Qu’il s’agisse de politiciens affirmant que la migration perturbe l’ordre immaculé des sociétés ou de pays enfermés dans une course effrénée aux ressources, la logique de compétition à l’angle néolibéral a longtemps été la caractéristique déterminante des sociétés humaines. Or, en réalité, la coopération et la synergie comptent tout autant pour le bien-être de notre planète et de ses espèces – et pour nous aussi.
Dans le roman The Wall (Die Wand) de l’écrivaine autrichienne Marlen Haushofer, une femme découvre qu’elle est coupée du monde extérieur par une barrière invisible. Sans autres humains autour et entourée uniquement d’un chien, d’une vache et d’un chat, elle doit survivre dans les montagnes. Peu à peu, le temps et l’individualité se dissolvent, et s’impose une adhésion au rythme implacable des saisons. L’interdépendance devient la clé de la survie.
Cette narration brève mais puissante offre un contraste saisissant avec la vision dominante de la nature forgée par l’idée de « la survie du plus apte », l’emblématique formule empruntée par Charles Darwin à Herbert Spencer. Bien destinée à décrire le mécanisme de la sélection naturelle, elle a été depuis longtemps détournée comme une narration culturelle, devenant une justification de la concurrence féroce et de la primauté du succès individuel. Sous le néolibéralisme, elle est devenue le modus operandi des sociétés entières : les marchés récompenchent les plus forts, et la dépendance est perçue comme une faiblesse. Des mouvements d’extrême droite instrumentalisent cette logique jusqu’à l’extrême, en y ajoutant des angoisses culturelles et raciales pour soutenir l’idée que les hommes et les femmes ont des rôles fixes, que la sexualité n’existe que pour la reproduction, que la migration pollue des identités nationales et raciales « pures », et que la hiérarchie et l’exclusion font partie du dessin naturel.
Cependant, la biologie elle-même offre une image plus nuancée et plus large. La compétition existe certes, mais la nature englobe tout aussi bien coopération, interdépendance et adaptabilité.
La logique évolutive de la coopération
D’autres scientifiques ont proposé des perspectives sur l’évolution radicalement différentes de celle de Darwin. Dans son hypothèse Gaia, par exemple, l’Anglais James Lovelock, chimiste et chercheur en médecine, voit la Terre comme un système vivant soutenu par le synergisme entre les plantes, les bactéries, les animaux et les conditions atmosphériques.
La biologiste évolutionniste américaine Lynn Margulis, qui a co-développé l’hypothèse Gaia, a jeté les bases d’une compréhension plus large de l’évolution avec sa théorie de la symbiose. Alors que le néo-darwinisme expliquait principalement la vie par la lutte et le hasard, Margulis ajoutait un élément manquant : la coopération. Selon elle, la vie complexe ne serait pas née uniquement par élimination, mais aussi par fusion. Des bactéries qui vivaient autrefois de manière indépendante ont fini par vivre à l’intérieur les unes des autres.
L’une des contributions scientifiques les plus révolutionnaires de Margulis est sa théorie selon laquelle les mitochondries, les « piles » énergétiques de nos cellules, étaient autrefois des bactéries indépendantes. Ces micro-organismes ont été absorbés par des cellules plus grandes qui, au lieu de les décomposer, les ont intégrées. De même, les chloroplastes, site de la photosynthèse dans les plantes, provenaient de l’absorption de cyanobactéries. Ces partenariats symbiotiques constituent la base de toute vie complexe telle que nous la connaissons.
Un autre chercheur dont les travaux sur le comportement des primates contestent le récit centré sur la compétition est l’éthologue néerdo-américain Frans de Waal. Dans Chimpanzee Politics (1982), De Waal a démontré que, chez les singes, le pouvoir est maintenu par des coalitions, des alliances stratégiques et l’échange de faveurs sociales plutôt que par la force brute. Dans Good Natured (1996), il a examiné des comportements souvent perçus comme moraux, tels que réconfort, réconciliation et soin des autres, les interprétant comme des avantages évolutifs plutôt que comme de simples réalisations culturelles. Des groupes fondés sur la coopération prospèrent, selon lui, bien plus que ceux gouvernés uniquement par la domination.
