L’énergie géothermique, issue de la chaleur emmagasinée sous la surface de la Terre, est considérée comme l’une des sources d’énergie renouvelable les plus prometteuses, bénéficiant d’un potentiel encore largement inexploité. Cependant, l’expérience des communautés locales en Europe diverge : tandis qu’en Italie, beaucoup associent cette énergie à la pollution et à la dégradation de l’environnement, certains citoyens roumains profitent déjà des avantages du chauffage géothermique.
Un espoir menacé : le cas de Montenero en Toscane
Judithe, habitante de Montenero, se remémore : « Je jouais dans ce champ et je mangeais des poires d’un grand arbre. L’idée que tout cela puisse disparaître me dévaste. » Ce petit village en Toscane est célèbre pour ses vins de qualité et son huile d’olive. Pourtant, la région pourrait bientôt accueillir une nouvelle centrale géothermique.
La Toscane possède déjà 34 centrales de production d’énergie géothermique, ce qui en fait une pionnière en Europe dans ce domaine. Récemment, l’administration régionale a renouvelé pour vingt ans les concessions d’Enel Green Power, la branche renouvelables de la compagnie nationale d’énergie italienne. Trois nouvelles installations sont en projet, dont celle de Montenero, qui sera exploitée par Gesto Energy, une des premières entreprises privées opérant dans le secteur géothermique en Italie. Cependant, les habitants locaux se plaignent du manque d’implication dans les décisions et s’inquiètent des impacts environnementaux liés à l’expansion de cette énergie.
« La seule fois où nous avons aperçu des représentants de Gesto, c’était lorsqu’ils sont venus rencontrer mon voisin. Ils voulaient lui acheter sa parcelle pour étendre le périmètre de la centrale. Nous avons profité de l’occasion pour dialoguer, mais ils n’ont même pas descendu de voiture », se souvient Judithe, qui réside à seulement 150 mètres du site du futur projet.
Sur la photo, on voit un puits géothermique dans les collines toscanes. ©Francesco Pistilli
Judithe explique que son voisin, retraité, souhaite vendre ses terres à quelqu’un qui pourrait continuer à faire vivre les traditions agricoles locales. Mais personne ne veut acheter, à cause du projet d’installation énergétique. Ce dernier a été classé d’intérêt national par le gouvernement, ce qui permet des expropriations. Par ailleurs, certains producteurs d’huile d’olive et de vin locaux ont saisi la justice pour faire appel à ce projet.
Un potentiel encore inexploité
L’énergie géothermique est vue comme l’un des axes majeurs de la transition énergétique propre. Elle est produite en exploitant la chaleur stockée sous la surface terrestre, provenant du noyau de la Terre et de la désintégration radioactive des roches. Dans les centrales géothermiques, des forages sont réalisés pour accéder à des réservoirs souterrains où circule de l’eau chaude ou de la vapeur, qui sont ensuite exploitées pour produire de l’électricité ou du chauffage.
Lorsque la température est faible (en dessous de 150 °C), cette énergie sert surtout à chauffer ou rafraîchir des bâtiments. À des températures plus élevées (de 150 à 350 °C), qui nécessitent des concessions minières plus importantes, elle peut alimenter des turbines pour produire de l’électricité. Selon la température et la profondeur, on distingue différents types de centrales : vapeur sèche, vapeur flash, ou cycle binaire.
De nombreux plans européens, tels que celui de REPowerEU ou la réglementation européenne sur la taxonomy, mettent en avant la géothermie comme un refuge clé pour une énergie propre. Certains pays comme l’Italie, l’Islande ou la Turquie ont déjà une base solide dans ce secteur. La stratégie nationale italienne Pniec vise une capacité géothermique installée de 1 GW d’ici 2030. Actuellement, la capacité est d’environ 916 mégawatts, ce qui implique une croissance nette d’environ 84 MW. La loi FER2 de 2024, visant à promouvoir les énergies renouvelables, offre aussi des incitations pour développer cette filière.
