Les perturbations du marché du pétrole brut qui ont suivi la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran ont été largement documentées dans les médias. On parle chaque jour de la hausse des prix du carburant, de possibles pénuries d’engrais et des répercussions négatives sur les économies du monde entier. Or l’accent porte sur le pétrole brut. On ne fait pas le plein d’un réservoir ni ne fait fonctionner une machine avec du pétrole brut. Le pétrole brut n’est pas le nerf vital d’une économie; ce sont les produits que l’on en fabrique qui le sont. Si une économie s’effondre à cause de perturbations sur les marchés pétroliers, ce ne sera pas à cause du pétrole brut lui-même, mais à cause des produits qui en dérivent.
Il se produit aussi une transformation encore plus dangereuse dans l’économie « axée sur le pétrole » des États‑Unis : les produits raffinés ne bénéficient plus d’une immunité face aux perturbations de l’offre mondiale. Les États‑Unis sont désormais un exportateur majeur de produits raffinés. Si quelqu’un paie davantage, les produits raffinés américains partent en exportation. Selon la Réserve fédérale de Saint-Louis, les prix reçus pour les produits pétroliers américains ont augmenté de 23 % entre mars et mai. L’offre réagit à des prix plus élevés, d’où une augmentation des exportations.
Les exportations quotidiennes de produits raffinés ont augmenté de 15,9 % depuis 2023, et la tendance se poursuit. L’impact de la fermeture du détroit d’Ormuz démontre clairement que le marché des produits raffinés aux États‑Unis a subi un changement structurel, ce qui pourrait littéralement conduire à une pénurie de carburant.
Produits raffinés
Le graphique ci-dessus illustre la progression des exportations de produits raffinés au cours des trois dernières années. La tendance est à la hausse, mais ce qui est particulièrement frappant, c’est l’augmentation marquée des exportations depuis l’intervention américaine en Iran, à partir du 28 février.
Cette tendance est d’autant plus nette lorsque l’on examine les exportations de mars 2026 à juin 2026 :

Les exportations moyennes ont augmenté de manière spectaculaire sur cette période, passant de 7,2 millions de barils par jour à plus de 7,6 millions de barils par jour. Pour remettre cela dans son contexte, la consommation totale de produits raffinés aux États‑Unis s’élève à environ 12 millions de barils par jour, ce qui signifie que les États‑Unis exportent actuellement 63 % de leur consommation.
Niveaux d’inventaire
En raison de l’augmentation des exportations (mars 2026 à juin 2026), associée à une forte inélasticité de la demande de produits raffinés, les niveaux d’inventaire de ces produits ont chuté en dessous des moyennes des 5 dernières années et atteignent leur plus bas niveau depuis 2016. Les stocks actuels couvrent 25,5 jours de demande pour l’essence et 24,1 jours pour les distillats (diesel, fioul domestique et autres carburants). La chute des stocks après la fermeture du détroit d’Ormuz est spectaculaire. Par comparaison, juste avant mars 2026, les niveaux s’élevaient à 28,0 jours et 29,8 jours, respectivement.

La même tendance se lit pour les distillats :

Ces diminutions des stocks se sont produites sur une période de trois mois. En cas de perturbation plus longue, l’impact pourrait être catastrophique. Comme mentionné plus haut, les États‑Unis disposent de 25,5 jours d’essence et de 24,1 jours de distillats. Les raffineries fonctionnent actuellement à un taux d’utilisation de 95,5 %, soit le maximum qu’elles peuvent soutenir sans risquer une défaillance mécanique majeure. Autrement dit, il pourrait n’y avoir ni nouveaux approvisionnements ni stocks disponibles.
Les enjeux liés à l’exportation et à la consommation ne se limitent pas à eux-mêmes. Il existe aussi une incidence importante en aval, qu’il faut examiner. Cela se voit dans l’analyse des inventaires par les Petroleum Administration for Defense Districts (PADD), qui décrivent les marchés énergétiques américains à l’échelle régionale.
Problèmes d’approvisionnement régionaux

Le risque de perturbation est augmenté par les écarts régionaux dans les stocks. Certaines régions affichent des baisses de stocks bien plus importantes que d’autres. Cela pourrait être fortement perturbant car les ajustements d’inventaire ne se font pas aisément. Les variations d’inventaire dépendent des réseaux de transport qui (1) prennent du temps et (2) sont sujets à des goulets d’étranglement qui empêchent le transfert facile des produits.
| Districts PADD («000 Barils) | |||
| 3/6/26 | 6/5/26 | % Variation | |
| PADD 1 | 66,910 | 56,742 | -15,2 % |
| PADD 2 | 59,961 | 44,350 | -26,0 % |
| PADD 3 | 85,226 | 79,809 | -6,4 % |
| PADD 4 | 9,177 | 6,891 | -24,9 % |
| PADD 5 | 28,316 | 27,348 | -3,4 % |
| Districts PADD («000 Barils) | |||
| 3/6/26 | 6/5/26 | % Variation | |
| PADD 1 | 27,324 | 23,097 | -15,5 % |
| PADD 2 | 29,037 | 25,264 | -13,0 % |
| PADD 3 | 46,412 | 40,054 | -13,7 % |
| PADD 4 | 4,623 | 3,445 | -25,5 % |
| PADD 5 | 12,035 | 10,241 | -14,9 % |
Les districts les plus exposés sont les districts PADD 2 et PADD 4. Le district PADD 2 est le plus préoccupant, puisqu’il représente le Midwest américain — le cœur agricole du pays. S’il n’y a pas de carburant, il n’y aura pas de récolte.
L’incursion des États‑Unis en Iran (et la fermeture ultérieure du détroit d’Ormuz) a révélé des vulnérabilités cachées dans les chaînes d’approvisionnement en carburant des États‑Unis. Ces vulnérabilités n’ont été mises au jour qu’au cours d’une période de trois mois. Des perturbations plus longues seraient sans doute plus spectaculaires (et potentiellement catastrophiques). Si ces tendances d’inventaire se maintiennent, les stocks de gazoline américains chuteraient de 55,1 % pour atteindre 8,7 jours d’inventaire au printemps 2027. Les stocks de distillats chuteraient de 67,9 % pour atteindre 8,2 jours. Cela n’est pas soutenable. Oui, les États‑Unis pourraient potentiellement se retrouver en rupture de carburant dans un avenir proche.
[Kaitlyn Diana a rédigé ce texte.