Sexualité et genre : une diversité éblouissante
Dans la nature, la vie prospère grâce à la variation, y compris en matière d’expression sexuelle et de genre. Toutefois, particulièrement dans ces domaines, le monde naturel est souvent invoqué pour défendre des rôles « traditionnels ». L’hétérosexualité est présentée comme la norme des relations sexuelles, et tout écart par rapport à elle est décrit comme naturel ou même pervers et nuisible. Dans les débats autour des droits LGBTQIA+, un supposé ordre naturel est invoqué alors qu’il n’existe jamais tel quel dans la réalité biologique.
La nature présente une variété extraordinaire de comportements sexuels qui ne sont pas toujours liés à la procréation. Selon Frans de Waal, les bonobos utilisent le sexe pour réduire les tensions et renforcer les liens sociaux. Dans son livre Biological Exuberance (1999), le biologiste canadien Bruce Bagemihl met en lumière la richesse des techniques et des motivations sexuelles observées chez les animaux : flirt, câlins, dynamiques de groupe, et même ce que les humains décrivent comme « extravagance » (bien que cela en dise souvent davantage sur nos interprétations que sur le comportement lui-même). Pour de nombreuses espèces, la sexualité est un moyen de renforcer les liens sociaux, d’apaiser les tensions et de favoriser la cohésion du groupe plutôt que d’être uniquement un outil reproductif.
Chez les cygnes noirs, l’homosexualité semble offrir un avantage évolutif : les couples homosexuels réussissent à élever le jeune dans 80 pour cent des cas, contre seulement 30 pour cent chez les couples hétérosexuels. Les macaques japonaques femelles établissent des relations sexuelles avec d’autres femelles, ce qui renforce les liens sociaux au sein du groupe. Lorsque les connections féminines sont plus fortes, on observe souvent plus de coopération dans l’éducation des jeunes, ce qui augmente les chances de survie du groupe. Chez certaines espèces d’oiseaux, une parentalité conjointe se fait en trio, par exemple deux mâles et une femelle partagent l’incubation et le soin du poussin. Ces arrangements émergent souvent d’une coopération stratégique plutôt que d’une orientation sexuelle en tant que telle, mais ils démontrent que diverses configurations sociales existent dans la nature et contribuent au succès du groupe.
Un groupe socialement connecté contrecarre l’exclusion et la fragmentation. Entretenir les relations, le soin et la communauté est aussi naturel que la reproduction.
La sexualité remplit donc un rôle profondément social qui est aussi naturel que la reproduction. Mais la diversité sexuelle et de genre a aussi une valeur en soi, quelle que soit son utilité pratique. La nature offre de nombreux exemples d’animaux qui ne s’insèrent pas aisément dans une seule catégorie de genre. Par exemple, tous les poissons-clowns naissent mâles; ce n’est que lorsque la femelle dominante disparaît que le mâle le plus grand se transforme en femelle et prend la tête du groupe. Avec les labres, c’est l’inverse : ils naissent femelles et, en grandissant, passent par diverses étapes au cours desquelles ils changent de couleur et de sexe. Les wrasses subissent aussi des transformations sexuelles – la diversité existe donc tout simplement.
Bagemihl souligne une vérité simple : la coopération est favorable à la vie. Des relations diversifiées ne diminuent pas la cohésion sociale, elles la renforcent. Il faut donc remplacer l’idée restrictive d’une forme « naturelle » unique de relation par une vision plus large et inclusive. L’accent sur l’interdépendance est crucial, en particulier face à la polarisation croissante de nos sociétés. Un groupe socialement connecté contrecarre l’exclusion et la fragmentation. Entretenir les relations, le soin et la communauté est aussi naturel que la reproduction.
La géographie de la migration
Tout comme la diversité des genres et des sexualités, la migration n’est pas une anomalie : nous existons grâce à elle. La migration est un processus social et écologique qui émerge lorsque les individus sont poussés par les circonstances ou attirés par l’espoir d’une vie meilleure. Alors que le changement climatique et les bouleversements politiques rendent certaines parties du monde inhabitables, le déplacement devient inévitable. À l’instar d’autres espèces, les humains migrent en réponse à des conditions qui évoluent. Mais alors que le mouvement lui-même est une composante naturelle de la vie sur Terre, les forces qui entraînent la plupart des déplacements aujourd’hui ne le sont pas. Le changement climatique d’origine humaine et les injustices socio-économiques et environnementales qui en sont au cœur ne sont pas naturels : ils résultent de décisions politiques, d’inégalités globales et de systèmes extractifs qui continuent de déterminer qui peut bouger et dans quelles conditions.
