer ces installations par des systèmes renouvelables offrirait des gains immédiats.

L’Indonésie dispose aussi d’un potentiel considérable en énergies renouvelables. L’énergie solaire pourrait atteindre environ 100 gigawatts grâce à une déploiement massif de panneaux à travers l’archipel. L’énergie éolienne pourrait fournir près de 154,6 gigawatts de capacité, et l’hydroélectricité contribuerait potentiellement à hauteur de 89,3 gigawatts. La technologie et les ressources humaines existent déjà; il ne manque plus qu’une politique gouvernementale déterminante.

Une expansion majeure des renouvelables réduirait également le fardeau des subventions énergétiques. Les importations de diesel exposent le budget national à des pics mondiaux de prix, et les systèmes d’énergie renouvelable, une fois installés, fonctionnent sans importations de carburant. Le résultat est une électricité plus prévisible et une plus grande stabilité budgétaire.

La politique publique devrait donc se concentrer sur l’accélération des investissements dans les énergies renouvelables, en particulier dans le secteur électrique. Des incitations fiscales peuvent soutenir l’installation de panneaux solaires, d’éoliennes et de centrales hydroélectriques. Des crédits d’impôt, des financements à conditions avantageuses et des accords d’achat d’électricité à long terme attireraient des investisseurs nationaux comme internationaux.

L’Indonésie s’est déjà fixé un objectif d’au moins 23 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique national. Ce niveau devrait être considéré comme un seuil minimal plutôt qu’un plafond. Plus la part renouvelable est élevée, plus le bouclier de l’Indonésie face aux chocs externes — telle une flambée des prix du pétrole — sera robuste. Cependant, toutes les réponses politiques ne s’orientent pas nécessairement dans cette direction.

Les compromis environnementaux et la sécurité énergétique

Une des réponses fréquemment envisagées face à la hausse des prix du pétrole consiste à étendre les mandats de mélange biodiesel. L’idée d’évoluer vers le B50 — un mélange biodiesel à 50 % d’huile de palme et de diesel — est souvent présentée comme une solution pour la sécurité énergétique. Or ce n’est pas une solution idéale, car ce mélange dépend encore du diesel fossile. Le système demeure dépendant des carburants fossiles importés. Voilà la faiblesse fondamentale de cette politique. Le mélange réduit la demande de diesel, mais ne l’élimine pas.

Les répercussions environnementales méritent aussi attention. L’expansion des plantations de palmier à huile peut aggraver la déforestation et la dégradation écologique. Les récentes inondations observées dans certaines régions de Sumatra ont déjà suscité des inquiétudes quant à la perte de zones d’absorption des eaux liées à l’expansion des plantations. Plusieurs entreprises dont les permis avaient été révoqués étaient associées à des violations environnementales liées à l’activité des plantations.

Une expansion plus poussée des plantations pourrait engendrer de nouveaux risques. En Papouasie, le développement à grande échelle de palmier à huile soulève des craintes de conflits fonciers avec les communautés locales et une déforestation accrue. Une stratégie plus propre existe ailleurs: des fermes solaires, des projets éoliens et des installations hydroélectriques permettent de réduire la demande de combustibles fossiles sans déclencher les compromis environnementaux liés à une expansion à grande échelle des plantations.

L’Indonésie devrait aussi renforcer ses engagements internationaux pour sortir des combustibles fossiles. Rejoindre le Traité de non‑prolifération des combustibles fossiles offrirait une feuille de route claire pour réduire la dépendance au pétrole brut tout en accélérant les investissements dans les systèmes d’énergie renouvelable.

Le moment de diversifier

La guerre au Moyen-Orient est une crise géopolitique aux conséquences mondiales. Les prix du pétrole montent fortement; les routes commerciales restent instables; les pays dépendants des importations commencent à ressentir la pression. Pour l’Indonésie, la leçon est simple: la sécurité énergétique ne peut pas dépendre de combustibles fossiles importés vulnérables à des conflits éloignés.

La guerre actuelle pourrait déstabiliser les marchés de l’énergie, mais elle peut aussi offrir l’élan politique nécessaire pour accélérer la transition de l’Indonésie vers l’électricité renouvelable. Les crises obligent souvent à faire des choix que la politique normale retardait, et l’Indonésie est désormais confrontée à l’un de ces moments critiques. La question n’est plus de savoir si l’Indonésie saisira cette opportunité pour diversifier son mix énergétique ou rester dépendante du pétrole.

[Kaitlyn Diana a édité cet article.]

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.