Une étude de 2022 menée par le Centre de recherche commun de la Commission européenne estime la capacité nette de production électrique géothermique dans l’UE à 877 mégawatts en 2021. La croissance y est « nettement inférieure à la tendance mondiale », souligne-t-elle. En revanche, la production de chaleur géothermique semble plus porteuse, avec une progression plus vive en France, aux Pays-Bas et en Pologne.
Sur la photo suivante, un travailleur dans une nouvelle centrale en Roumanie, à Oradea. ©Francesco Pistilli
Pourtant, cette ressource demeure encore largement sous-exploitée. En 2021, l’énergie géothermique représentait seulement 2,8 % de la production d’énergies renouvelables en Europe. Pour remédier à cela, le Conseil européen a demandé en décembre 2024 à la Commission une stratégie de décarbonation du chauffage et du refroidissement, ainsi qu’un plan d’action spécifique à la géothermie. Le ministre hongrois de l’Énergie, Csaba Lantos, affirmat alors : « La géothermie est une ressource renouvelable à long terme, toujours disponible, puisqu’elle ne dépend pas des phénomènes météorologiques et peut assurer une production permanente d’électricité et de chaleur. »
Selon Giuseppe Mastrolorenzo, expert au Institut de géophysique et volcanologie (INGV) en Italie, cette vision est partielle : « La géothermie n’est pas comme d’autres énergies renouvelables – le soleil est infini, il se renouvelle constamment. La géothermie ressemble plutôt au pétrole. Après avoir exploité un réservoir, il faut creuser de nouveaux forages. » Les données indiquent que la durée de vie d’une centrale géothermique est d’environ 30 ans, avec une dégradation progressive du sous-sol, qui reste modifié pendant des décennies après la fermeture.
Confits atmosphériques et hydriques
Virevoltant à travers les collines toscanes, un paysage truffé de poésie, on peut apercevoir au loin des volutes blanches émanant du mont Amiata. Ces fumées visibles sont notamment les sous-produits des centrales géothermiques.
Sur la photo, la centrale Enel Green Power de Bagnore 4, située dans la région du mont Amiata. ©Francesco Pistilli
Dans la région du sud-est de la Toscane, des initiatives citoyennes comme le réseau No Gesi (« Non à l’électricité géothermique spéculative et polluante ») s’efforcent de sensibiliser le public aux impacts environnementaux. « Nous ne sommes pas contre la géothermie en soi ; nous contestons ceux qui en exploitent la chaleur de manière polluante et nuisible », indique Cinzia Mammolotti, conseillère municipale à Abbadia San Salvatore, et membre du collectif.
Malgré la reconnaissance de la géothermie comme ressource renouvelable par l’UE, chaque centrale doit respecter des critères précis concernant ses émissions et ses impacts environnementaux pour être qualifiée de « verte ». Lorsqu’on s’approche d’une centrale à vapeur flash, on ne peut qu’être frappé par le flux constant de vapeur blanca et par le bruissement qui accompagne la sortie des fluides.
Selon un rapport de 2017 de l’agence régionale environnementale ARPAT, ces centrales émettaient en moyenne 467 238 tonnes de CO2 par an dans la région de l’Amiata, mais aussi 9,9 tonnes de méthane et 161,4 kg de mercure — ce dernier, en se répandant dans l’eau, la impropre à la consommation. Ces chiffres sont alarmants, surtout si l’on compare : une centrale utilisant le pétrole émet en moyenne moins – environ 700 tonnes de CO2 par GWh, contre 852 pour la géothermie.