Parmi les animaux non humains, la migration est un mécanisme évolutif qui joue un rôle crucial dans le maintien de la résilience. Des oiseaux migrateurs et des saumons, par exemple, répartissent leurs gènes sur de grandes distances, augmentant les chances de survie de leur espèce et fortifiant les écosystèmes. Un autre exemple est la migration vers le nord du cabillaud en raison du réchauffement de l’hémisphère nord. Le copépode, source alimentaire essentielle pour les jeunes cabillauds, s’est déplacé de plus de mille kilomètres vers le nord, poussant les populations de cabillaud à suivre.
L’idée selon laquelle une culture disparaît au moment où elle se fond dans une autre est aussi artificielle que celle selon laquelle la biodiversité diminuerait lorsque les espèces se répandent.
Toutes les espèces ne sont pas aussi mobiles. Les récifs coralliens disparaissent, les léopards des neiges perdent leur habitat et les ours polaires se rapprochent toujours davantage des settlements humains à la recherche de nourriture. Dans la nature, la migration apparaît souvent comme la seule voie de survie. C’est aussi le cas pour de nombreuses migrations humaines, mais alors que les animaux migrent sans jugement moral, les humains qui franchissent les frontières sont fréquemment perçus comme des menaces. La migration humaine devient politique, encadrée par des lois et présentée comme un problème. Cette mobilité est rarement reconnue comme une réponse écologique et est plus souvent présentée comme une menace – le démantèlement des frontières, la perte d’identité nationale et un échec de contrôle. La nature est alors invoquée comme argument contre le changement. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, par exemple, a affirmé que la migration perturbe la civilisation européenne parce qu’il n’est pas dans la nature de l’Europe d’être multiculturelle. C’est une confusion entre biologie et culture qui, comme nous le savons du passé, peut mener sur des chemins très sombres.
Pourtant, la nature ne connaît pas de frontières nationales, et encore moins d’origines « pures ». Ce qui est présenté comme original n’est souvent qu’un instantané dans un processus sans fin de mélange, de mouvement et de transformation. L’idée qu’une culture disparaît au moment où elle se fond dans une autre est tout aussi artificielle que celle selon laquelle la biodiversité diminue lorsque les espèces se répandent.
Trouver un nouvel équilibre
Dans les années 1980, James Lovelock a imaginé Daisyworld, une expérience de pensée sous la forme d’une planète fictive. Les marguerites noires et blanches influencent le climat de cette planète : les premières absorbent la chaleur et les secondes la reflètent. À mesure que le soleil devient plus chaud, les fleurs réagissent en déplaçant leur répartition selon le changement de température, modifiant à son tour le climat. Un équilibre dynamique émerge par des retours d’information, et l’interaction entre les deux types de marguerites régule l’environnement. Ce mécanisme aide à maintenir la stabilité planétaire globale face au changement.
Adopter une perspective similaire envers la migration peut conduire à un meilleur équilibre entre les différentes communautés. La commune suédoise de Sjöbo a récemment lancé un programme où les nouveaux arrivants étaient jumelés à des mentors locaux pour les aider à s’insérer dans leur nouvelle vie. C’est ainsi que Lana Alnajjar, réfugiée syrienne, a été mise en contact avec Minette Månsson, mère célibataire de la région. Ce qui a commencé comme un soutien pratique s’est transformé en une implication mutuelle et une amitié bénéfique pour les deux familles. Minette, forte de son expérience de mère en Suède, a notamment aidé Lana pendant sa grossesse, notamment sur le plan linguistique et pour s’orienter dans les institutions locales. Le programme a fini par être adopté comme une politique permanente.
