Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses organisations internationales ont vu le jour dans le but d’empêcher de futurs conflits en favorisant la communication entre les nations. La création de l’ONU, par exemple, visait à renforcer les relations entre tous les pays et à éviter la répétition de tragédies causées par l’Homme. Les agences qui relèvent de l’ONU n’avaient pas uniquement pour vocation d’empêcher les guerres, mais aussi d’atténuer la pauvreté et d’aider lors de catastrophes naturelles.
La Conférence de Bretton Woods a instauré un mécanisme destiné à prévenir les déséquilibres économiques mondiaux. Ce système a permis la mise en place de règlements internationaux pour les paiements, avec les États-Unis en tant que point central de règlement, initialement garanti par des réserves d’or. Cette démarche a conduit à la création de deux institutions majeures : le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. La Banque Mondiale a pour mission de financer le développement des pays pauvres afin de réduire la pauvreté, tandis que le FMI encourage la coopération économique et le commerce international.
En 1995, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a été créée, avec pour objectif de promouvoir un commerce mondial libre et équitable.
Les institutions mondiales traditionnelles sont en crise et perdent de leur influence
Ces grandes institutions peinent aujourd’hui à remplir leurs missions dans le contexte du XXIe siècle. L’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis en 2001, après des attaques terroristes, s’est fait sans l’aval de l’ONU. De même, des guerres et des génocides ont continué en toute impunité, en l’absence d’un feu vert international. Plus récemment, les opérations d’Israël dans la bande de Gaza ou l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont été menées sans que l’ONU ne donne son approbation.
L’ONU souffre également de failles structurelles. Son Conseil de Sécurité compte cinq membres permanents – les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni, la Russie et la France – qui disposent chacun du droit de veto. Ce système permet à l’un d’eux d’empêcher toute décision qui pourrait être contraire à ses intérêts. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence d’autres vulnérabilités. La Chine, par exemple, a dissimulé l’ampleur de l’épidémie, tandis que les agences onusiennes n’ont pas toujours su alerter en temps voulu. Plusieurs critiques ont alors accusé certains responsables de l’ONU de privilégier la Chine dans leur gestion de la crise.
Quant au FMI, il était conçu pour traiter les crises de balance des paiements. Pourtant, dans de nombreux cas, ses interventions ont souvent aggravé ces crises. C’est notamment le cas dans les années 1980 pour le Mexique, le Brésil ou l’Argentine. Ces pays ont souvent dû recourir à de nouveaux emprunts auprès du FMI pour rembourser des dettes déjà existantes. La Chine est venue combler ce vide. Son initiative « Belt and Road » propose des prêts directs aux pays, sans passer par des institutions multilatérales. Cette stratégie a renforcé le poids du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), qui cherche à promouvoir le commerce et la coopération en dehors des structures occidentales. Certains États privilégient désormais leurs propres monnaies plutôt que le dollar américain pour leurs échanges internationaux.
L’Organisation Mondiale du Commerce a aussi perdu de sa vigueur, notamment après l’échec de la « Conférence de Doha » en 2011. Par ailleurs, en 2018, le président américain Donald Trump a défié les règles de l’OMC en appliquant de droits de douane très élevés. Les accords commerciaux bilatéraux ou régionaux se multiplient, souvent en contournant les règles de l’OMC. Les politiques protectionnistes de Trump ont ainsi remis en cause la théorie de l’avantage comparatif, développée par l’économiste David Ricardo, que l’OMC cherchait à défendre.
Un monde fracturé qui risque de sombrer dans un chaos dangereux
Les États-Unis ne jouent plus le rôle de « policier du monde ». Après leur retrait d’Irak en 2011 sous Barack Obama, puis de l’Afghanistan en 2021 sous Joe Biden, l’influence américaine sur la scène internationale a fortement diminué. En parallèle, la Chine, avec sa nouvelle initiative « Belt and Road » lancée en 2014, a comblé une partie du vide. L’Union européenne, de son côté, a renforcé ses liens commerciaux avec Pékin, ce qui la rapproche moins des États-Unis.
La désintégration progressive de l’ordre mondial traditionnel pousse à craindre une évolution chaotique et potentiellement dangereuse. En l’absence d’un pouvoir mondial dominant, chaque pays tend à agir selon ses propres lois. Cette démission collective de la responsabilité collectionnelle crée un précédent périlleux. Des nations déviantes pourraient en profiter pour bafouer les normes internationales et menacer la paix globale. Dans un contexte nucléaire, le coût d’un tel désordre pourrait être catastrophique. Comme le soulignait l’économiste Adam Smith à propos des marchés, une « main invisible » semblait réguler l’économie. Aujourd’hui, il ne semble plus y avoir une telle main pour gouverner le monde. Même dans la jungle, la hiérarchie s’établit naturellement, un ordre implicite semblant gouverner les animaux. Mais en politique internationale, cette organisation fait cruellement défaut.