Sur la photo suivante, et un géologue, Andrea Borgia, qui étudie l’impact de la géothermie dans la région. ©Francesco Pistilli
Les centrales à vapeur flash déploient aussi des substances comme l’arsenic, le sulfure d’hydrogène, et l’ammoniac, qui, libérés dans l’atmosphère, deviennent particules inhalables (PM 2.5 et PM 10). « L’impact que nous mesurons dépasse 10 microgrammes par mètre cube de particules fines », explique Andrea Borgia, qui a travaillé pour le comité technique géothermique régional et le ministère de l’Environnement. Un rapport européen de 2005, « Clean Air For Europe », évalue à près de 5 millions d’euros les dommages causés uniquement par l’ammoniac.
Dans les années 1980, deux décennies après leur mise en service, une étude de l’Institut national de santé italien avait montré une mortalité et une hospitalisation inférieures en zone Amiata par rapport à la moyenne nationale. Toutefois, ces dernières années, des recherches ont mis en lumière une corrélation entre l’exposition au sulfure d’hydrogène des centrales géothermiques et des maladies respiratoires dans la région. Par ailleurs, une étude a révélé que les employés d’Enel ont contre leur sang ou leurs urines des taux de métaux lourds jusqu’à deux fois supérieurs à la normale.
Enel, sollicitée à ce sujet, indique avoir installé des filtres à air « pour que les émissions restent dans les limites légales ». Toutefois, en 2023, seules huit inspections furent menées sur six centrales, principalement en surveillant trois polluants. Des experts craignent que la société ait un délai de 15 jours pour prévenir l’agence ARPAT et que certains filtres soient désactivés lors de phases d’exploitation spécifiques. Malgré ces contrôles limités, l’agence environnementale a relevé un dépassement de 67 % des seuils légaux de dioxyde de soufre (Or en réponse à cela, Enel affirme que d’autres mesures montrent que ces limites ne sont pas dépassées). Des initiatives citoyennes de suivi indépendant semblent corroborer ces préoccupations locales.
Sur la photo, un géologue à l’œuvre, Andrea Borgia, qui examine des changements de berges de rivières telles que le Rigo dans la province de Sienne. ©Francesco Pistilli
Les cours d’eau de la région, comme le Vivo d’Orcia, alimentent des villages tels que Siena. Selon Borgia, leur débit a chuté de moitié : « La source de Vivo d’Orcia, qui approvisionnait Siena, est passée de 100 à 50 litres par seconde. » Il ajoute que l’ouverture de la centrale de Bagnore 4, en 2014, aurait même réduit le flux d’une source thermale, San Filippo, à zéro. Des recherches confirment que lorsque les exploitations géothermiques s’arrêtent, le débit des eaux revient à la normale. Contactée, Enel dément tout lien entre ces diminutions et l’exploitation géothermique, affirmant qu’« il n’y a pas de corrélation entre les aquifères superficiels et les réservoirs géothermiques » .
Sur la photo suivante, la source de Vivo d’Orcia, autrefois abondante, aurait considérablement diminué. ©Francesco Pistilli
Les systèmes en boucle fermée : une solution prometteuse?
Pour limiter les émissions atmosphériques, des innovations technologiques ont été développées, notamment le cycle binaire. Celui-ci consiste à extraire le fluide géothermique puis à le réinjecter à un autre endroit, formant ainsi un circuit fermé. La chaleur n’est alors plus rejetée dans l’atmosphère, réduisant considérablement les nuisances.
En 2019, Sorgenia, société privée d’énergie, annonçait la construction d’une centrale à cycle binaire dans la vallée de la Paglia, à seulement cinq kilomètres du site exceptionnel de Val d’Orcia, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La même année, le plan régional pour l’énergie et l’environnement indiquait qu’un équilibre était atteint à une capacité installée de 100 MW. Aujourd’hui, cette capacité est de 121 MW, et avec de nouvelles concessions, elle pourrait atteindre 185 MW.
Pourtant, si le cycle binaire réduit la consommation d’eau souterraine et limite les émissions, il pourrait aussi provoquer une augmentation des secousses sismiques. Selon Giuseppe Mastrolorenzo, expert en géophysique, le projet de Sorgenia pourrait entraîner des tremblements d’une magnitude pouvant approcher 6.