Sans ce type de soutien, les personnes restent piégées dans des positions vulnérables : par exemple dans des logements trop petits ou dans des emplois temporaires sans droits. Dans les écoles où l’enseignement de la langue est traité comme une priorité secondaire, les enfants d’immigrants rencontrent de nombreuses difficultés et subissent l’exclusion sociale. C’est précisément pour cela qu’il faut renforcer les communautés locales dans leur capacité à accueillir les newcomers. En fournissant une éducation linguistique inclusive et un accueil décentralisé, en favorisant un sentiment urbain d’appartenance indépendant de la nationalité, les gouvernements devraient promouvoir une citoyenneté mondiale.
En abordant la migration sous cet angle, il faut reconnaître que les newcomers deviendront partie intégrante du tissu social. Il faut des politiques basées sur une propriété partagée des espaces que nous habitons ensemble. Tout comme les marguerites de Daisyworld régulent leur environnement par des rétroactions dynamiques, les sociétés humaines peuvent trouver la stabilité non pas dans la stase mais dans le changement permanent et l’adaptation mutuelle. Les cultures se mélangent, grandissent, s’éteignent et renaissent sous de nouvelles formes, et c’est dans ce mouvement que l’équilibre social peut être cultivé.
En tant qu’êtres humains, nous sommes capables d’adaptation, mais notre souplesse mentale est limitée. Quand le changement est repoussé et s’accumule, nous devenons mal à l’aise. La peur de la perte (de lieu, de biens ou de certitude) est profondément enracinée, souvent renforcée par des idéaux capitalistes qui récompensent la possession et intensifient cette peur. C’est pourquoi un discours de nostalgie pour un passé idéalisé parle à tant de électeurs. Le mouvement « tradwife » n’en est qu’un exemple : une fantasme de sécurité issue d’un passé qui n’a simplement pas été. La tâche de la politique progressiste est de transformer l’inévitabilité du changement en quelque chose que les gens puissent accepter et embrasser.
Les cultures se mélangent, grandissent, s’éteignent et renaissent sous de nouvelles formes, et c’est dans ce mouvement que l’équilibre social peut être nourri.
Redéfinir l’intérêt personnel
Parmi toutes les espèces animales, l’homme est la seule à traiter les matières premières comme des possessions. Dans notre économie mondialisée, un arbre prend de la valeur une fois qu’il est abattu et transformé en planches plutôt que lorsqu’il fournit de l’oxygène ou abrite des oiseaux et des insectes. Cette économie reflète notre capacité humaine unique à attribuer une valeur abstraite et à revendiquer la propriété.
Les autres animaux marquent leur territoire, recherchent des objets ou obtiennent des privilèges au sein de leur hiérarchie sociale. Mais la notion abstraite de propriété telle qu’elle existe dans l’économie humaine ? Non. Ce que Arthur Schopenhauer appelait la représentation, nous l’avons convertie en économie : une construction mentale que nous prenons pour réalité. Selon le philosophe allemand, le monde nous apparaît comme une image, façonnée par nos sens et nos cadres conceptuels. La propriété fonctionne de la même façon. Nous traitons la terre, l’air, l’eau et même la vie elle-même (l’expression « production de viande » en dit long) comme si elles pouvaient appartenir à quelqu’un.
Aucune autre espèce n’affirme l’accès aux ressources naturelles, et encore moins ne les échange ou ne les vend. Pourtant, nous nous cramponnons à l’idéal de l’individu autonome dont la liberté se mesure à son indépendance. Les systèmes capitalistes supposent que les gens agissent selon leur intérêt personnel. Mais comme le demande Robin Wall Kimmerer, botaniste et professeure à l’Université d’État de New York, « qu’est-ce exactement que le ‘moi’ ? » Dans son livre The Serviceberry (2024), elle écrit que si vous reconnaissez que votre corps, votre souffle, votre nourriture et votre terre sont intimement liés au monde qui vous entoure, l’intérêt personnel prend une signification entièrement différente.
L’écrivaine russo-américaine Ayn Rand a célébré la croyance en l’égoïsme radical et en l’indépendance comme idéal. Pour elle, la préoccupation pour les autres était subordonnée à l’autonomie, l’empathie une sensation à éviter et la dépendance quelque chose à minimiser. Mais Arthur Schopenhauer pensait autrement, puisqu’il considérait la compassion comme le cœur même du comportement moral. Ce que Rand voyait comme force ou indépendance, Schopenhauer le voyait comme une illusion. Là où Rand exaltait l’individu autonome, Schopenhauer insistait sur le fait que la distinction entre soi et autrui n’est pas aussi nette que nous le pensons.
