Dominique Barthier

Etats-Unis

Canada en guerre commerciale: tarifs douaniers de Trump

Imaginez-vous propriétaire discret d’une belle maison à deux étages, sur un grand terrain, dans un quartier arboré, vivant à côté d’un voisin aimable et serviable qui vous rendrait une tasse de sucre ou déneigerait votre allée en hiver si vous étiez malade. De nombreuses conversations par-delà la clôture sur la météo et la Série mondiale. Un jour, vous vous réveillez et découvrez que le voisin bienveillant est parti et qu’un gang de bikers a emménagé. Et maintenant, que faire ? Déménagez-vous ? Offrez-vous des muffins en signe de générosité ? Vous adressez-vous à votre voisin au sujet des moteurs rugissants à deux heures du matin ? Vous choisissez-vous de passer inaperçu et d’espérer qu’ils partiront bientôt ?

C’est le dilemme du Canada.

Les échecs des pourparlers commerciaux entre le Canada et les États-Unis mettent en lumière les conséquences d’une dépendance, génération après génération, envers son grand voisin.Face au régime Trump, volatile, belliqueux et fondamentalement peu fiable, le gouvernement canadien doit désormais réfléchir en dehors des cadres d’une simple amitié ou d’une coopération continentale. Le Canada a toujours été un pays nord-américain, naviguant avec prudence dans sa relation avec une superpuissance militaire mondiale, un géant culturel et un mastodonte commercial — les États‑Unis. Le Canada a été un voisin ami, bienveillant et favorable, mais il a souvent eu tendance à profiter du système américain sans contribuer à sa mesure. Nous avons laissé notre appareil militaire s’atrophir et avons manqué à nos engagements envers l’OTAN. Nous avons aussi des politiques agricoles domestiques dont le dessein — pas seulement l’effet — est d’allouer les ressources selon des principes non marchands et anticoncurrentiels. Et maintenant, alors que l’Amérique devient une ennemie au lieu d’un amie, nous nous retrouvons bloqués.

Le président américain Donald Trump a en grande partie raison de dire que le Canada a profité des États-Unis. Mais la relation de M. Trump avec la vérité est au mieux aléatoire. Il est, avant tout, aveugle aux charges de l’hégémonie mondiale. Il y a un prix à payer pour le leadership, et les gouvernements américains l’ont compris depuis des générations. Ensuite, le style de leadership de M. Trump est impulsif, fondamentalement transactionnel, dépourvu de fondement factuel, résolument court-termiste et, par-dessus tout, dicté par le besoin de domination et de reconnaissance. On dit que cet homme ment pour gagner sa vie. Au minimum, on ne peut plus faire confiance à ce qu’il dit.

La guerre tarifaire de Trump et la politique de l’intimidation

Pendant des années, c’était la gauche politique qui favorisaient la protection. Dans les années 1970, le premier ministre canadien Pierre Trudeau réexamina les investissements étrangers et tenta de « canadianiser » l’industrie énergétique, qui était largement dirigée par des multinationales américaines. Pendant ce temps, les républicains américains prônaient le libre-échange, préconisant l’externalisation de la fabrication vers des pays à coût réduit afin de rendre les biens de consommation abordables pour les Américains.

Aujourd’hui, le Parti républicain de Trump (GOP) est attaché à la théorie mercantiliste de l’autosuffisance nationale, utilisant les tarifs douaniers pour accroître les recettes du Trésor américain, bloquer l’importation de biens bon marché et sophistiqués, et stimuler le rapatriement des capacités manufacturières perdues. S’il existe une étoile polaire dans la pensée politique de Donald Trump, c’est la quête des tarifs.

Une autre caractéristique de la personnalité de Trump est pertinente. Il est un intimidateur. Et les intimidateurs sont fondamentalement des lâches. Les intimidateurs frappent ceux qui sont moins forts et vulnérables. Manquant de courage, ils craignent les forts. Si M. Trump voulait réellement s’attaquer à la désindustrialisation américaine, il s’en prendrait à la Chine. Comme l’a écrit le chroniqueur Michael Lind récemment, « d’ici 2023, la part de la Chine dans la production manufacturière mondiale avait bondi à 28 %, dépassant même la somme de la production des États‑Unis, du Japon et de l’Allemagne ». Le gain de la Chine est la perte pour l’Amérique.