« Imaginez un évier dont je retire l’eau. Ses propriétés changent, il se dessèche et se contracte », explique le spécialiste. « Avec le cycle binaire, si je prélève 1000 tonnes à un endroit et que je réinjecte le fluide refroidi à plusieurs centaines de mètres, il y a de fortes chances que cet équilibre soit rompu. Le sous-sol est fracturé, le fluide va où il veut », ajoute-t-il. Entre 1982 et 2009, Enel a recensé des séismes de magnitude comprise entre 0 et 4. Le projet de Sorgenia dans la vallée de la Paglia prévoit lui aussi de gérer la micro sismicité.
Les riverains, souvent installés dans d’anciens villages médiévaux, considèrent que les énergéticiens diffusent l’idée d’un « dommage acceptable ». « Les tremblements de terre sont tolérables, car ils nous rapportent de l’énergie », avoue Cinzia Mammolotti, du collectif No Gesi. Le collectif a réussi à récolter 27 000 euros en six semaines et a porté plainte devant le tribunal administratif régional. La législation régionale aurait exigé une consultation populaire pour le projet Sorgenia, mais celle-ci n’a jamais été organisée, en partie à cause du contexte sanitaire. « Le débat démocratique est essentiel – c’est alors qu’un changement se produit », affirme Nicoletta Innocenzi, une entrepreneuse.
Sur la photo, des résistances visibles dans un village médiéval, contre un projet géothermique. ©Francesco Pistilli
Après cette mobilisation, en 2020, Sorgenia a organisé une réunion d’information, mais les citoyens ont déploré que seuls les représentants de la société prennent la parole, sans possibilité pour eux de présenter leurs études ou d’intervenir. Un participant déclare : « Nous laisser parler en fin de séance, avec une question d’une minute, sans possibilité d’exposer nos propres recherches, donne une image d’un peuple peu préparé. Ce n’est pas un vrai dialogue. »
En avril 2025, Sorgenia a annoncé sa retrait du projet, invoquant des raisons économiques. Selon les représentants associatifs, leur mobilisation a permis de retarder la construction. « Je savais que ce serait un de ces bâtiments abandonnés au milieu de nulle part », confie Edoardo Meloni, militant d’une association locale opposée à la centrale.
L’Ecosistema Val d’Orcia affirme que « s’opposer à un projet qui promet énergie, emplois et aménagements, c’est apparaître comme quelqu’un qui refuse tout. Mais nous proposons aussi des solutions concrètes », notamment étendre la zone buffer de l’UNESCO, mettre en place un observatoire territorial permanent avec un comité scientifique, ou ouvrir un parc archéologique autour des vestiges médiévaux. L’objectif est d’éviter que les collines soient à nouveau Pieds dans cette voie.
L’octroi de nouvelles concessions à Enel a aussi suscité des controverses. « La région n’a même pas organisé d’appel d’offres public, ce qui aurait permis à tous de participer. Enel détient un monopole pour décider de l’utilisation des ressources sous nos maisons », dénonce un habitant.
La résistance au projet de Val di Paglia a permis une solidarité inattendue entre associations et citoyens des deux côtés du mont Amiata. Aujourd’hui, cette opposition se concentre aussi contre de nouveaux projets, comme celui de Montenero.
La Roumanie : un modèle de réussite géothermique ?
Tandis qu’en Italie, certains citoyens rechignent à accepter ce qu’ils appellent la « vente de nos terres » pour des projets géothermiques, en Roumanie, l’attitude à l’égard de cette énergie est beaucoup plus positive. Bien que Bucarest n’ait pas encore mis en place de plan national précis, dans l’ouest du pays, des projets géothermiques ont déjà apporté des bénéfices concrets aux communautés locales, en fournissant un chauffage abordable pour les habitants, les entreprises et les institutions publiques.
