La guerre au Yémen s’éternise depuis près d’une décennie. Malgré des milliers de frappes aériennes, des opérations militaires, des alliances qui se défont et des initiatives de paix internationales vouées à l’échec, le conflit reste irrésolu. Il est fragmenté et dangereusement mal compris.
La majeure partie de l’attention mondiale se porte sur les événements qui font la une: tirs de missiles dans la mer Rouge et sur Israël, attaques par drone et le calcul stratégique derrière les frappes aériennes américaines et israéliennes. Mais pour comprendre la crise yéménite et tracer une voie de sortie, le monde doit dépasser les tactiques militaires et saisir les forces profondes qui alimentent ce conflit dangereux.
Limites de l’intervention militaire au Yémen
Depuis l’intervention militaire de la coalition arabe en 2015, et plus récemment avec des frappes dirigées par les États‑Unis contre les Houthis et des attaques israéliennes sur des infrastructures civiles, les efforts visant à contenir ou affaiblir les Houthis par la force se poursuivent. Ces efforts n’ont pas produit les résultats escomptés. Les Houthis, soutenus par le régime iranien, restent profondément enracinés, notamment dans le nord du Yémen, y compris la capitale Sanaa. Dans bien des cas, ils ont renforcé leur position en utilisant ces attaques pour rallier le soutien de l’opinion publique.
Nous devons réaffirmer ce que de nombreux analystes et responsables ignorent. Les Houthis sont un mouvement chiite zaydite du nord. Leur pouvoir réside dans le nord, et non dans le sud. Ils se sont imposés à la population du nord par la force. Ils estiment avoir un droit divin de diriger le pays.
Les frappes militaires peuvent perturber les attaques contre les voies maritimes, mais cela ne fait que prolonger le conflit. L’intervention militaire ne s’attaque pas aux raisons qui expliquent la montée des Houthis ni aux conditions politiques et sociales qui soutiennent leur pouvoir. Le monde ne peut pas résoudre la guerre au Yémen en restant à des milliers de mètres d’altitude. Il faut un engagement politique et un processus de paix accéléré avec de vrais objectifs et des intentions clairs.
Ces actions encouragent les Houthis, favorisent une mobilisation armée plus large et rétrécissent l’espace déjà limité pour la diplomatie. Elles aident les Houthis à renforcer leur prétention à être une force de résistance face à l’ingérence étrangère. Cette posture leur a permis de gagner des soutiens tant au niveau local qu’international. Certains soutiennent que la campagne de bombardements leur a permis de se présenter comme des victimes plutôt que comme des agresseurs.
Quelle est l’alternative ?
La communauté internationale doit changer sa stratégie. Une pression ciblée par le biais de sanctions et de mesures militaires limitées peut jouer un rôle, mais la pression sans une feuille de route politique échouera. Elle n’amènera pas les Houthis à la table des négociations. Elle les isolera.
Les puissances étrangères ont besoin d’une formule politique qui affaiblisse suffisamment les Houthis pour rendre les négociations possibles et qui reconnaisse les nouvelles réalités du Yémen. Cette guerre n’est plus un conflit à deux faces. Elle comporte plusieurs centres de pouvoir. Chaque centre bénéficie de sa propre légitimité, de son public et de sa puissance militaire.
Parmi les centres les plus importants et souvent négligés figure le Conseil de Transition du Sud (CTS) — un mouvement indépendant dans le sud du Yémen. Après l’invasion du Sud par les Houthis en 2015, le CTS aurait pu adopter une trajectoire similaire à celle des Houthis. Au lieu de cela, il a coopéré avec la communauté régionale et internationale pour poursuivre une résolution pacifique. Beaucoup de leurs partisans remettent aujourd’hui en question ce choix.