Wall Kimmerer envisage une économie plus relationnelle où les humains s’alignent sur les intérêts de la nature, et où le soin profond pour les plantes, les animaux, l’air, le sol et l’eau est compris comme nourrissant à son tour. Si la compassion devient le fondement de notre économie, alors ce que nous produisons, comment et pour qui, découlera d’une compréhension de l’interdépendance, et non d’un sens mal orienté de l’autonomie.
Ce type d’économie peut sembler abstrait au premier abord, mais il s’exprime déjà dans des politiques concrètes en Europe. En France, la réparation des vêtements est subventionnée; en Suède, le gouvernement a réduit la TVA sur les réparations, et plusieurs villages allemands investissent collectivement dans l’énergie solaire. Aux Pays-Bas, une coopérative citoyenne achète des terres agricoles pour protéger la biodiversité, tandis que la Finlande a expérimenté un revenu universel de base. À l’ouest, le Portugal a consacré le droit au repos. En Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas, les déchets sont considérés comme une ressource : les phosphates sont désormais extraits des boues d’épuration et réutilisés. Les espaces publics sont repensés pour favoriser les rencontres sociales plutôt que de simples flux.
L’économie circulaire est aussi une claire expression d’une production, d’une utilisation et d’une réutilisation intelligentes, ainsi que d’un recyclage approprié des déchets. Selon le principe de responsabilité élargie du producteur, celui qui fabrique quelque chose est aussi responsable de ce qui arrive à l’objet une fois utilisé. L’idée est simple : si les choix durables coûtent moins cher que les choix polluants, les gens s’y adapteront. Toutefois, le résultat est loin d’être homogène en pratique. Les entreprises conservent souvent les économies réalisées et les ménages les plus aisés en bénéficient le plus. Les gouvernements peinent aussi à définir ce qui compte comme durable. Par exemple, lorsque le Royaume-Uni a tenté de réduire la TVA sur les matériaux d’économies d’énergie, la Cour de justice européenne a annulé la mesure en la jugeant trop générale. Le chemin vers une économie relationnelle exige plus que des idéaux. Il faut une clarté et une détermination politiques.
La politologue Sabine Nuss soutient que le véritable changement nécessite une répartition différente du pouvoir et de la propriété. Elle appelle cela « la démocratie économique » : les travailleurs gagnent plus d’influence, les conditions publiques s’attachent aux entreprises qui reçoivent des fonds publics, et un contrôle collectif doit être exercé sur ce qui est d’importance collective. La logique du marché n’est pas neutre mais le résultat d’années de déréglementation. Sans l’approche collective, l’économie circulaire n’est qu’un décor. Les citoyens continuent de payer, les employeurs réduisent les salaires pour leur propre bénéfice et les travailleurs se retrouvent avec des contrats temporaires et précaires. En même temps, les profits restent privés alors que les risques retombent sur le public. Selon Nuss, la démocratie économique est essentielle pour préserver la justice, et l’incapacité à redistribuer la propriété entraîne une augmentation des inégalités et un risque croissant de troubles sociaux.
Vie interconnectée
Des idées comme le posthumanisme, l’Anthropocène, la pensée écocentrée et la Symbiocène façonnent aujourd’hui la réflexion contemporaine. Ce qu’elles partagent, c’est l’intuition que l’humanité fait partie d’une toile interdépendante de la vie. De ce point de vue, la collaboration avec la Terre n’est pas un but idéaliste mais une nécessité pour survivre.
Le monde naturel est relationnel, tout comme nous le sommes. Cette conscience doit être traduite en politique. Si l’Europe veut sérieusement bâtir un avenir vivable, la compassion et la connexion doivent devenir les piliers de l’action publique. La compassion n’est pas un supplément optionnel ou une faiblesse ; c’est une forme d’intelligence qui nous aide à survivre en tant qu’espèce. C’est l’histoire que nous devrions raconter.