Les Chinois sont plus malins, plus patients, plus obstinés, plus stratégiques et désormais plus puissants sur le plan économique que les États‑Unis. La Chine est trop forte pour se laisser intimider. Il est plus facile de s’en prendre à un ami, à un allié et à un voisin dont l’approche envers les États‑Unis a toujours été fondée sur la coopération plutôt que sur la compétition — gagnant-gagnant, et non zéro-sum.

Une relation de libre-échange qui se dénoue

Le Canada entretient un accord de libre-échange avec les États‑Unis depuis 1989. Le Mexique a rejoint en 1992. Depuis lors, l’opposition au libre-échange au Canada s’est largement dissipée. L’arrivée de Trump a bouleversé les entendements communs. Tout était désormais à renégocier.

Il y a deux ans, nos accords de libre-échange ont été renégociés. Mais le président Trump est un faiseur d’accords, non un garant des accords. Il a récemment annoncé de nouveaux tarifs sur certaines importations canadiennes, entraînant le Canada dans de nouvelles négociations. Celles-ci se sont conclues le 21 août sans entente. Les tarifs Trump doivent se poursuivre.

Les raisons de l’échec de l’accord restent obscures. Mais il y a des indices. Les Canadiens affirment que les exigences de dernière minute étaient inacceptables. Les Américains réclamaient l’accès aux ressources canadiennes et que le Canada s’engage à des restrictions sur la manière dont il peut négocier des accords avec d’autres pays. Les Américains voulaient aussi que le Canada renonce aux demandes selon lesquelles les grandes plateformes américaines de streaming privilégient le contenu canadien et, dans le cas du Québec, le contenu en langue française. Les Canadiens estiment que ces exigences portent atteinte à la souveraineté canadienne et sont donc inacceptables. Les Américains voulaient aussi démanteler les systèmes de gestion de l’offre qui régissent la production et la consommation de produits agricoles comme le lait et la volaille. Surtout au Québec, c’était une impasse absolue.

Ainsi, les Canadiens se sont retirés d’un accord qu’ils pensaient être assorti de concessions majeures en échange de tarifs réduits. Une immense majorité de Canadiens applaudit la décision de leur premier ministre. Il y a là une certaine sagesse à s’en tenir à une position ferme. Après tout, le bilan de M. Trump montre que n’importe quel accord peut être modifié ou abrogé unilatéralement. Comme l’a dit le premier ministre canadien Mark Carney, Trump signe au crayon. Peut-être se demande-t-on pourquoi le gouvernement avait accepté de négocier dès le départ.

La position coûteuse du Canada face à Washington

En réaction aux nouveaux tarifs américains, le Canada a annoncé des mesures de rétorsion équivalentes en valeur. Les États‑Unis ont répliqué par d’autres tarifs sur les biens canadiens destinés au marché américain. Les Canadiens restent fiers et parfois moralisateurs face à l’arrogance du « Roi Orange ». Mais le Canada n’est qu’un dixième de la taille des États‑Unis et demeure fortement exposé aux schémas commerciaux américains. Notre volonté de souffrir pour nos principes n’est pas particulièrement profonde.

Évidemment, le gouvernement canadien espère que la guerre tarifaire nuira aux intérêts commerciaux et aux consommateurs américains avant les élections de mi-mandat de l’automne. Trump et le GOP ont des rapports de force faibles dans les sondages, et les électeurs américains sont agités. L’inflation, le prix de l’essence, le coût de la vie et l’opposition aux opérations d’Immigration et de Douane ont érodé le soutien au GOP. Les indépendants qui avaient aidé à élire Trump en 2024 l’ont en grande partie abandonné. Peut-être que la guerre commerciale viendra alors restreindre les ailes du GOP.

Dans l’intervalle, les Canadiens, comme tant d’autres, comptent les jours jusqu’au 7 novembre 2028 — et espèrent que le dilemme se résoudra d’une manière ou d’une autre.

[La rédaction a adapté cet article.

Dominique Barthier

Dominique Barthier

Journaliste passionné par la vie publique, j'explore les rouages de la politique française depuis plus de dix ans. J’ai à cœur de rendre l'information accessible, rigoureuse et engageante pour tous les citoyens. Chez ElectionPrésidentielle.fr, je décrypte l’actualité avec une exigence constante de clarté et d’indépendance.