Le CTS n’est pas un acteur marginal. Il représente les espoirs de millions de personnes du Sud qui aspirent à l’indépendance ou à l’autonomie. Le CTS dispose d’un pouvoir militaire et bénéficie d’une légitimité populaire dans de nombreuses régions du Sud. Il a aussi contribué à repousser l’offensive des Houthis vers le Sud en 2015. Ce faisant, il a réussi là où d’autres, reconnus internationalement et soutenus régionalement, avaient échoué.
Compte tenu de l’importance du CTS dans la politique du Sud, l’exclure des futures négociations de paix favoriserait l’instabilité. Ignorer le Sud dans un accord de paix risque de déclencher une nouvelle guerre entre le Nord et le Sud. Ce n’est pas une théorie, mais une menace ancrée dans l’histoire et les tensions actuelles.
Tout règlement durable doit inclure le CTS comme partenaire égal des Houthis, du gouvernement reconnu et des acteurs régionaux. L’équité seule ne suffit pas; une nécessité stratégique l’exige. Sans le Sud, la paix au Yémen sera partielle, fragile et de courte durée.
La communauté internationale doit envisager des alternatives au vieux modèle d’unité centralisée. Une solution à deux États devrait être envisagée. À tout le moins, le Yémen a besoin d’un système fédéral profondément décentralisé, car l’architecture actuelle est brisée. Forcer l’unité par un gouvernement central qui demeure illégitime dans une grande partie du pays n’est pas réaliste.
Une vision plus large de la paix
Les États‑Unis doivent prendre l’initiative de ces pourparlers de paix. Washington dispose des leviers pour influencer les acteurs locaux et régionaux, en particulier l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, et les pousser vers une feuille de route politique inclusive et réaliste. Ils doivent cesser de s’appuyer sur la force militaire et soutenir une stratégie diplomatique visant une stabilité à long terme. Le projet d’unité centralisée a échoué. Reconnaître les réalités sur le terrain ne fragilise pas la paix; cela la rend possible. Ce tournant servira les intérêts américains et internationaux. Il aidera à sécuriser les voies maritimes de la mer Rouge, à réduire l’influence iranienne et à restaurer la crédibilité des États-Unis en tant que force capable de promouvoir la paix.
À mesure que les États‑Unis repositionnent leur rôle, l’ONU doit aussi réévaluer ses performances. Ses efforts de médiation n’ont pas donné de résultats majeurs. Pour devenir un véritable médiateur, l’ONU doit accélérer les négociations, exercer une pression diplomatique et élargir l’effort de paix pour inclure toutes les parties majeures. L’effort de paix actuel et ses résolutions de soutien sont dépassés. Ils ne reflètent pas la répartition réelle du pouvoir au Yémen. Sans changements, ils ne produiront pas de résultats concrets.
Les gouvernements occidentaux, en particulier les États‑Unis et leurs alliés européens, doivent agir en parfaite coordination. Soutenir l’avenir du Yémen nécessite bien plus qu’une trêve, de l’aide humanitaire ou des échanges de prisonniers. Il faut reconstruire les institutions, mettre en place des mécanismes équitables de partage des ressources et soutenir le dialogue entre toutes les forces politiques, en particulier celles qui sont liées à des acteurs extérieurs. Cela implique également de travailler avec l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, qui exercent encore une influence importante sur les affaires politiques et militaires du Yémen.
Les frappes aériennes ne mettront pas fin à la crise yéménite, et l’exclusion d’acteurs difficiles ne la résoudra pas non plus. Le Yémen connaîtra la paix grâce à une diplomatie sérieuse, à une pression intelligente et à une reconnaissance honnête de qui détient le pouvoir sur le terrain.
Les États‑Unis et l’ONU doivent exercer une pression suffisante pour amener les Houthis à la table. Mais ils doivent aussi veiller à ce que la table intègre toutes les parties clés, en particulier les Houthis et le CTS. Sans cet équilibre, ils ne créeront pas la paix; ils ne feront que retarder la prochaine guerre.
[Kaitlyn Diana a modifié cet article.

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