Sur la photo, deux femmes entrent dans la cathédrale d’Oradea, où environ 15 % des logements sont chauffés grâce à la géothermie. ©Francesco Pistilli
À Beiuș, petite ville du département de Bihor, 70 % des habitations sont désormais chauffées par l’eau géothermique. La population a abandonné le chauffage à base de bois, coûteux et polluant, dès les années 1990. Ce changement a été soutenu par tous les maires, sans distinction politique.
Jusqu’à la fin des années 1980, les habitants de Beiuș disposaient de trois heures d’eau chaude par semaine via un vieux système de chauffage central alimenté par trois chaudières au fioul. La prospection d’eau à basse température (environ 75–78 °C) a débuté en 1995. Aujourd’hui, les habitants de Beiuș payent le prix de chauffage le plus bas du pays, sans subventions publiques, contrairement à d’autres villes roumaines alimentées par des énergies fossiles. Par exemple, à Arad, à deux heures de route, le coût de l’énergie est presque deux fois plus élevé, alors que les coûts de production réels sont environ cinq fois plus importants, et le bois reste également beaucoup plus cher que la géothermie.
Valeriu Roman, résident de Beiuș, affirme : « Un mètre cube de bois coûte environ 500 lei (100 euros), et je pense que deux mètres cubes ne suffiraient pas pour un mois. Maintenant, je dépense moins de 500 lei pour tout le mois de chauffage. Je fais de vraies économies. » Quelques maisons plus loin, Viorel Ianc raconte que, malgré un début difficile, la gestion municipale s’est améliorée : « Depuis deux ou trois ans, tout fonctionne correctement. »
Sur la photo, Viorel Ianc, habitant de Beiuș, témoigne de l’évolution du système de chauffage. ©Francesco Pistilli
Oradea, capitale du département de Bihor, investit également dans la géothermie. La chaleur issue de cette source couvre actuellement 15 % des besoins de la ville, alimentant environ 15 000 logements, principalement dans le quartier Nufărul 1. Même si le coût initial de l’installation géothermique fut élevé, la municipalité estime que l’investissement sera amorti en six ans. L’objectif est de couvrir 50 % de la consommation en énergie thermique grâce à la géothermie.
Les citoyens et les responsables locaux de Beiuș et d’Oradea s’accordent à dire que la transition vers la géothermie n’est pas sans obstacles : absence de législation claire, difficulté à financer les projets, et absence d’une stratégie nationale. « La géothermie demeure encore peu abordée par le cadre législatif et les politiques publiques, car ce n’est exploité que dans quelques zones en Roumanie », explique Zamfir Todor, conseiller du maire de Beiuș. Il ajoute que l’État ne propose actuellement aucune ligne de financement spécifique pour cette filière.
En juin 2025, le ministère du Développement a lancé un programme de financement incluant un volet dédié à la géothermie. Mais l’enveloppe maximale autorisée ne dépasse pas 8 millions d’euros, une somme insuffisante pour couvrir les investissements nécessaires à Beiuș pour moderniser ses réseaux et remplacer le matériel obsolète.
Malgré ces défis, la ville d’Oradea considère que la géothermie peut contribuer à sécuriser l’approvisionnement énergétique local, réduire les factures et diminuer les émissions de CO2. A Beiuș, chaque tonne de CO2 évitée équivaut à retirer environ 11 000 voitures de la circulation.
Ce contraste entre l’approche italienne et roumaine illustre que, si l’Italie s’appuie encore fortement sur une exploitation à grande échelle, étatique, souvent contestée, la Roumanie a déjà intégré la géothermie dans ses politiques locales avec des résultats visibles et positifs pour la population. À mesure que l’Europe investira davantage dans cette ressource, ces deux expériences offrent des enseignements précieux.
Ce reportage a été réalisé grâce au soutien de Journalismfund.
